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« Foutre le bordel » or not...

Par Hervé Gourio,
le mercredi 11 octobre 2017

Quelle affaire ! Un aparté du président de la République a mis en émoi la planète médiatique, plusieurs hommes politiques et donc, un peu, les Français. On a entendu tous les registres : de la « leçon de maintien », plus ou moins guindée, à la leçon de morale ; de la critique indulgente à l’appel à la démission du président « des riches » ; en passant par la demande d’une déclaration correctrice, pouvant là aussi aller des excuses circonstanciées à une expression formelle de regret destinée aux chastes oreilles de la fraction la plus traditionnelle de la population. C’est finalement cette dernière solution qui a été choisie pour gommer la contradiction avec la posture jupitérienne dont on annonçait le retour. Pourtant, même de Gaulle ne fut pas avare de grossièretés bien senties.

Lors d’un déplacement en Corrèze, au cours d’un aparté avec le président de la région qui évoquait les difficultés à recruter d’une entreprise de fonderie, Emmanuel Macron a estimé que « certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas »… Il a bien fallu une semaine pour calmer les esprits et faire taire tous les Diafoirus de la communication et de la science politique qui se sont exprimés, ont commenté les analyses de leurs confrères puis commenté les commentaires. Au lieu de s’interroger sur la familiarité des propos, tous ces doctes personnages auraient pu jouer un rôle utile, pour une fois, en cherchant à éclairer l’opinion publique qui est dans notre pays enlisée dans des représentations (comme on dit en sociologie) d’une autre époque.

Et surtout en s’attachant au mot important de la phrase présidentielle : « Plutôt que de foutre le bordel, ils FERAIENT mieux... »
Si on sort du nuage de mots qui a d’un seul coup obscurci le ciel français, on peut revenir sur terre et poser la question raisonnable, utile, éthique, en un mot importante pour les Français alertés sur le problème social posé par la faillite de l’entreprise de La Souterraine. Les salariés que le repreneur ne gardera pas ne FERAIENT-ils pas mieux de chercher un autre job parmi ceux qui leur sont offerts ou accessibles ou bien de manifester pour obtenir une intervention supplémentaire du gouvernement ?
La réponse ne laisse pas la place à beaucoup d’alternatives. C’est oui ou c’est non.
« Foutre le bordel » or not « foutre le bordel ».

Les médias ont amusé la galerie ces derniers jours. Ils auraient pu nous fournir des éléments d’information complémentaires. Que demandent les syndicalistes au gouvernement que celui-ci n’ait pas déjà accordé ? Surtout, pourquoi faut-il attendre une réaction agacée du chef de l’État pour apprendre que des possibilités d’emploi existent qui n’impliquent pas un déracinement comparable à celui que les paysans français ont massivement accepté pendant les soi-disant Trente Glorieuses ? Pôle emploi informe assez discrètement sur le nombre d’emplois cherchant preneurs au niveau national. On avait ici la possibilité de mettre un peu de lumière sur les freins à la mobilité géographique. Sur un cas vécu et non pas dans une étude à distance. Ou bien sur l’emprise de la CGT ?

Cet épisode est autrement instructif sur les problèmes de notre pays, et en particulier sur cette question de l’emploi, dont on a honte de rappeler qu’elle est prioritaire...
Quelle que soit la réponse à la question binaire formulée ci-dessus.

En vérité, nous venons de vivre un nouvel épisode du triomphe récurrent des « diseux » sur les « faiseux ». Qu’on ne vienne pas nous dire que les commentateurs du « bordel » répondent à une attente de nos concitoyens ! C’est tout le contraire.
Cette élite de connivence, par sa capacité à rester refermée sur elle-même, nourrit un écœurement dont elle finira par être un jour la victime. De grâce, concentrons-nous sur les actions qui peuvent changer notre pays, le réparer suivant cette heureuse formule un peu rude dont on espère que le gouvernement ne se servira pas de façon politicienne. Si on « répare », c’est parce que c’est « cassé ». Bravo à Emmanuel Macron pour cette lucidité inhabituelle ! Puisse-t-elle faire école dans l’univers des médias.

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