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Etre écolo en gardant sa voiture et sans rien dépenser !

Par Fabrice Houzé,
le dimanche 15 octobre 2017

Notre bobo Nicolas se déplace autant que possible en vélo, le weekend il fait du footing au parc avec son chien, et pour les vacances il part en train dans le Sud de la France. Notre malfaisante Julie prend souvent sa voiture, préfère le sauna pour transpirer, et part chaque année en avion à Porto Rico se dorer sur la plage. Évidemment, Nicolas a un comportement bien plus écologique que Julie. Sauf que non.

C’est Julie qui préserve véritablement notre planète. En effet, j’ai omis de vous dire qu’elle est végétarienne. Allons bon, quelques steaks ne peuvent pas compenser 7.000 kilomètres en voiture et 12.000 kilomètres en avion ? Faisons les comptes. En termes d’émissions de gaz à effet de serre, Nicolas et Julie sont à égalité, 2 tonnes par an chacun : d’un côté, 1 tonne supplémentaire pour le régime omnivore et 1 tonne pour l’alimentation carnée du chien, et de l’autre, 1 tonne pour la voiture (pas encore électrique) et 1 tonne pour l’avion. Le sauna étant négligeable. De toute façon, malgré les efforts affichés, les émissions mondiales de CO2 sont toujours en augmentation, à cause de la démographie (100 millions de Terriens en plus chaque année) et du rattrapage du niveau de vie occidental par les pays émergents. Le problème du réchauffement climatique n’est pas pour autant insoluble, mais ce n’est pas ce qui les départage.

En dehors du CO2, Nicolas participe à la destruction des écosystèmes, à l’épuisement des sols, et à la pollution des cours d’eau, à un rythme près de 10 fois supérieur à celui de Julie. Car lorsque Nicolas mange 1 kilogramme de bœuf, qui nécessite 10 kilogrammes de céréales, Julie mange directement 1 kilogramme de céréales (sans compter qu’elle est en meilleure santé). En pratique, les vaches françaises sont nourries de tourteaux de soja brésilien. L’alimentation de Nicolas exige donc la déforestation de l’Amazonie, une forêt tropicale primaire abritant une biodiversité irremplaçable. Manger 1 kilogramme de porc gaspille presque autant : 7 kilogrammes de céréales. Et le lisier, les déjections des porcs, implique le rejet de pesticides et polluants divers, comme les nitrates et les antibiotiques, dans nos rivières et nappes phréatiques, et de protoxyde d’azote dans l’atmosphère. Manger du poisson est certes moins sujet au gâchis, mais entraîne la destruction des écosystèmes marins, même si celle-ci est moins visible que la déforestation.

Aujourd’hui, la moitié de toutes les surfaces biologiquement productives de la planète (c’est-à-dire en excluant les déserts chauds ou froids) est consacrée à notre alimentation. En conséquence, il n’est pas étonnant que 80% des espèces menacées de disparition le soient par l’agriculture, la pêche et la déforestation, et non par le réchauffement climatique [1]. Pendant que Nicolas croit lutter contre les émissions de CO2, son amour des steaks et des animaux domestiques aura détruit la planète avant que le réchauffement climatique ne se fasse vraiment sentir.

La planète ne vous intéresse pas ? Vos impôts vous stimuleront peut-être davantage. Les professionnels évaluent que d’ici 2030 l’éolien et le solaire pourraient produire au maximum un tiers de l’électricité à cause de l’intermittence du soleil et du vent. Or l’électricité représente 20% de l’énergie consommée. L’objectif visé revient donc à une réduction des émissions carbonées d’un tiers de 20%, soit 7%. Ce sympathique programme, en cours de mise en œuvre, est évalué à 250 milliards d’euros. Si les Français mangeaient deux fois moins de viande (et de lait), ce qui ne coûte absolument rien, la baisse en carbone serait la même ! Nous pourrions y être fortement incités, comme nous le sommes à fumer moins de tabac par la taxation, les campagnes d’information ou les zones non-fumeurs.
Et en plus, nous serions enfin de vrais écolos.

Fabrice Houzé
Auteur de La Facture des idées reçues, Odile Jacob
www.fabricehouze.com


[1“Biodiversity : The ravages of guns, nets and bulldozers”, 10/08/2016
www.nature.com/news/biodiversity-the-ravages-of-guns-nets-and-bulldozers-1.20381

Messages

  • Nous sommes devant un raisonnement de sophiste : la production, de viande impliquant la destruction de la forêt amazonienne, je ne mange pas de viande. Le vice de raisonnement provient de l’implication. L’humanité a pratiqué l’élevage pendant 5000 ans sans détruire la forêt amazonienne, ce qui prouve bien que le problème ne vient pas de l’élevage en soi mais du mode de production de la viande aujourd’hui.
    Sophisme renouvelé au sujet du lisier : c’est la concentration de la production porcine qui est à interroger (et peut-être à abandonner), non pas l’élevage de porc en soi (le lisier en faible quantité et transformé naturellement dans le cadre de petites structures –porcs élevés sur paille et non sur caillebotis-, devient un très bon engrais, comme le rappelle justement Isabelle Saporta dans Le livre noir de l’agriculture)…
    Cette remise en cause du mode de production de la viande passe probablement par un affrontement des lobbys agro-alimentaire et chimique… Devenir végétarien est une solution bien étrange. Par ailleurs on pourrait également mettre en évidence le caractère destructeur ou dangereux de productions agricoles hors élevage. Devons-nous pour autant faire la grève de la faim ?
    On peut ajouter que les céréales qui sont utilisées pour nourrir le bétail ont un bilan carbone positif (par photosynthèse) dont il faudrait tenir compte avant de conclure de manière aussi péremptoire sur le bilan carbone de l’élevage. En outre, nourrir des herbivores avec des céréales n’est pas une obligation, ce n’est même pas vraiment indiqué.
    Quant au problème de santé évoqué, je laisse les médecins et les chercheurs répondre : nous consommons certainement trop de viande (et de la mauvaise viande), tout le monde l’admet. Mais doit-on inférer que nous devons passer à une consommation nulle ? Les études sont contradictoires et peu concluantes (mais le caractère omnivore de l’homme depuis des millions d’années, sa denture et son appareil digestif m’incitent à penser que l’alimentation en partie carnée a répondu à une nécessité de l’évolution et est parfaitement adaptée à notre espèce).
    Cordialement.

  • L’argumentation de Fabrice Houzé, auteur de « La Facture des idées reçues » n’est pas un plaidoyer végan. Tout le livre s’articule autour de la mise en question de raisonnements simples et communément admis, mais néanmoins erronés ou du moins manquant de perspective.

    Ainsi l’exemple de l’écolo Nicolas, s’attachant particulièrement à réduire ses émissions de carbone en employant un moyen de transport propre tel que le vélo, comparé à une malfaisante utilisant sa voiture (diesel VW ?) et l’avion, a pour but de mettre en lumière ou du moins de questionner la totalité du bilan, c’est-à-dire donner la facture complète, une fois pris en compte d’autres facteurs, tels qu’ici l’alimentation.

    Il n’est pas question de s’interroger sur le bien fondé d’une agriculture intensive, permettant de nourrir du bétail, en vue d’une production de protéines sous forme de viande, ou de promouvoir les modes de transports les plus polluants. Il s’agit de souligner que certaines mesurettes (prendre le vélo) n’ont pas un impact significatif sur la facture totale, une fois mis en perspectives.

    Je trouve dommage que les éléments d’argumentation du commentaire soient uniquement destinés à essayer de démontrer qu’il est juste et bon d’être carnivore et qu’il existe des formes d’agriculture dont le bilan carbone n’est pas mauvais. En effet, dans le livre, l’auteur dresse aussi le bilan d’une agriculture extensive produite à l’autre bout de la planète et transportée, comparée à une agriculture intensive proche du consommateur, et le bilan peut aussi sembler étonnant.

    Quoiqu’il en soit, le livre porte sur l’économie avec des exemples parlant du quotidien et analysant des théories économiques complexes de manière compréhensible. Les questions sous-jacentes sont ici quid du malthusianisme ou du libéralisme appliqué au bilan carbone, et non doit-on fermer les élevages porcins bretons ou interdire la viande dans les supermachés.

    L’objectif est plus d’élargir le débat que de préconiser des solutions, même si l’auteur a construit dans son livre un système de propositions, certes questionnables, mais plutôt originales et bien ficelées. C’est le problème des extraits, qui ne présentent pas bien le déroulement de la pensée, bien plus convaincante et intéressante dans le livre.

    Bien cordialement.

  • Monsieur Philippe,

    Je prends le temps de vous écrire pour dissiper un malentendu : je ne réagis pas à un ouvrage que je ne connais pas (et je veux bien vous croire sur parole lorsque vous dites qu’il est « bien ficelé ») mais à un article qui m’est donné à lire et dont les articulations me semblent parfaitement limpides.

    Je n’y vois pas un plaidoyer végétarien (je me réfère toujours à l’article) mais discute l’allégation qu’on est en « meilleure santé » (ainsi qu’il est écrit dans l’article) lorsque l’on ne mange pas de viande. Je conteste cette affirmation. En outre, je me garde bien de donner une dimension axiologique à mes arguments : « juste » ou « bon » sont des termes que je n’emploie pas ni même ne suggère. Je parle d’alimentation adaptée à notre espèce, et reste sur le terrain scientifique.

    Par ailleurs, l’idée que les comportements humains ne sont pas toujours rationnels ne constitue en rien une pensée originale (je ne me réfère ni à l’article, ni au livre mais à vos propos). Il est vrai qu’on lit cette idiotie (l’homme a un comportement rationnel) dans de nombreux manuels d’économie et que cette hypothèse joue un rôle central dans les théories économiques classiques. L’auteur de l’article n’a donc pas tort de dénoncer l’erreur faite communément.

    Mais les exemples sont selon moi très mal choisis pour les motifs que je donne. Je pourrais du reste ajouter que la déforestation de l’Amazonie est conséquence du fait qu’on considère cette jungle comme espace de valorisation d’investissements financiers. Et il y a fort à parier que si cette ex-jungle n’était pas exploitée comme lieu de culture « fourragère », on y ferait pousser du coton (ce qui serait peut-être encore plus nocif pour l’environnement) ou autre chose : rien à voir donc avec la consommation de viande, comme le prétend l’article. Je partage toutefois la préoccupation de l’auteur quant aux effets trop polluants de certaines activités humaines (ce qui met en évidence qu’il est erroné de les envisager à l’aune du seul critère de la rentabilité financière).

    Enfin, j’affirme que circuler en vélo est écologique (cette remarque est hors sujet mais sans être "bobo", j’emprunte abondamment le velib), et pas seulement en raison du faible bilan carbone de ce moyen de transport, même si le gain est négligeable au regard d’autres économies possibles (l’auteur de l’article dit vrai à ce sujet). Mais le vélo c’est également un plus faible encombrement de la voirie, une moindre pollution sonore, moins de particules nocives dans l’air (même si les chauffages au fioul sont la première source de cette pollution) etc. Bref, un cycliste invétéré ne pouvait pas ne pas réagir à un tel article. Mais mon jugement ne porte pas sur le livre dont vous faites la promotion et que je n’ai pas lu.

    Bien à vous.

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