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La France et l’Europe inquiètes face au phénomène des migrations

Par Claude Sicard,
le mercredi 1er novembre 2017

Le politologue bulgare Ivan Krastev a publié un article dans un Figaro récent intitulé « La crise des migrants est le 11 septembre de l’Europe ». Il nous avertit ainsi de ce nouveau danger qui menace gravement l’Europe : un choc de civilisation avec ces migrants qui sont très majoritairement des musulmans. Effectivement, les populations en Europe commencent à très sérieusement s’inquiéter. Les autorités de Bruxelles paraissent être prises au dépourvu. La chancelière allemande, pour parer au plus pressé, est allée supplier Ankara de bloquer les flux de migrants qui transitent par la Turquie. Cela ne peut, à l’évidence, constituer la réponse à apporter à ce très vaste problème. Il est grand temps que les dirigeants de l’UE prennent la vraie mesure du phénomène et définissent sans plus attendre la stratégie à adopter pour répondre à cette grave menace. L’avenir de l’Europe est effectivement en jeu.

Nous rappellerons, dans un premier article, combien sont grandes les inquiétudes à présent des populations en Europe, puis, dans un second article, nous tenterons d’esquisser ce que pourrait être la stratégie à adopter par l’Union Européenne.

Le président Macron, au cours de sa campagne électorale, a très peu abordé ces problèmes de migration, abandonnant volontiers ce thème sulfureux à ses adversaires politiques. On se souvient qu’il avait eu à répondre à une question qui lui était posée sur l’islam, lors d’un meeting à Montpellier, disant laconiquement à son interlocuteur : « L’islam n’est pas mon ennemi ». Il avait rajouté : « Si, effectivement, notre pays a un sujet avec l’islam, ce n’est pas l’islam qui pose problème, mais certains comportements placés sous le signe religieux ». Il expliqua qu’il n’était pas inquiet car nous disposons d’une arme absolue pour régler le « vivre ensemble » : la laïcité. Et il a rappelé, pour couper court à cette discussion, que les valeurs de la République ne sont pas négociables.

Notre président, néanmoins, dans une réunion à l’Elysées avec les préfets, le 5 septembre dernier, a indiqué qu’il ne négligeait pas les problèmes d’immigration. Il proposera de nouvelles mesures législatives, au premier semestre 2018, concernant ces problèmes, et il a chargé le député LREM du Val d’Oise d’une mission de réflexion pour les préparer. Il va s’agir d’accroitre, à l’imitation de ce que fait l’Allemagne, le nombre des retours dans leur pays d’origine des migrants économiques. La chancelière Angela Merkel, qui est donnée en exemple, a dû admettre finalement, en préparant la formation de son nouveau gouvernement, que l’Allemagne n’accueillerait désormais pas plus de 200.000 migrants par an. Le chiffre pour la France n’est pas fixé, pour l’instant.

Les préoccupations des citoyens : que disent les sondages ?

Les résultats des enquêtes menées au cours de ces quatre dernières années convergent tous parfaitement.

- Sondage de janvier 2013 (IPSOS, pour le CEVIPOF) : un Français sur deux estime que le déclin de notre pays est inéluctable. Ce sondage indique que 70 % des Français trouvent qu’il y a « trop d’étrangers en France », et 74 % considèrent que « l’islam est une religion intolérante », qui, par ailleurs, « n’est pas compatible avec les valeurs de la France ».

- Sondage de février 2013 (Viavoice pour l’Agence W&Cie) : sept français sur dix considèrent que la France et ses habitants « vivent une dépression collective » : celle-ci « découle plus d’une perte d’identité que de difficultés personnelles ou économiques ». Les personnes interrogées ont le sentiment que « les éléments majeurs qui ont façonné le pays depuis la Révolution sont en train de disparaitre ». Et 56 % des personnes interrogées déclarent que « toutes les cultures du monde ne se valent pas ».

- Sondage d’octobre 2016 (IFOP, pour Paris Match) : 86 % des personnes interrogées jugent que l’islam est incompatible avec les valeurs de la société française, et 70 % déclarent : « On ne se sent plus chez nous ». Pour 59 % des sondés, la France « c’est d’abord, son patrimoine, son histoire et sa culture ».

- Sondage de juin 2017 (Yougov, pour le journal allemand Handelsbatt) : à la question posée dans différents pays : « Pensez-vous que l’identité nationale de votre pays est menacée ? », les réponses ont été les suivantes :
- oui pour 70 % des Français
- oui pour 50 % des Britanniques,
- oui pour 49 % des Allemands.

- Sondage de Juillet 2017 (IFOP-JDD) : à la question : « Quelles sont les attentes prioritaires des Français ? », les réponses furent les suivantes :

- Le recul de l’islam radical : 61 %
- Les retraites : 47 %
- L’école : 36 %
- L’emploi : 36 %

Les préoccupations concernant l’islam viennent donc en premier.

- Sondage de septembre 2017 (IPSOS pour Fondapol, enquête dans 26 pays sur les craintes que suscite l’immigration). Le développement de l’islam ressort, à nouveau, comme étant la préoccupation principale des populations, avec les variations suivantes :

L’islam représente une menace pour notre pays :

- République Chèque : 85 %
- Pologne : 67 %
- France : 57 %
- Espagne : 50 %
- Europe………………………….58 %

Des flux migratoires de plus en plus importants, demain

Il faut bien prendre conscience que les flux migratoires en provenance de ce que l’on appelle aujourd’hui « les pays du Sud » ne vont faire que s’accroitre et se renforcer. La population du continent africain va doubler d’ici à 2050. Il y aura alors 2,4 milliards d’habitants en Afrique, contre un peu plus d’un milliard aujourd’hui, et plus de la moitié des habitants auront moins de 25 ans. Dans les pays du Proche et du Moyen Orient la croissance démographique est, elle aussi, galopante, mais à un rythme, certes, moindre : l’Egypte, par exemple, est passée de 18 millions d’habitants en 1945 à 92 millions aujourd’hui, et l’Irak, dans la même période, de 4,9 millions à 38,2 millions.

Dans tous ces pays, les gouvernements des Etats sont totalement dépassés par les problèmes démographiques, et la misère ne régresse pas. Les statistiques de la Banque Mondiale indiquent les chiffres suivants :

PIB/tête (en PPA)
- Afrique sub-saharienne : 1.638 US $
- Pays de l’Union Européenne : 14.962 US $

La distorsion entre les pays du Nord et les pays du Sud est donc considérable. Déjà, actuellement, un très grand nombre d’entre eux sont obligés de recourir massivement à des importations de vivres pour satisfaire les besoins alimentaires de leur population. Les importations nettes de céréales au Moyen Orient arabe et en Afrique du Nord, par exemple, sont passées de 5 millions de tonnes en 1960 à 70 millions en 2015. Et les Etats de l’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale importent actuellement 14 millions de tonnes de riz, chaque année, malgré les efforts entrepris au Sénégal et en Côte d’Ivoire pour développer cette culture. Il se rajoute à ces difficultés, au plan alimentaire, des problèmes d’accès à l’eau potable. Et, partout, se posent de graves problèmes de pollution. Aussi, beaucoup de jeunes s’exilent-ils pour tenter d’aller trouver dans les pays riches de meilleures conditions d’existence. Ils se lancent dans des aventures périlleuses, risquant leur vie pour atteindre les rivages de l’Europe qu’ils voient comme un Eldorado. Les garde-côtes européens s’activent toujours plus pour intensifier leurs efforts de sauvetage de vies humaines en Méditerranée. Dans les 8 premiers mois de 2017 plus de 200.000 migrants sont arrivés en Italie, clandestinement, via la mer, et 3 à 4 mille ont vraisemblablement péri noyés. Dans les années qui viennent, ces flux migratoires ne vont pas manquer de s’accroitre : il s’agit toujours, aujourd’hui, et il en sera de même demain, de personnes provenant essentiellement de pays musulmans, l’islam étant la religion qui domine dans tous ces territoires, tant en Afrique qu’au Moyen-Orient.

Pour l’heure, la France, comme tous ses partenaires européens, parait dépourvue de stratégie pour faire face à ces problèmes. On envisage d’intensifier les reconduites à la frontière, mais les procédures actuelles sont longues, coûteuses, et finalement inefficaces. Il a été calculé, dans le cas de la France, que le coût moyen d’une reconduite à la frontière se monte à 20.970 euros ; et d’autres calculs avancent des chiffres encore plus élevés. Quant à l’accord conclu par la chancelière allemande, en 2016, avec Ankara, pour bloquer les transferts de migrants vers l’Europe, il n’est évidemment, comme nous l’avons indiqué plus haut, qu’un pis-aller.

Il apparait évident que, ne pouvant accueillir toute la misère du monde et tenant à préserver sa civilisation, l’Europe va devoir envisager de voir comment elle pourrait contribuer à traiter le mal à sa racine. Il va s’agir de rien moins que d‘aider l’Afrique à accélérer considérablement son développement économique. En échange de la contribution que l’Europe apporterait à tous ces pays pour se développer, on exigerait d’eux qu’ils acceptent de réintégrer chez eux tous ces migrants économiques qui se présentent chaque année aux portes de l’Europe. Ce faisant, les nations européennes pourront parvenir à sauvegarder la cohésion de leurs sociétés, et permettre à leurs habitants de conserver, comme ils le souhaitent, leur identité et leur culture.

Au plan moral, l’Europe s’acquitterait ainsi de son devoir de solidarité envers les peuples démunis, une exigence qui relève de ses valeurs fondamentales. Il va s’agir de concevoir, avec les pays africains, selon l’expression importée de l’univers managérial, des « deal gagnant-gagnant » pour chacune des parties en présence. C’est ainsi, d’ailleurs, qu’agissent aujourd’hui les Chinois en Afrique, faisant valoir aux pays dans lesquels ils interviennent que la collaboration qu’ils leur apportent est bénéfique de part et d’autre. Et le FMI a reconnu que la manière dont opèrent les Chinois contribue grandement à l’essor économique des pays africains.

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