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Les réformes : que veulent les Français ?
Décryptage des derniers sondages

Par Claude Sicard,
le dimanche 17 septembre 2017

Avec la réalisation de la réforme du code du travail, la toute première d’un train important de réformes annoncé, un certain nombre de réticences commencent à se manifester dans tout le pays. Mais que veulent réellement les Français ? L’analyse croisée de différents sondages apporte un début de réponse.

Pour confirmer sa ferme détermination à réformer le pays, le président Macron, dans son voyage fin août en Roumanie, a déclaré dans une réunion avec les Français expatriés dans ce pays : « La France n’est pas un pays réformable… On se cabre, on résiste, on contourne : nous sommes ainsi faits. Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ». Cette déclaration a aussitôt mis la France en émoi. Aussi, dans le déplacement qu’il fit à Toulouse à son retour en France, alors qu’on l’interrogeait sur ses déclarations en Roumanie, Emmanuel Macron a affirmé qu’il ne regrettait rien, et il a tenu à s’expliquer : « Ceux qui disent que nous pouvons ne rien faire, que nous avons ce luxe, se trompent profondément ». Le président Macron va donc rester fidèle au programme sur lequel il a été élu, et ce avec une majorité très confortable.

Il est donc intéressant de rappeler ce que disaient les sondages d’opinion dans la période qui a précédé la dernière élection présidentielle. Les sondages, non seulement donnent le reflet de l’opinion à un moment donné, mais ils la façonnent également. On sait qu’ils ont pris dans la vie politique du pays une importance considérable. Ils sont réalisés en France par une dizaine d’instituts qui possèdent un département « opinions », certains de ces instituts étant importants, comme c’est le cas par exemple de TNS Sofres qui a un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros. Vu l’influence qu’ont les sondages sur l’opinion des électeurs, ils sont contrôlés au plan méthodologique par la Commission des sondages, qui a été créée en mars 1977. Certains observateurs à l’esprit critique contestent leur objectivité, mais la plupart s’accordent pour louer la qualité de leurs travaux.

En examinant les principaux sondages dont les médias se sont faits l’écho, les résultats auxquels on parvient sont les suivants, regroupés ci-après sous trois rubriques différentes :
- Les constats sur la situation du pays ;
- La volonté de réforme des Français ;
- Les mesures suggérées.

Les constats sur la situation du pays :

Selon les sondages réalisés dans la période récente, les principaux constats faits par les Français ont été les suivants :
- 83% déclarent que « la société est bloquée » (sondage IFOP-Fiducial, octobre 2016) ;
> 70% estiment que leur identité nationale est menacée. En Allemagne, le pourcentage est de 49%, et on est à 50% dans le cas des Britanniques. Seulement 20% des Français estiment que l’islam est compatible avec les valeurs de leur pays. Dans ce sondage, 48% pensent qu’il y a un « clash fondamental » entre l’islam et nos valeurs (Yougov, juin 2017) ;
> 75% estiment vivre moins bien aujourd’hui qu’avant (TNS-Sofres, septembre 2011) ;
> 66% disent que leur situation économique s’est dégradée depuis 2012 (Elabe, mars 2017) ; 54% pensent que la France a des atouts pour surmonter la crise (en réponse à cette question : 13% disent « oui, tout à fait », et 41% « oui, plutôt ») ;
> 56% sont pessimistes sur leur avenir (sondage de mai 2017) ;
> 89% répondent « non » à la question : « Estimez-vous que votre pays va dans la bonne direction ? ». Dans cette étude les Français ressortent comme étant le peuple le plus pessimiste pour son avenir. A cette même question, le pays venant juste derrière la France était l’Italie, avec 82% de « non ». Le pays le plus optimiste est la Chine, avec 90% de « oui » (sondage portant sur 25 États, Ipsos, octobre 2016) ;
> 70% estiment que notre démocratie fonctionne mal (sondage janvier 2017). Pour ce qui est de notre système politique, Eric Fonjalaz, professeur de science politique à Lausanne, nous dit : « Dans l’esprit des Français, la démocratie actuelle tiendrait plus de l’oligarchie : des riches financent des riches au pouvoir pour favoriser leurs intérêts, au détriment du peuple qui serait ainsi exploité » ;
> 70% estiment que le travail est très important. Cet attachement à la valeur « travail » est bien moindre en Allemagne (50%) et au Royaume-Uni (40%) (European Values Survey, EVS, 2008).

La volonté de réforme des Français :

Un grand nombre de sondages réalisés à l’occasion de la campagne électorale ont montré que les Français ont une incontestable volonté de réforme. Elle se manifeste dans les sondages de la manière suivante :
> 40% se déclarent favorables à un régime autoritaire (Ifop, Atlantico, 2005) ;
> 69% souhaitent une transformation en profondeur (baromètre JDD), mais 59% des plus défavorisés la craignent ;
> 57% souhaitent du nouveau président qu’il réforme le pays en profondeur (Elabe, avril 2017) ;
> 70 % veulent « un homme à poigne » (Ipsos, janvier 2017) ;
> 88% souhaitent un vrai changement institutionnel (Ifop, Synopia) ;
> 47% pensent que la France va réussir à se transformer (mai 2017).

Les mesures suggérées :

Les sondeurs interrogent les sondés sur un certain nombre de questions conçues par leur institut. En conséquence, avec des questions fermées, on recueille peu de suggestions de la part des personnes soumises aux enquêtes. On note, toutefois, les suggestions suivantes :
> 61% des Français sont favorables à une interdiction de l’immigration en provenance des pays musulmans. La moyenne des 10 pays étudiés se situait à 55% (sondage Chathan House dans 10 états européens, janvier 2017) : la France est donc plus soucieuse encore que les autres pays du problème migratoire ;
> 62% souhaitent que l’on accueille moins d’immigrés (AFP, mai 2017) ;
> 61% veulent un recul de l’islam radical. C’est la revendication n°1 : vient en n°2 le problème des retraites avec 43%, puis, au même niveau, avec 36%, celui de l’école et de l’emploi (Ifop, JDD juillet 2017) ;
> 79% considèrent que la mesure la plus efficace pour relancer l’économie est l’accroissement des investissements (Harris Interactive, pour la CGT, juin 2014) ;
> 63% (18% « très favorables », et 45% « plutôt favorables ») sont favorables à une réforme du droit du travail (BVA, juillet 2017). Mais 14% y sont très opposés. De même, un sondage Odoxa – Dentsu pour Le Figaro donnait 52% favorables à la réforme du droit du travail, estimant qu’elle favoriserait l’emploi et l’activité économique ;
> 67% veulent conserver l’euro (Fondation pour l’innovation politique, mai 2011) ;
> 66% souhaitent que la transformation du pays ne signifie pas un recul du rôle de l’État dans la vie économique (AFP, mai 2017) ;
> 74% à 85% estiment que l’État n’intervient pas suffisamment dans l’économie, les pourcentages variant selon les différents problèmes évoqués (réduction des inégalités, relance de l’économie, …). (Enquête pour la 18ème journée du livre sur l’économie : « Les Français, l’économie et la réforme de l’État ») ;
> 64% sont pour que l’on incite davantage les chômeurs à trouver un emploi (AFP, mai 2017) ;
> 6% seulement sont pour conserver la situation telle qu’elle est en matière de marché du travail (Ipsos, décembre 2016). Mais, en septembre 2017, les Français ont basculé : 57% sont pour la manifestation de la CGT contre la réforme Macron du droit du travail, la CGT ayant affolé le peuple ! (Ifop, septembre 2017).
> 77% veulent que l’on interdise à un élu d’exercer plus de deux fois un même mandat ; et 76% voudraient qu’il y ait obligation pour un fonctionnaire de démissionner de la fonction publique une fois élu (Odoxa, février 2016).

Conclusion

Les conclusions que l’on peut tirer de ces différents sondages sont les suivantes :
La situation du pays : Les Français sont conscients qu’elle est très mauvaise, tant sur le plan économique que politique : la société est bloquée et la démocratie fonctionne mal. De plus le pays est engagé sur une très mauvaise voie. Sur les 25 pays étudiés, les plus importants du monde, ce sont les Français qui sont le plus négatifs sur l’avenir de leur pays. Le pays décline (75% des personnes interrogées considèrent que l’on vit moins bien aujourd’hui qu’auparavant). Les trois quarts des Français interrogés estiment que leur niveau de vie a baissé : effectivement, une étude Insee toute récente indique que le revenu médian actuel des Français est en deçà du niveau de 2008. En ce qui concerne les atouts dont dispose la France, 13% des sondés pensent que ce pays en détient réellement, et 41% n’en sont que médiocrement convaincus.
La première préoccupation qu’ont les Français, c’est de ne pas perdre leur identité : celle-ci est menacée, en effet, par la montée de l’islam dans le pays. Les sondages indiquent que 80% des Français considèrent que l’islam est incompatible avec leurs valeurs, et donc beaucoup redoutent un « clash » de civilisations.
La volonté de réformer : Elle est manifestement très forte, compte tenu de la situation. Une grande majorité de Français souhaitent une transformation en profondeur du pays, notamment un changement institutionnel. Aussi 70% des Français souhaitent-ils que soit porté à la tête du pays un « homme à poigne ». Avec un homme d’État fort, près de 50% des Français estiment que la France pourra se redresser.
Les mesures suggérées : freiner l’immigration en provenance des pays musulmans vient en premier. Lutter contre le développement de l’islam ressort en effet comme étant la priorité, cette mesure vient en tête des mesures proposées. Dans un sondage, on a même vu 61% des personnes interrogées demander que l’on arrête, tout simplement, l’immigration en provenance des pays musulmans.

Les autres problèmes à régler concernent les retraites, l’école et le chômage. Les personnes interrogées sont majoritairement favorables à une réforme du droit du travail. Et il faudra, par ailleurs, inciter bien plus qu’on ne le fait actuellement les chômeurs à trouver un emploi.

Les Français ne souhaitent pas que l’on quitte la zone euro. Ils pensent que l’État n’intervient pas suffisamment dans la vie économique pour régler les différents problèmes qui se posent. Pour ce qui est d’une stimulation de l’économie, 80% d’entre eux conseillent de procéder à une relance des investissements.

En matière politique, la première mesure proposée consisterait à limiter les mandats des élus : il s’agirait de faire en sorte que l’on n’ait plus des professionnels de la politique. Et les fonctionnaires, s’ils veulent faire de la politique, il faut qu’ils quittent la fonction publique.

Tels sont, semble-t-il, les principaux enseignements que l’on peut tirer de tous ces sondages. Ce sont des indications précieuses sur l’état de l’opinion, en ce début de mandat de notre nouveau président.

Messages

  • "74% à 85% estiment que l’État n’intervient pas suffisamment dans l’économie, les pourcentages variant selon les différents problèmes évoqués (réduction des inégalités, relance de l’économie, …). "

    tout le problème est résumé dans cette statistique : l’opinion accorde à l’état
    le pouvoir de gabegie signé des deux mains et des deux pieds !

  • L’introduction laisse penser que l’analyse se veut neutre, sans porter de jugement de valeur, alors qu’elle laisse malheureusement apparaitre des formulations qui trahissent l’opinion très orientée de l’auteur de l’article.

    On peut en retenir deux exemples :
    1. Mesures suggérées : "> 61% des Français sont favorables à une interdiction de l’immigration en provenance des pays musulmans. La moyenne des 10 pays étudiés se situait à 55% (sondage Chathan House dans 10 états européens, janvier 2017) : la France est donc plus soucieuse encore que les autres pays du problème migratoire".
    >> La formulation "problème migratoire" refuse de poser le sujet de manière neutre, à travers des formulations comme "l’immigration" ou "les flux migratoires", et choisit délibérément de poser le sujet sous l’angle du "problème".

    2. "> 6% seulement sont pour conserver la situation telle qu’elle est en matière de marché du travail (Ipsos, décembre 2016). Mais, en septembre 2017, les Français ont basculé : 57% sont pour la manifestation de la CGT contre la réforme Macron du droit du travail, la CGT ayant affolé le peuple ! (Ifop, septembre 2017)."
    >> Cette analyse montre que 6% des français souhaitent conserver la situation telle qu’elle est en matière de marché du travail, autrement dit que 6% approuvent le chomage de masse et la précarité.
    Cette donnée est donc sans rapport avec la suite, et en particulier avec "les français ont basculé" : la réforme du droit du travail proposée par le gouvernement est contestée par les tenants d’une autre réforme, tel que le suppose le débat démocratique. La formulation "la CGT a affolé les français !" est donc ridicule et très située : elle montre un grand mépris de l’intelligence et de la démocratie.

    Conclusion : le choix orienté des chiffres à mettre en valeur, assorti d’une interprétation orientée et d’une formulation maladroite, montre que l’opinion publique des français reste un décalque impossible à refléter de manière neutre.
    Cela est d’autant plus vrai que l’on pourrait aussi déclarer, en prenant les mêmes chiffres, que les français sont majoritairement favorables aux idées de l’extrême-droite, voire aux idées de Donald Trump : Etat fort, homme à poigne, politique migratoire discriminant les voyageurs musulmans...

  • Un homme politique n’a pas la science infuse, même lorsqu’il choisit ses conseillers

    L’homme politique ne doute de rien c’est pourquoi on peut le qualifier d’intelligent à hauteur d’une huitre (rappel : Einstein disait on reconnait l’intelligence en ce qu’elle doute)

    un élu l’est par une majorité de citoyens qui ne pensent pas tout à fait comme lui, à partir de là ...

    le représentant du peuple se vante d’exécuter le programme intégral pour lequel il a été élu, sauf que peu d’électeurs lisent le-dit programme et même en le lisant certains paragraphes ne leur plaisent pas du tout

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