Emploi 2017

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

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L’efficacité des ordonnances minée par la légèreté des journalistes

Par Hervé Gourio,
le mercredi 30 août 2017

Au départ les choses ne se présentaient pas mal pour agir sur la régulation du marché du travail. Un objectif général de réforme compréhensible et en définitive accepté et même approuvé par une majorité de citoyens avant, pendant et après les élections était énoncé : réformer le marché du travail. Acceptation qui semble se maintenir au vu des tout derniers sondages. Le respect de la loi imposant la consultation active des syndicats d’employeurs et de salariés a rassuré des Français inquiets sur l’avenir. Le recours aux ordonnances est compris sans bien sûr susciter l’enthousiasme. La loi d’habilitation a défini la table des matières, le menu, de façon un peu ésotérique ce qui a donné lieu à un débat parlementaire sans grand objet néanmoins rendu vivant par les indignations des Insoumis. Donc malgré l’enjeu économique et social énorme de la réforme, l’état de grâce a jusqu’ici régné.

D’ou vient donc notre malaise actuel ?

Incontestablement du traitement médiatique de cette « séquence » qui avait tout pour être apaisante. À lire la presse écrite, à regarder les talk-shows on retire l’impression que le succès ou l’échec des ordonnances - question vitale pour le pays nous ont dit le président et le gouvernement - se joue dans les discussions préliminaires entre hauts fonctionnaires et syndicalistes engagées depuis maintenant 2 mois. Si les textes sont assez bien écrits pour satisfaire ce petit groupe d’experts - combien sont-ils ? Une bonne cinquantaine ?- on évitera le blocage éventuel du pays par une coalition unanime de syndicats de salariés. Et la messe sera dite. Pas de blocage = victoire du gouvernement = succès des ordonnances.

J’ai employé le jargon journalistique en parlant de « séquence » pour couvrir ce dialogue entre le gouvernement et les syndicats. En l’occurrence le jargon est bien approprié : nous sommes au cinéma, spectateurs d’une pièce dont les acteurs sont peu connus de nous mais se connaissent bien entre eux. Il y a un peu de suspense mais pour éviter le blocage, donc pour « gagner », le gouvernement est prêt à mettre le prix. On vient d’ailleurs d’apprendre lundi dernier qu’il a commencé de le faire en majorant uniformément les primes de licenciement en fonction de l’ancienneté. Donc on évitera le risque de blocage. Les fanfares célèbreront bientôt l’aboutissement « gagnant gagnant » de ces discussions.

L’ennui, dans ce scénario, c’est que le succès des ordonnances ne se mesurera pas aux congratulations plus ou moins euphoriques de tout ou partie des négociateurs. Il devra se lire dans les statistiques d’offres d’emplois des TPE/PME dans les 6 mois qui suivront leur promulgation. Ce ne sont pas 50 experts qui trancheront de l’efficacité des ordonnances mais un million de chefs d’entreprises qui achèteront ou pas l’idée que la flexibilité n’est pas un concept nordique. D’autant plus que ces acteurs décisifs, les patrons de TPE/PME ne sont pas représentés dans la discussion : ni le MEDEF, ni la CGPME ne peuvent se targuer d’une large représentativité dans cette catégorie. Encore moins pour parler au nom des entreprises qui n’existent pas encore, celles dont nous savons qu’elles génèrent le plus grand nombre de nouveaux emplois dans les pays occidentaux.

On ne fera pas l’injure au gouvernement de lui prêter un tel aveuglement narcissique. Nous pouvons même essayer de comprendre la communication très lacunaire sur les objectifs précis poursuivis. Les grands syndicats sont des grosses bêtes vieillissantes qu’il ne faut pas exciter.
Vous êtes quand même un peu trop prudents, Messieurs les chefs de l’exécutif, il faudra bien un jour, expliquer aux Français ce que vous attendez d’eux pour débloquer l’emploi de plus de 1% comme l’a avancé hardiment Emmanuel Macron à Salzbourg. La main invisible du marché n’y suffira pas.

Mais n’oublions pas les principaux coupables du malentendu en gestation. Médias et journalistes qui se font passer pour des experts. Alors qu’ils ne sont que des courtiers en informations émanant d’autres experts plus ou moins avérés eux aussi. Il est vrai que, sous Hollande, ils étaient aussi distributeurs plus ou moins intéressés d’une parole gouvernementale généreusement prodiguée. C’était le bon temps. Sur des questions aussi cruciales que le chômage de masse, on pouvait se contenter d’une resucée d’une dissertation de Sciences Po, d’une reprise d’un vieil article d’un « journal de référence » ou du bon mot d’un ministre.
Être journaliste pourtant cela ne se résume pas à cultiver un carnet d’adresses qui vous fournit du « contenu ». Il faut regarder au-delà du périphérique pour parler de la vraie vie et éclairer l’opinion publique. En l’occurrence sur l’état d’esprit des petits entrepreneurs logiquement timorés depuis si longtemps en matière d’embauches et d’investissements. Les médias ne sont pas le réseau social de la France d’en haut. Même si c’est confortable d’en faire partie. Choisissez votre camp camarades, si vous ne voulez pas être aussi détestés que les gouvernants d’hier et chassés comme eux.

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