Emploi 2017

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

Accueil > Libres propos

Macron : un candidat de gauche à « cerveau droit »

Par Claude Sicard,
le mercredi 19 avril 2017

Emmanuel Macron paraît présenter toutes les caractéristiques d’un « cerveau droit », le terme de « cerveau droit » s’entendant, ici, au sens biologique, et non pas au sens figuré auquel se référent les politologues.

Il ne s’agit pas de convictions politiques, mais d’examiner les éclairages que nous apportent les découvertes passionnantes du fameux neurophysiologiste américain Roger Sperry, une des grandes figures de la neurophysiologie au siècle dernier. Roger Sperry a obtenu, en 1984, le prix Nobel de médecine pour ses découvertes sur les deux fonctions distinctes du cerveau humain. À partir de ses découvertes expérimentales il a démontré que chaque hémisphère du cerveau a une fonction particulière : certes, les deux hémisphères, reliés entre eux par le corps calleux, sont en dialogue permanent et ainsi ils se complètent. Sperry a montré que certains individus fonctionnent en privilégiant l’hémisphère gauche de leur cerveau, d’autres plutôt l’hémisphère droit, et un certain nombre ont un mode de fonctionnement équilibré.

On ne sait pas encore, vraiment, ce qui dans la période de formation des individus les amène à utiliser plutôt un hémisphère que l’autre. Beaucoup de spécialistes nous disent que dans le monde occidental les individus privilégient le recours à l’hémisphère gauche : il semblerait que chez les Chinois ce soit le contraire. On en vient alors à soupçonner l’écriture. Les phonèmes chinois sont transcrits par quelque 1.500 signes différents qu’il faut que l’imagination interprète : on est là dans un exercice d’induction propre aux cerveaux droits. Au cours de l’apprentissage, chez le jeune, se créent de nouvelles connexions neuronales, et pour cela d’autres se détruisent, comme l’explique Nicolas Renier, chercheur à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière de Paris. En sorte qu’une fois un mode de fonctionnement acquis, il devient très difficile de revenir en arrière.

Quelles sont donc les caractéristiques de fonctionnement de chaque hémisphère cérébral ?

En résumé, l’hémisphère gauche est le siège de la logique, de l’analyse, et du verbal. Le droit est le siège de l’imagination, de la créativité, d’une approche globale et des émotions. Fink, travaillant sur des cerveaux divisés a noté dans ses expériences de « split brain, que lorsque l’on présente un gâteau sur une assiette à un hémisphère gauche celui-ci fait une liaison immédiate avec une fourchette et une cuillère ; alors qu’un hémisphère droit voit, lui, un chapeau ! Le cerveau gauche est logique, analytique rationnel : et, nous disent aussi les spécialistes, efficace et conservateur. Le droit a un raisonnement intuitif, et global : il est créatif, ouvert à l’innovation. Avec les neuro-droitiers, on a affaire à des personnes ayant le goût du risque. Les cerveaux « droits » fonctionnent par induction, les cerveaux « gauches » par déduction. Le raisonnement inductif implique la créativité et l’intuition. Et les cerveaux droits accordent une grande importance aux rapports affectifs.

Approfondissement des caractéristiques des cerveaux droits

Un cerveau droit pur est quasiment impossible à convaincre ! Il sait ! Et il en est convaincu. Un auteur [1] nous dit de ces cerveaux : « Ils savent comment développer leur aura et être en plein contrôle de leur destinée ». Ils désirent être leur propre patron, et ils n’ont pas besoin d’un GPS. Ils sont inspirés, et veulent exprimer leur vraie nature. Ils ont besoin d’espace et d’autonomie : ils s’adaptent avec une grande flexibilité au gré des événements. L’individu qui ne peut accéder à son hémisphère gauche risque d’être violent. Notons que les inventeurs sont des cerveaux droits.

Emmanuel Macron est-il véritablement « cerveau droit ? »

Beaucoup d’éléments dans son parcours professionnel et dans le projet qu’il propose le laissent à penser. Son parcours, tout d’abord : il révèle une personne ayant besoin d’indépendance, et une personne qui sait prendre des risques. Il était subordonné à François Hollande est il s’en est affranchi. Il a quitté la banque Rothschild, puis a démissionné du poste prestigieux de « ministre de l’Économie ». S’agissant de l’aventure dans laquelle il s’est lancé ensuite, celle de créer un mouvement tout seul, un projet que chacun considérait comme un pari impossible, c’était bien faire preuve d’imagination et d’un incontestable goût du risque. C’était, aussi, avoir une « vision », une vision globale puisque ce candidat a fondé son aventure sur un dépassement du clivage droite/gauche habituel. Et cette vision s’est révélée effectivement porteuse d’avenir. Emmanuel Macron, il faut le noter, n’a pas un « programme », mais, à la différence des autres candidats, il a un « projet ». Pour ce qui est de l’identité de la France, thème des plus débattus depuis bon nombre d’années, il nous dit, ce qui est pour beaucoup, choquant, qu’elle n’est pas figée : « Elle est en perpétuel renouvellement : c’est un projet ouvert ». L’identité, c’est ce que nous sommes en train d’inventer, nous dit Emmanuel Macron, avec son esprit frondeur et créatif. Par ailleurs, pour lui il existe deux France : l’une, « enthousiaste de ces grands mouvements qui agitent le monde (la mondialisation) ; l’autre, inquiète et sans repères face à la mondialisation ». La première est sa France : l’autre, celle de son adversaire, Marine Le Pen. Parmi ses inventions, puisque les droitiers sont réputés créatifs, il y a tout d’abord cette invention d’un mouvement « ni de droite ni de gauche », un mouvement qui n’est pas un parti, alors que l’opposition droite/gauche existe depuis plus d’un siècle. Puis une autre invention de ce candidat à la présidentielle, soumise à ses électeurs : la création d’un « parlement de la zone euro ».

Autre caractéristique, enfin, propre à un cerveau droit : l’affectivité et le charisme. Emmanuel Macron a déclaré, maintes fois, dans ses meetings aimer les gens et « aimer furieusement l’Europe ». Cette manière affective de s’exprimer n’est pas d’un cerveau gauche ! Dans ses meetings, incontestablement, un fluide, soudain, passe, et ses fans se trouvent transis par une contagion émotionnelle, propre, précisément, à ce que sont capables de dégager, en public, de très réels cerveaux droits. Emmanuel Macron manifeste beaucoup d’empathie, et il développe en permanence des liens affectifs avec les autres.

Manifestement, donc, et sans que l’on ait besoin de faire passer un test à ce candidat [2], il s’agit d’un véritable cerveau droit.

La caractéristique « cerveau droit » est-elle la bonne pour assumer les responsabilités au plus haut niveau ?

Les spécialistes nous disent que les grands dirigeants sont des individus qui manifestent la capacité de faire communiquer parfaitement les deux hémisphères de leur cerveau. L’idéal est donc, pour de hauts responsables, qu’ils fonctionnent avec un cerveau équilibré. Tout laisse penser que le général de Gaulle, par exemple, possédait cette caractéristique.

Les cerveaux « gauches » sont dans la logique, le rationnel, l’analytique, l’efficience. Ils aiment la résolution de problèmes. Ils sont prudents et organisés, et ils ont un penchant pour la sécurité. Sur le plan des émotions, les cerveaux gauches sont réservés, et ils manifestent peu leur affect.

Les cerveaux droits, au contraire, sont tournés vers le contact humain. Ce sont des sentimentaux qui expriment publiquement leur sensibilité. Ils aiment souder les hommes. Ils recherchent, à l’excès, le consensus. Ils ont une forte imagination et sont tournés vers le futur. Leurs qualités s’expriment dans les activités de stratégie et d’innovation.

Si Emmanuel Macron, qui est incontestablement cerveau droit, devait demain être celui qui triomphera dans la prochaine élection présidentielle, il faudrait qu’il songe à s’entourer de cerveaux gauches. Un cerveau droit voit les problèmes globalement, il est intuitif et créatif, et il montre la voie. Ses collaborateurs, des cerveaux gauches, devront amener de la rationalité dans les projets proposés : les multiples propositions du leader devront faire l’objet d’un screening systématique pour que, après étude, soient dégagées les bonnes orientations à prendre. Notons qu’un cerveau par trop « droit » peut être dangereux par son indépendance et son impulsivité, avec sa propension à penser qu’il est supérieur aux autres. S’il est trop autoritaire, et mal entouré, il peut entraîner le pays sur des voies dangereuses en se lançant dans des projets par trop irréalistes.

Les profils des autres compétiteurs

Il semblerait bien que François Fillon, le candidat de la droite, possède un profil cérébral bien davantage tourné vers l’équilibre que cela n’est le cas pour Emmanuel Macron. François Fillon apparaît comme un homme fonctionnant d’une façon harmonieuse sur les deux hémisphères cérébraux. Contrairement à un cerveau droit, on a vu qu’il a su supporter patiemment, pendant cinq ans, dans sa fonction de Premier ministre, l’autorité de Nicolas Sarkozy. Bien plus que son concurrent, il apparaît comme un homme de réflexion, d’analyse, de planification et d’administration. Certes, il lui manque le charisme d’un cerveau droit. Contrairement à un cerveau droit qui cherche à se faire aimer, François Fillon, on s’en souvient, a déclaré dans un récent meeting : « Je ne demande pas que vous m’aimiez, mais que vous me souteniez ! ». Les travaux de Sperry nous indiquent qu’un homme se servant d’une manière équilibrée de ses deux hémisphères cérébraux saura puiser dans son cerveau gauche les facultés d’analyse et de réflexion nécessaires à l’élaboration de programmes qui soient à la fois efficaces et réalistes. On en déduit donc qu’il s’agit, là d’un candidat pourvu des véritables qualités pour exercer les plus hautes fonctions, selon les théories développées par Roger Sperry.

L’autre candidate, placée dans le trio de tête, Marine le Pen, qui est une femme, pourrait bien être plutôt cerveau droit. Elle n’aime pas se laisser dominer et elle développe des vues globales, prospectives, des vues qui manquent assurément d’être soutenues par des analyses approfondies.

Dans le passé on a eu des hommes politiques à cerveau gauche comme Raymond Barre ou Edouard Balladur, qui auraient fort bien gouverné le pays, mais ils ne sont pas parvenus à se faire élire, ce qui est normal pour des cerveaux gauche, faute de charisme.

Des hommes à cerveau droit, comme François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy sont parvenus à magnétiser leurs électeurs, et donc à se faire élire, ce qui est normal pour des cerveaux droits : seule l’histoire dira par la suite s’ils ont été vraiment de très bons présidents.

Les électeurs nous diront dans quelques semaines pour quel type de cerveau ils préféreront finalement opter : dans une élection présidentielle c’est avant tout un choix de personne dont il s’agit, et les électeurs doivent deviner tout seuls, ce qui est difficile, s’il s’agit d’un cerveau droit, d’un cerveau gauche, ou d’un cerveau équilibré. Notons toutefois, et c’est là le plus grand défaut du système démocratique, que les qualités nécessaires pour se faire élire ne sont pas les mêmes que celles nécessaires pour diriger un pays.

Claude Sicard
Auteur de "Le manager stratège : manuel pratique d’analyse stratégique d’entreprise", et "L’audit de stratégie" (Editions Dunod).


[1Cf. le site « La puissance du cerveau droit ».

[2Voir les tests du Professeur Weston Agor, de l’université du Texas.

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.