Emploi 2017

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

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Pour des journalistes économiques responsables

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 16 juillet 2017

Il est assez effarant de voir le grand journal de droite le Figaro publier dans ses pages saumons des 15-16 juillet que « les créations d’entreprises battent des records ».

Le journaliste responsable ne sait pas qu’il ne fait que répéter le message que les hauts fonctionnaires de Bercy veulent faire croire aux Français depuis l’arrivée de la droite au pouvoir en 2002 : tout va bien sur le front de l’emploi car la France est le pays d’Europe le plus productif en entreprises avec près de 600.000 créations annuelles.

Ce qu’il ne sait pas c’est que la plupart de ces entreprises sont vides d’emplois, qu’elles sont des zombies, que les instituts de statistiques anglo-saxons ne comptent plus le nombre de créations d’entreprises mais celui des entreprises « sérieuses » naissant avec au moins un salarié et qu’avec cet instrument de mesure, les créations se sont effondrées, passant de 40.000 à l’arrivée de Chirac à moins de 25.000 actuellement et que cela se traduit par une chute des créations d’emplois par les entreprises nouvelles tombées à moins de 100.000 emplois par an alors qu’il est de près de 200.000 en Allemagne, 500.000 au Royaume-Uni et 2 millions aux USA.

Ce qu’il ne sait pas c’est qu’il y a une coalition d’intérêts pour duper les Français sur le thème capital de l’emploi et du chômage.

Lorsqu’après vingt années de Mitterrand, il s’est avéré que tous les trucs pour réduire le nombre de chômeurs, comme de les « former » pour les rendre employables, ne marchaient pas (car à quoi bon former s’il n’y a pas d’emplois à occuper) et que les norias à exploiter les chômeurs comme les emplois-jeunes de Martine Aubry ou les associations d’insertion ne marchaient pas, la nouvelle invention de Bercy sous Lionel Jospin a été de leur faire créer une entreprise.

Ce sont les programmes ACCRE et EDEN donnant ou prêtant autour de 3.000 € à un chômeur pour créer son entreprise alors que la moyenne anglo-saxonne serait qu’il faut 200.000 à 300.000 $ pour lancer une entreprise ayant des chances de réussir et de durer. C’est l’association ADIE dont la fondatrice, Maria Nowack, vient d’être promue dans l’ordre de la Légion d’Honneur et qui fait des prêts aux chômeurs de quelques milliers d’euros pour lancer un commerce ou un artisanat. Mais ce que les journalistes ne disent pas, c’est que la consultation des comptes de l’ADIE montre que les coûts de cette association sont plus importants que le montant des prêts qu’elle distribue. Et que cette association ne subsiste que parce qu’elle bénéficie de subventions de la Caisse des Dépôts c’est-à-dire de l’argent public. Que feraient les banques si leurs coûts de distribution dépassaient le montant des prêts qu’elles accordent ?

Ce que ce journaliste ne sait pas non plus, c’est que toutes les mesures prises sous la droite de 2002 à 2012 ont toutes été des mesures du même tonneau, transformer des chômeurs en entrepreneurs avec les mesures Dutreil de la SARL au capital d’un euro, l’aide à la personne de Borloo dont la Cour des comptes a évalué l’impact à 20.000 emplois pour un coût budgétaire délirant, l’autoentrepreneur d’Hervé Novelli qui a doublé le nombre de créations d’entreprises, mais faites de créations bidon permettant à des individus peu scrupuleux de concurrencer des artisans en se faisant payer au noir et en se couvrant contre les accidents par ce statut. Au total, quelques dizaines de milliers d’emplois, mais pas les centaines de milliers d’une vraie politique de l’emploi.

Ce que ce journaliste ignore, c’est la conjonction d’intérêts pour faire avaler cette mystification aux Français, à commencer par ses sources avec François Hurel, président de l’Union des autoentrepreneurs. Un Hurel [1] qui a fait sa carrière et son beurre en jouant la carte de Bercy et en faisant créer des petits boulots qui coûtent au budget très cher mais créent très peu d’emplois.

Ce qu’il sait par contre, c’est que Le Figaro, comme la quasi-totalité des médias, dépend de l’État, c’est-à-dire de Bercy pour une moitié de ses revenus.

Ce qu’il ne sait pas, c’est que moins de 5% des hauts fonctionnaires de Bercy ‒ y compris ceux qui dirigent l’INSEE ‒ ont passé au moins un an de leur carrière dans une entreprise, mais que près de la moitié d’entre eux sortent de l’ENA, et qu’à Bercy, [2] cette « citadelle où se prennent les décisions économiques et se répartissent les deniers publics » on peut compter « 193 des 219 fonctionnaires les mieux payés de France [qui] y gagnent entre 15.000 et 20.000 euros par mois [3] ».

Cet exemple de désinformation par un journaliste n’est malheureusement pas isolé et pose la question de la formation de cette profession, semble-t-il plus tournée vers la recherche d’audience que vers celle de la qualité de l’information.


[1Voir sur emploi-2017 les articles sur Hurel, notamment celui-ci

[2Voir les articles sur Bercy dans emploi-2017, notamment celui-ci

[3L’horreur économique par Olivier Babeau aux Belles Lettres

Messages

  • Cela me fait penser à la grande campagne d’adhésion du PCF lancée dans les années 70 (je crois me souvenir) que Georges Marchais ne cessait d’étaler dans les médias, à chaque fois qu’un journaliste avide de scoop avait l’obligeance de reprendre ses propos. A l’entendre, le chiffre colossal des adhésions mensuelles crevait tous les plafonds. Le PCF allait retrouver son rang de premier parti de France et bouffer le PS. Mais il ne parlait pas de l’hémorragie d’adhérents. Le solde était bien sûr négatif. Il semble qu’aujourd’hui on utilise la même recette. Effectivement, comme disait Mitterrand, on aura tout essayé contre le chômage. Sauf ce qui marche outre Manche et outre Atlantique. Mais, évidemment, il s’agit d’un autre monde à la rencontre duquel il est formellement interdit d’aller.

  • Les pisse-copies du Fig deviendraient-ils des perroquets (même pas savants) ?
    Assisterions nous à une gauchisation subreptice de cet (jadis) excellent journal ?

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