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USA : enrichir les pauvres accroit-il les inégalités ?

Par Valérie Pascale, Bernard Zimmern,
le dimanche 31 mai 2015

La quasi-totalité des économistes et commentateurs s’intéressant aux inégalités comme Piketty & Co. se concentrent généralement sur le patrimoine (ou le revenu) détenu par le centième de la population la plus riche, le « 1% » et ils montrent que sa part dans les revenus et dans les patrimoines a augmenté.
Par exemple aux USA, après avoir chuté et s’être stabilisée, la part du 1% aurait crû de 30 à 33% du total des patrimoines entre 1980 et 2010.
Ces dénonciations parsèment le dernier livre à succès « Le capital au XXIème siècle » de T.Piketty ou les études faites par ses complices Saez, Zucman, Atkinson, Shorrock, Bourguignon, Wolff, la cohorte qui autour du monde a gagné la célébrité et la reconnaissance, souvent financière, en dénonçant les inégalités.

Mais tous leurs calculs ciblent la fraction de la population la plus riche, rarement les pauvres, sauf de façon globale (« les 90% les moins riches ») ; ils ne se préoccupent pas de la répartition du patrimoine des 20 ou 30% les plus défavorisés.

Or, entre 1980 et 2010, c’est dans ce segment qu’explose la population de ceux qui ne possèdent rien et ont même un patrimoine négatif. La population américaine s’accroît de 37%, grâce en particulier à l’immigration qui redémarre en 1980 ; mais sans que croisse la population des possédants ; la hausse du patrimoine du centile le plus riche de 30 à 33% dans le patrimoine total s’explique alors mécaniquement parce qu’en prenant 1% de la population, on couvre 37% de plus de personnes en 2010 qu’en 1980.

Un tel résultat n’est possible en outre que parce que Piketty & Co. ne tiennent pas compte dans leurs patrimoines ou revenus des transferts sociaux, notamment des retraites qui constituent maintenant l’essentiel du patrimoine de 90% des Américains.

En fait, cette manipulation des chiffres veut faire croire que les riches se sont enrichis aux dépends des pauvres, alors que la réalité est que les entrepreneurs américains ont permis à 86 millions d’Américains de plus, dont 30 millions d’immigrés, de trouver 50 millions d’emplois en 30 ans.

Cette manipulation veut oblitérer l’une des plus remarquables réussites contre la pauvreté des temps modernes : une nation de 216 millions de personnes en 1980 est passée à 310 en 2010 en leur trouvant à tous du travail mais, simultanément, par son pouvoir d’achat, a contribué à transformer le Japon de pays en voie de développement en pays développé, et a transformé la vie de centaines de millions de Chinois. Sans oublier, ce qui mériterait une étude à part, l’impact énorme des dons de la philanthropie américaine sur l’évolution du reste du monde.

Lire l’évolution du patrimoine ou des revenus américains à travers le prisme créé par Piketty & Co, c’est tomber dans une des manipulations statistiques les plus mensongères, d’échelle planétaire.

I .Le jeu du calcul du 1% : compter 37% de plus de riches.

Nous avons déjà montré que la fortune (ou le revenu) croissante des plus riches est fortement associé à l’entreprenariat car 90% des milliardaires américains avaient des grands-parents pauvres ou pas riches et ne sont devenus milliardaires que par leur entreprenariat.
Nous avons pu étendre cette conclusion valable pour les milliardaires, 0,0002% de la population américaine, au 1% les plus fortunés, en montrant, par les résultats du Survey of Consumer Finances de la Banque Fédérale, que 80% de leur accroissement de fortune étaient liés à la croissance de leurs propriétés industrielles et risques pris par eux. Les dénoncer est d’autant plus dangereux que, bien qu’étant pour les ¾ de petits entrepreneurs à la tête d’entreprises industrielles qu’ils possèdent, non cotées et valant moins d’une dizaine de millions de dollars, leur poids industriel est plus important que celui des entreprises du Dow Jones ou du Nasdaq. Les cibler, les taxer davantage et faire gaspiller leur argent par l’État plutôt que de les laisser investir et prendre des risques, aboutit à la non reprise de l’économie américaine actuelle, qui distingue la reprise qui a suivi la crise de 2008 de toutes celles qui l’ont précédée.

Mais ce que les calculs de Piketty & Co. ont complètement occulté, c’est que les inégalités qu’ils ont mesurées reflèteraient autant l’enrichissement des plus riches que l’appauvrissement apparent des quintiles de revenu les plus bas.

De 1980 à 2010, si la part du 1% dans la richesse américaine est passée de 30% à 33% comme publié par Piketty, c’est parce qu’entre temps, la population américaine a augmenté de 37%, est passée de 226 millions à 310 millions mais que cette augmentation a porté essentiellement sur des personnes qui n’ont aucun patrimoine, voire même un patrimoine négatif.

Quand on compte le 1% des personnes les plus fortunées, on passe alors d’une population d’environ 2,2 millions en 1980 à 3,2 millions en 2010 et, comme le montre l’annexe technique, ces 3,2 millions possédaient déjà en 1980 33% du patrimoine total, le chiffre publié par T.Piketty pour 2010.

La hausse apparente de la fortune du 1% s’explique simplement parce que la population totale américaine a augmenté de 37% comme le nombre des fortunes comptées dans le 1% et que, dans les bases de calcul utilisées par Piketty & Co., cette population supplémentaire n’a disposé d’aucun patrimoine

II. Origine de la croissance des pauvres sans patrimoines.

Le fait que le nombre des Américains les plus pauvres avec un patrimoine nul ou même négatif ait fortement augmenté est le résultat de phénomènes sociologiques mais aussi des méthodes de calcul utilisées par Piketty & Co.

Faisons la remarque, pour ne plus y revenir, que les riches ou les pauvres de 2010 ne sont pas les mêmes qu’en 1980. On sait par exemple que seul un tiers des pauvres situés en dessous du seuil de pauvreté absolu le sont encore à la fin d’une année. On sait également que moins de 10% des milliardaires listés par Forbes en 1983 figuraient encore dans l’édition 2010, eux ou leurs enfants. Richesse comme pauvreté sont transitoires.

Nous nous préoccupons donc seulement ici de savoir pourquoi dans les statistiques des égalitaristes, la population des sans fortune a crû entre 1980 et 2010 pour représenter actuellement environ 30% de la population américaine.

C’est cette distribution que représente l’association d’extrême gauche Mother Jones en utilisant des statistiques publiées par les égalitaristes. On voit que 30% des Américains ne possèdent rien ; les répartitions statistiques du patrimoine monnayable (mobilier et immobilier, cash, etc. ) mais sans les acquis sociaux et en incluant les dettes, font même apparaître des patrimoines négatifs.

a).Il s’agit d’abord d’une représentation fictive car les données de patrimoine (comme celles des revenus) utilisées par Piketty & Co. ne comprennent pas les transferts sociaux ; omises sont les retraites de la Social Security, le patrimoine le plus important de 90% des Américains.
Les calculs de patrimoine de Piketty & Co. ne tiennent compte en effet que du patrimoine monnayable, vendable sur le marché. Mais les retraites de la Social Security ne sont pas comptées, ni les aides sociales comme Medicare (soins de santé pour les plus pauvres), ni les autres aides comme Food Stamps, etc.

Ceci est d’autant plus étonnant que des membres de Piketty & Co., Saez et Zucman, viennent de publier une estimation de la fortune des plus aisés à partir des revenus calculés sur les déclarations d’impôt et, pour la plupart de ces revenus, il a bien fallu les actualiser, c’est-à-dire évaluer à la valeur d’aujourd’hui le capital qui rapporterait un revenu égal à celui donné par les revenus tirés de l’IRS. Nous avons publié dans l’annexe les excuses données par Saez et Zucman et laissons au lecteur le soin de juger de la valeur de ces explications. En France, rappelons que la fortune monnayable est du même ordre de grandeur que le patrimoine actualisé des retraites

b) La seconde question est de se demander comment la population des sans patrimoine a pu devenir celle d’un tiers des Américains alors que 30 ans auparavant, ils ne représentaient que quelques pour cent.

De nombreux facteurs sont intervenus dans cette période, que nous voudrions brièvement lister, et dont nous voudrions développer les plus importants.

L’appauvrissement des plus pauvres a été assez largement décrite par Charles Murray dans Losing Ground, montrant que la pauvreté était associée principalement aux aides sociales encourageant les noirs mâles à faire des enfants, mais laisser la mère dans un foyer monoparental. On retrouve ce phénomène en France où par exemple les aides au logement encouragent les jeunes filles à se faire faire un enfant à 18 ans pour sortir du foyer familial. Un autre aspect est celui du développement du crédit, notamment des cartes de crédit, conduisant à des patrimoines nets négatifs.

Mais l’aspect le plus important est l’immigration qui se met précisément à redémarrer vers 1980, au moment où Piketty & Co. mesurent un redémarrage des inégalités. Le parallélisme des évolutions est frappant. Les immigrants légaux représentent environ 30 millions des 86 millions d’accroissement de la population américaine de 1980à 2010 ; 85% des immigrants sont peu qualifiés voire illettrés.

Conclusion

Les États-Unis apparaissent comme une très remarquable machine à créer des emplois marchands, aux USA mêmes (50 millions de 1980 à 2010) mais également à l’étranger par leurs achats, l’investissement de leurs filiales, leur philanthropie.

Ces emplois ont sorti des dizaines de millions d’humains de la misère.

En centrant toutes leurs statistiques sur les plus riches sans regarder ce qui se passait au niveau des plus pauvres, Piketty & Co. ont fait croire que les plus riches s’enrichissaient par aggravation de la misère des plus pauvres, en masquant que cette augmentation des pauvres était autant due à l’absence des avantages sociaux dans leurs propres calculs qu’à la diffusion de la richesse des Américains de 1980 à 86 millions de concitoyens de plus, dont 30 millions d’immigrés.

Les très riches américains n’ont pas exploité les plus pauvres, ils ont contribué au contraire, par leurs innovations et leurs prises de risque, à créer des millions d’emplois qui ont enrichi le monde.

C’est l’un des problèmes auquel est confronté l’Europe : réduire les inégalités entre l’Europe et notamment l’Afrique en acceptant l’immigration, mais voir les inégalités de patrimoine au sein des états européens croître et voir s’aggraver les conflits sociaux.
À ce dilemme, nous connaissons la principale réponse, celle apportée par l’Amérique : créer des emplois marchands.

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