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Une politique conservatrice peut-elle encore redresser un pays ?

Par Dominique Mercier,
le mercredi 18 septembre 2013

Si le Royaume-Uni a retrouvé le chemin de la croissance alors que la France est encore en récession, ce n’est pas le fruit du hasard mais au contraire d’une politique volontariste menée depuis 3 ans pour remettre le pays sur les rails.

Lorsque le gouvernement de David Cameron a réduit les effectifs de la fonction publique, la presse de gauche s’est évidemment empressée de dénoncer la hausse du chômage et de la précarité. Comme montré dans un précédent article, c’était parler trop vite et sans aucune mise en perspective. En effet depuis l’élection de David Cameron en 2010, 500 000 emplois publics ont été supprimés mais un million d’emplois privés ont été créés, soit un solde net de 500.000 emplois créés. Il y a ainsi aujourd’hui plus de 40% d’écart entre le taux de chômage français et le taux de chômage britannique [1]. David Cameron a réalisé l’exploit d’avoir réduit la dépense publique tout en augmentant l’emploi. Comment expliquer un tel succès ?

Le secret de cette réussite se trouve dans le « Plan for growth » lancé en 2011 par le gouvernement britannique. À la différence des rapports gouvernementaux français, ce rapport se ne contente pas de déclarations d’intention mais constitue au contraire une véritable machine de guerre, avec objectifs ambitieux, précis, et programmés dans le temps.

« Ambition 1 : Créer le système fiscal le plus compétitif des pays du G20 »

Depuis 2010, le taux d’impôt sur les sociétés a été abaissé de 28% à 24% ; en avril 2015, il sera encore abaissé jusqu’à 20%, en faisant effectivement le taux le plus faible des pays du G20. Le Royaume-Uni se fixe également comme objectif de simplifier et stabiliser la fiscalité : déjà plus d’une quarantaine de niches fiscales sont supprimées grâce aux travaux de l’Office for Tax Simplification.

« Ambition 2 : Faire du Royaume-Uni l’un des meilleurs endroits pour créer, financer et faire grandir une entreprise »

Tout en supprimant certaines niches inutiles à la croissance, le Royaume-Uni en a instauré d’autres dont l’effet est catalytique pour augmenter le financement des petites et moyennes entreprises :

>  Mise en place d’un dispositif accordant 50% de déduction d’impôt sur le revenu pour les investissements dans les entreprises en début d’existence de moins de 25 salariés.

>  Doublement du plafond d’investissement via l’ Entreprise Investment Scheme : la déduction d’impôt de 30% du montant investi dans une entreprise s’applique désormais jusqu’à un million d’euro par individu et le dispositif est étendu pour les entreprise ayant jusqu’à 250 salariés (au lieu de 50 jusqu’à avril 2012).

>  Plafonnement à 10% des plus-values de cessions, désormais valable jusqu’à 10 millions de livres de plus-values pour les entrepreneurs (limite sur la totalité des plus-values qu’un entrepreneur [2] réalise au cours de sa vie).

Ces mesures se sont par ailleurs accompagnées d’un objectif de diminution du poids de la règlementation britannique : depuis 2011 toute nouvelle régulation d’un ministère ne peut être introduite sans en supprimer une autre en contrepartie (dont le coût administratif pour les entreprises est au moins équivalent). Ce dispositif a permis aux entreprises d’économiser approximativement 840 millions de livres l’année dernière. En janvier 2013, cette règle a encore été durcie puisqu’il faut désormais supprimer deux réglementations pour en adopter une nouvelle.

« Ambition 3 : Encourager l’investissement et l’exportation pour une économie plus équilibrée »

Parmi les objectifs figure celui de garder sa place dans le haut du classement des investissements directs étrangers (IDE). Le Royaume-Uni est effectivement toujours le premier pays européen en termes de création d’emplois par les IDE. Ainsi, les IDE créent aujourd’hui deux fois plus d’emplois au Royaume-Uni qu’en France . Le gouvernement a également mené une politique active pour aider les entreprises à remporter des contrats à l’étranger. Le nombre d’entreprises exportatrices soutenues a ainsi augmenté de près de 30%.

« Ambition 4 : Créer une main-d’œuvre plus compétente et la plus flexible d’Europe »

Il s’agit notamment de la formation des jeunes par l’apprentissage en entreprise : depuis 2010, il y a eu 1 million d’apprentis supplémentaires et la durée minimale de l’apprentissage a été étendue à 12 mois. Le gouvernement entend également améliorer le niveau déjà bon des universités britanniques. Sans fausse modestie, il affiche l’ambition d’être le premier pays au monde après les États-Unis pour les études supérieures.

Voilà le programme qu’il faudrait appliquer en France. Ce programme ne repose pas sur des idéologies mais sur des faits : c’est en encourageant le développement des entreprises que l’on encourage la croissance et donc l’emploi. S’il fallait encore une autre preuve que la stratégie de David Cameron est gagnante, il suffit de comparer nos places dans le classement des pays les plus compétitifs [3]. Depuis 2010, le Royaume-Uni est monté de la 13ème à la 8ème place, quand dans le même temps nous dégringolions de la 16ème à la 21ème place.


[1Derniers chiffres OCDE d’avril 2013 : 10,8% de chômage pour la France contre 7,7% pour le Royaume-Uni.

[2Individu détenant au moins 5% du capital de l’entreprise et ayant été salarié ou dirigeant pendant au moins un an

[3Global Competitiveness Index, publié chaque année par le forum économique mondial : http://www3.weforum.org/docs/WEF_GlobalCompetitivenessReport_2012-13.pdf et http://www3.weforum.org/docs/WEF_GlobalCompetitivenessReport_2009-10.pdf

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