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Du harcèlement aux harcèlements :
« # balance la mégère »

Par Yves Buchsenschutz,
le dimanche 12 novembre 2017

Il aura fallu l’assassinat terroriste de huit personnes à New York pour que l’on émerge du bruit de fond ambiant concernant Harvey Weinstein et les autres coupables de harcèlement sexuel. Les victimes qui ont enfin osé prendre la parole se comptent désormais par centaines de milliers, - on dit même une femme sur deux - rien qu’en France, et chaque jour amène son lot de nouvelles révélations. Cette affaire pourrait ainsi être comparée à celle de « mani pulite » en Italie au début des années 90, mais elle pourrait aussi avoir des conséquences délétères et s’étendre comme un cancer sur les relations hommes femmes. C’est également l’occasion de s’interroger sur plusieurs autres types de harcèlements, dont on parle moins, mais qui peuvent être tout aussi néfastes.

Qu’est-ce que le harcèlement ? D’après Wikipédia, « le harcèlement est un enchaînement d’agissements hostiles à répétition, visant à affaiblir psychologiquement l’individu qui en est la victime. » Ce comportement peut aller d’une simple antienne, à une violence physique, celle-ci étant évidemment toujours réprouvée par la loi et pouvant de ce fait faire l’objet d’une plainte. A cette occasion elle a une gravité pénale et un nom particulier : par exemple dans le cas d’un harcèlement sexuel « consommé », on se retrouve en face d’un viol, qui n’est rien moins qu’un crime et puni comme tel.

Le terme de harcèlement a probablement commencé par une signification agricole puis militaire : harceler (de herse) l’ennemi, c’est lui faire une guerre d’embuscades au lieu de l’affronter, en face, sur le champ de bataille. Le terme a glissé ensuite sous la dénomination de harcèlement psychologique dans les rapports entre les êtres, en particulier dans les entreprises où, par construction, les intérêts des parties prenantes sont, au moins à court terme, en conflit frontal : travaillez plus dit le patron, augmentez ma paye dit le salarié ! Devant quelques cas, un peu plus graves ou caractérisés, la loi a défini le harcèlement moral, surtout dans le sens patron vers salarié ; il faut toujours, disent les juges, protéger le faible.

Cependant il n’est pas tout à fait certain que cette nouvelle pratique ait amélioré les rapports dans l’entreprise. Cela a certainement permis de mettre fin à certaines situations intolérables mais cela a aussi justifié des contestations d’une autorité nécessaire. Il n’y a jamais eu de cas de procès condamnant un syndicat de travailleurs pour harcèlement moral de son employeur… Mais quelle devrait être la qualification d’une grève à répétition pour des motifs qui parfois sont extérieurs à l’entreprise et l’asphyxie complètement ? C’est dire combien la délimitation de la définition du harcèlement est délicate à manipuler. Par ailleurs, on peut se demander en quoi la législation sur le harcèlement moral a amélioré les lois existantes régissant l’abus de pouvoir, anciennes et solides.

Concernant le harcèlement sexuel, l’existence ou non d’un consentement est une limite assez claire et peu interprétable. Mais comment juger les cas intermédiaires et préserver de saines relations hommes femmes ? Les rapports entre les êtres sont aussi faits de séduction, laquelle prend rarement la forme d’un coup de foudre instantané au premier contact. C’est d’ailleurs un des agréments importants de la vie en commun, et rares sont les êtres qui ne souhaitent pas être aimés par une âme sœur, la séduction réciproque en étant souvent l’étape préliminaire.

Par ailleurs, aujourd’hui, on ne nous parle que de femmes-victimes : pourtant, certains hommes avouent aujourd’hui (1 sur 7 paraît-il contre 1 femme sur 3, certes) avoir été eux aussi victimes de harcèlement moral ou sentimental de la part de femmes. Les rapports entre un homme et une femme sont souvent assez complexes et il est bien difficile de savoir qui est le dominant ou le dominé et surtout, comment et pourquoi. Devons-nous dénoncer aussi le « caractère », disons affirmé, de quelques élues politiques bien proches d’êtres des harceleuses morales de leurs collaborateurs, voire de leurs électeurs ? Quelle serait la perception des femmes si elles voyaient fleurir des hashtags à répétition « # dénonce la mégère ! » ?

Légiférer en la matière va être une tâche délicate. En effet, à l’inverse, comment préserver l’autorité nécessaire, laquelle parfois battue en brèche à cause de ce type de raisonnement ? En effet, si « la discipline étant la force principale des armées, il importe que tout supérieur soit obéi sans hésitation ni murmure », comment se positionner par rapport aux différents types des harcèlements ? Il y a le harcèlement syndical déjà évoqué, le harcèlement religieux, le harcèlement familial, le harcèlement des groupes (i.e. le bizutage), mais également le harcèlement numérique (et publicitaire), et même ce que l’on pourrait appeler « le harcèlement du politiquement correct ».

Une fois de plus, il est intéressant d’aller voir à l’étranger si ce problème s’est déjà posé et comment il a été réglé. Aux États-Unis, pionniers semble-t-il en la matière, deux personnes de sexes opposés ne peuvent plus être ensemble dans un bureau sans laisser la porte ouverte. Il existe des règles dans les ascenseurs, etc. Nous n’avons pas connaissance d’une adaptation aux cas des LGBT (où une personne pourrait être la « proie » d’une autre sans être du sexe opposé) mais elle va certainement venir ! Aurons-nous besoin un jour d’une décharge écrite d’entrée en relation, signée par les deux parties ? Tout cela ne va certainement pas aider au développement du lien social dont on nous rebat les oreilles par ailleurs.

La vie en société doit d’abord se gérer par l’éducation : définir et enseigner des limites simples et claires (le consentement mutuel explicite), montrer la nécessité de parler et encourager la parole, l’omerta en cette matière étant la pire des solutions, puisque cela revient à poser des mines à retardement. Le cas échéant, il convient de procéder à l’évaluation objective du préjudice subi par toutes les parties. C’est seulement alors que la loi pourrait venir punir valablement les cas extrêmes.

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