Emploi 2017

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Transformation du CICE : l’erreur monumentale dans la lutte contre le chômage

Par Gilles Rigourex,
le mercredi 20 septembre 2017

Le gouvernement a annoncé qu’il plafonnerait les baisses de charges sociales aux salaires inférieurs à 2,5 fois le SMIC. C’est une erreur grave qui montre encore une fois que l’administration n’a aucune connaissance des mécanismes de création d’emplois marchands par les entreprises.

Dans son interview aux Échos du 12 septembre, le ministre des Finances Bruno Le Maire explique que « nous allons renforcer fortement les allègements de charges au niveau du SMIC, là où le risque de chômage est le plus élevé. Très concrètement, l’allègement de charges sera de 6 points pour les salaires inférieurs à 2,5 SMIC. Il sera renforcé en-deçà de 1,6 SMIC pour atteindre 10 points de charges en moins pour un salarié au SMIC ».

Monsieur le Ministre, ni vous-même ni vos conseillers n’ont jamais géré une entreprise, et vous ne connaissez les rouages de la création d’emplois qu’à travers des rapports d’experts économistes de l’Insee ou de think tanks qui ne raisonnent qu’en macroéconomie et n’ont pour la plupart jamais géré d’entreprise non plus.

Alors je vous en supplie, lisez-nous et écoutez-nous, les chefs d’entreprise et les seuls créateurs d’emplois marchands.

Vos décisions reposent sur des raisonnements qui ne tiennent pas. Un exemple flagrant fut la décision de plafonner le CICE à 2,5 fois le SMIC. Et vous allez la reconduire dans les allègements de charges.

Explication :

Les « experts » vous disent : « Le chômage touche majoritairement les jeunes, les personnes non formées, bref, toutes celles qui pourraient occuper des emplois proches du SMIC. Les entreprises ne les embauchent pas car cela coûte trop cher. Donc en baissant massivement les charges sur les bas salaires, les entreprises vont les embaucher ».

L’erreur grossière est : « les entreprises ne les embauchent pas car cela coûte trop cher ». Si tel était le cas, les allègements Fillon et toutes les réductions de charges sur les bas salaires mises en place depuis des décennies auraient dû avoir raison du chômage depuis longtemps. Pourquoi n’est-ce pas le cas ? Parce que, si ces allègements facilitent effectivement les embauches en réduisant le coût du travail, ils ne les provoquent pas. Ce sont davantage des effets d’opportunité que des effets de décisions.

Ce qui amène les entreprises à embaucher, ce sont les besoins de main d’œuvre qualifiée ou non qualifiée nécessités par la production des biens qu’elles fabriquent et des services qu’elles rendent, lesquels résultent des carnets de commandes, lesquels résultent des avantages comparatifs vis-à-vis de la concurrence.

Alors effectivement, une baisse du coût du travail sur les bas salaires permet de rendre les offres un peu plus compétitives sur les prix de vente. Mais dans la compétition internationale notamment, sauf à se battre contre les produits basiques fabriqués en Chine ou en Roumanie, ce n’est pas là que se fait la différence.

La différence majeure ne réside pas dans le prix mais dans la qualité et l’innovation. C’est ce qui explique l’excédent commercial allemand et le déficit commercial français. C’est aussi ce qui explique la désindustrialisation française.

Or qui innove ? Qui améliore la qualité ? Ce sont les ingénieurs, les informaticiens, les chefs cuisiniers, les logisticiens, les responsables du marketing, les chercheurs, etc. Toutes les personnes souvent payées au-dessus de 2,5 fois le SMIC (= 3.700 euros bruts par mois).

En maintenant des charges sociales élevées sur ces emplois, supérieures à ce qu’elles sont chez nos concurrents, vous grevez significativement les prix de revient des biens et services produits en France, et vous découragez les personnes et les entreprises qui créent le plus de valeur ajoutée, donc les emplois à tous les échelons.

Nombre d’entreprises sont amenées à plafonner leurs rémunérations dans la limite des 2,5 fois le SMIC afin de ne pas perdre les allègements. Avez-vous fait le calcul ? Le voici. Payer une personne 3.800 euros bruts par mois au lieu de 3.700 euros, ceci afin de reconnaitre ses qualités et de l’encourager à faire encore mieux, fait perdre à l’entreprise le bénéfice des allègements. Donc pour 1.200 euros bruts par an, soit environ 800 euros de revenus nets annuels supplémentaires pour le salarié, le coût additionnel pour l’entreprise s’élève à :

1200 € x 1,45 (taux approximatif des charges patronales) = 1.740
+
Perte de l’allègement (7% du brut en 2017) : 3.700 x 12 x 7% = 3.108
=> Coût pour l’entreprise = 4.848

Le rapport est de 1 à 6 ! Quel entrepreneur est assez fou, ou généreux, pour le faire ? Ils sont certainement très peu nombreux.

Conséquence : les entreprises ne sont pas incitées à embaucher des personnes hautement qualifiées ; elles évitent les augmentations des rémunérations pour toutes les personnes à la limite du plafond des allègements.

Donc il y a dans le tissu économique des entreprises françaises un déficit de personnes innovantes, dynamiques, assumant les risques (combien partent à l’étranger où elles sont mieux payées et coûtent pourtant moins cher ?). Or ce sont elles qui créent les nouveaux produits et les nouveaux services, qui remplissent les carnets de commandes, et qui engendreront des embauches à tous les niveaux, du « technicien de surface » pour la maintenance des locaux aux « cuisiniers » pour fabriquer les plats en passant par les ouvriers du bâtiment pour la rénovation écologique et la construction des logements en appliquant les nouvelles technologies (et non les normes !), etc.

Rappelons aussi que ce sont ces personnes-là qui paient le plus d’impôts sur le revenu, et que c’est parmi elles que se trouveront les 20% qui ne bénéficieront pas de l’exonération de la taxe d’habitation. Comme l’expliquait Xavier Fontanet dans les colonnes des Échos, à trop charger la mule, elle s’épuise et s’écroule !

Monsieur le Ministre, les effets de seuil qui vous sont « imposés » par les énarques de Bercy qui n’ont qu’une seule vision, celle à courte vue des Finances de l’État pour l’exercice en cours ou tout au plus le suivant, sont totalement pervers et aboutissent aux résultats inverses de ceux recherchés.

Ils freinent l’emploi au lieu de l’encourager.

La révolution annoncée par notre nouveau président est là, affranchissez-vous de vos conseillers et supprimez les seuils ! Osez ! Comme le font chaque jour les milliers de chefs d’entreprises.

Post-scriptum 1 : vous parlez « d’allègement » des charges (en tant que régime de faveur par rapport à la norme). Pourquoi ne dites-vous pas franchement des « baisses » de charges (devenant elles-mêmes la norme). Nous, entrepreneurs, sommes très méfiants. Les « allègements » sont régulièrement remis en cause, nous sommes bien placés pour le savoir. Les « baisses » le sont aussi parfois, mais c’est plus difficile. Il faut que vous nous donniez confiance dans l’avenir si vous voulez que nous embauchions. Ce n’est pas encore le cas.

Post-scriptum 2 : vous dites : « l’allègement de charges sera de 6 points pour les salaires inférieurs à 2,5 SMIC ». Cela signifie-t-il que seule la partie inférieure à 2,5 SMIC bénéficiera de l’allègement ? Ou bien que tout salaire supérieur, même d’un euro, à 2,5 SMIC ne bénéficiera d’aucun allègement, même sur la partie inférieure à 2,5 SMIC ? Si c’est ce dernier cas qui prévaut, Monsieur le Ministre, vous n’avez hélas rien retenu de ce qui précède.

Messages

  • Excellent article, clair, complet et fondamental pour comprendre une des causes principales du déclin français.
    Une des preuves macroéconomiques de ce que vous démontrez est le dernier chiffre du déficit du commerce extérieur. Les français consomment plus mais le déficit du commerce extérieur se creuse dû à la désindustrialisation de la France qui doit importer de plus en plus de produits. les autres preuves microéconomiques sont de constater les délocalisations vers l’Angleterre, la Suisse, l’Italie, la Hollande, le Maroc, le Luxembourg,... de nos bureaux d’études, de nos laboratoires, de nos ingénieries de moyen de production de maîtrise d’œuvre et d’ouvrage avec pour certains des plans sociaux en parallèle.

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