Emploi 2017

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

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Macron démarre mal sur les start-up

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 25 juin 2017

Les médias nous apprennent qu’Emmanuel Macron va mettre en place un fonds de 10 milliards d’euros pour la création et le développement des start-up, fonds qui va être financé par la vente de participations de l’État dans les entreprises et qui va être géré par la BPI. Cette annonce fait certainement dynamique et entreprenant pour l’opinion publique, mais il ne s’agit malheureusement que d’un coup de publicité et un gâchis supplémentaire de 10 milliards d’euros. Ce que Macron ne veut pas voir, car le directeur de la BPI est comme lui un Inspecteur des finances, c’est l’épouvantable absence de rendement, la gabegie que représentent les investissements de la BPI.

Il faut être complètement aveugle pour croire qu’une organisation regroupant près de 2.000 para-fonctionnaires - fortement syndiqués - est capable d’investir efficacement dans la création et le développement de nouvelles entreprises, c’est-à-dire les périodes de leur vie où les risques d’échec sont maximaux. Les économies anglo-saxonnes confient ce rôle à des chefs d’entreprise ayant le plus souvent créé leur entreprise et dont les résultats exprimés en emplois créés par unité monétaire investie sont entre deux et trois fois plus élevés que les résultats mesurés en France.

Cela fait pourtant près de 40 ans que les gouvernements français n’ont cessé de financer les ancêtres de la BPI en dépit des catastrophes financières survenues tous les 10 ans et révélant la vacuité du modèle d’investissement de l’innovation et de la création d’entreprise par un organisme d’État.

On rappelle que l’ANVAR, créé en 1968 pour valoriser l’innovation et les brevets avait dû fermer en 1978 avec une perte de 200 millions de francs [1], prévisible, car l’ANVAR servait essentiellement de véhicule pour permettre à son directeur de partir en voyage avec sa maîtresse suédoise. Nous avions été nous-mêmes les témoins d’une exposition de l’ANVAR à Tokyo où ne figurait aucun assistant pour expliquer les innovations et les brevets présentés.

Le ministre de l’économie Giraud avait alors confié à Christian Marbach, autre ingénieur des mines, la gestion de l’ANVAR pour en multiplier le budget par 10 et les pertes de même, comme cela s’est révélé en 2004, à partir d’un programme de prêts remboursables en cas de succès.

Nous avons à plusieurs reprises dénoncé un programme géré sans aucun souci de résultat (qui s’est avéré ne déboucher sur aucune entreprise conséquente) et avec le seul objectif de valoriser l’image de mécène de l’organisation.

En défendant devant les tribunaux un brave type entraîné par l’ANVAR à investir ses maigres économies dans une aventure sans issue, nous avons même pu montrer que l’ANVAR détruisait l’innovation pour permettre à quelques centaines de para-fonctionnaires de vivre confortablement et à leurs dirigeants de s’enrichir en distribuant l’argent public.

Pour résultat de cette politique, on constate que le Royaume-Uni a créé dix fois plus d’entreprises avec salariés et que celles-ci créent dix fois plus d’emplois.

Si Emmanuel Macron veut relancer l’emploi par la création d’entreprises, il devrait faire confiance aux chefs d’entreprise pour investir, pas à la BPI ; la clé du succès est de faire que ces chefs d’entreprise investissent 5 milliards, incités par des avantages fiscaux pour créer 250.000 emplois, à peu près 10 fois ce que la BPI est en mesure de faire, et pour la moitié des 10 milliards.

Ces avantages fiscaux sont d’abord de supprimer la surtaxation des plus–values et ensuite de copier les dispositifs anglo-saxons que ce soit l’EIS britannique ou la Sub-Chapter S américaine.

Messages

  • Le problème numéro 1 de la France c’est le trop d’Etat, beaucoup trop d’Etat mettant ses mains partout et surtout dans l’économie où il n’a cessé au fil des décennies de démontrer son incompétence totale autant que sa suffisance notoire.

    Et malheureusement pour le redressement du pays c’est pas le Président Macron qui va changer ça. Avec lui ce sera encore plus d’Etat. Parce qu’il est un produit de cette tradition française millénaire.

  • J’ai un doute sur cette "mesure nouvelle", car un crédit de 10 Md€ d’AE, avec CP=0 !!! figure déjà dans la loi de finance initiale au chapitre investissements d’avenir :
    "AE Investissements d’avenir 10 000 000 000 0
    Soutien des progrès de l’enseignement et de la recherche (nouveau) 2 900 000 000 0
    Valorisation de la recherche (nouveau) 3 000 000 000 0
    Accélération de la modernisation des entreprises
    (nouveau) 4 100 000 000
    CP=0"
    ne serait-ce pas un recyclage ? il faudra de toute façon trouver les CP
    Daniel Reydellet

  • Quand j’ai entendu cette annonce de Macron ma première réaction fut : c’est encore les haut fonctionnaires qui vont décider l’allocation des fonds ! Lamentable et surtout totalement inefficace ! Que l’Etat prévoit ces 10 milliards en allègements fiscaux pour soutenir les initiatives des chefs d’entreprises et des capitaux privés prêts à les soutenir !

    Mais l’ENA est aux commandes de la France et cette élite auto proclamée va , encore un fois, mener la France dans l’abime !

  • Même si je suis d’accord avec vous sur le fond, vous n’avez plus la moindre légitimité à condamner l’interventionnisme étatique dès lors que vous avez appelé à voter Le Pen plutôt que Macron au 2nd tour.

    Avec votre candidate, ce genre de gabegie de la dépense publique eut été infiniment pire !

  • Depuis son élection, j’observe attentivement les gestes et paroles de notre nouveau président, avec l’espérance de le voir enfin mettre en œuvre de grands changements pour sortir la France de son étatisme mortifère dénoncé par tous les gens de raison. Avec la mesure évoquée par Monsieur Zimmern dont je partage l’analyse, je ressens une première crainte. Et si Emmanuel Macron n’était pas resté, au fond de lui, un ancien haut fonctionnaire énarque qui ne croit qu’en l’argent public roi, qu’il peut déverser dans l’illusion d’un effet d’annonce, en oubliant que c’est l’argent des contribuables dont l’Etat les a injustement privés et dont il se devrait au minimum de garantir le bon emploi avec un retour concret sur investissement.

  • Je ne serai pas aussi définitif. Il envoie au moins un signal positif dans ses discours sur la "startup nation". Les "startup" qui vivent principalement sur de la levée de fond sont particulièrement sensible à l’environnement et à la psychologie du moment. Je pense que l’important c’est donc que les investisseurs potentiels ne sentent pas
    "menacé" et qu’il est donc opportun d’investir.

    Ne pas perdre de vu que ce sont biens les offres d’emploi dite "web" qui apporteront peut-être le plus de travail dans les années qui viennent. Faute d’avoir réussi à ré-industrialiser :/

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