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Une expérience directe de la santé américaine

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 22 mars 2015

Il est assez courant d’entendre dire que la médecine et la santé aux USA sont plus coûteuses qu’en France.

Ceci s’appuie sur le fait que, rapporté au PIB, les Américains dépensent plus que les Français, environ 18% du PIB contre 11 à 12%.
Ceci oublie que la part remboursée par les dispositifs de couverture santé par l’État représente aux USA comme en France 8 à 9% du PIB, et que la partie qui est beaucoup plus développée aux USA est la dépense libre, qui se situe au même niveau que la dépense remboursée et contrôlée aux USA, soit 8 à 9%, contre seulement 2 à 3% en France.
L’autre fait souvent cité est que la médecine aux USA coûterait beaucoup plus cher qu’en France et une explication de cet écart est qu’avec autant de caisses indépendantes assurant la couverture santé au lieu d’un payeur unique comme en France avec la CNAM, les frais administratifs seraient beaucoup plus élevés.

Ce dernier point est exact et on a pu en effet comparer le coût des caisses d’assurance privées aux USA, environ 7% des remboursements, avec ceux des caisses étatiques comme Medicare ou Medicaid qui seraient seulement de l’ordre 1,5% des remboursements. Cela ferait plus de 250 milliards de dollars dépensés en frais administratifs du fait des caisses indépendantes.
Mais on oublie qu’en contrepartie, la multiplication des assurances a créé une concurrence et que cette concurrence entraîne une amélioration de l’efficacité des fournisseurs de soin.
Cette concurrence n’est peut-être pas si mauvaise puisque même le gouvernement Obama, dans sa célèbre réforme dite Obamacare, a conservé le principe de caisses indépendantes (par état pour la partie publique) et n’est pas parti vers le payeur unique, au grand dam d’ailleurs des Démocrates les plus extrémistes.

Ayant été opéré aux USA l’été dernier après avoir sillonné la région parisienne à la recherche d’une solution, je peux livrer un témoignage direct des coûts dans une opération qui tend à devenir assez standard pour les personnes âgées.

Avec l’âge, même en l’absence de hernie discale, il peut se produire un rétrécissement du canal de la moelle épinière au niveau des dernières vertèbres avant le coxis (ou sténose du canal lombaire), notamment à la jonction L4-L5. Dans mon cas, ce rétrécissement était produit par l’épaississement du ligament jaune, un tissu ligamentaire qui court le long de la colonne vertébrale à l’intérieur du canal rachidien ; la moelle épinière rétrécie laisse passer moins de sang et les nerfs qui se situent en-dessous du rétrécissement souffrent, entraînant une difficulté à la marche pouvant même déboucher sur la mort du nerf.

La solution consiste à faire de la place dans le canal rachidien en enlevant le dos des vertèbres situées de part et d’autre du rétrécissement (laminectomie) ou, dans une solution moins invasive, à découper un peu le dos des vertèbres pour pouvoir rentrer dans le canal rachidien et enlever l’excès de ligament jaune (laminotomie).

La laminectomie qui m’avait été proposée dans la région parisienne nécessite moins d’une semaine à l’hôpital, la laminotomie effectuée aux USA (mais que certaines universités françaises paraissent aussi pratiquer) seulement deux nuits.

Opéré dans l’un des meilleurs hôpitaux (Zale Lipsky) de Dallas, Texas, j’ai payé un peu plus de 3.000 dollars le chirurgien qui m’a opéré ; son tarif, m’a-t-on affirmé, n’a pas été influencé par le fait que mon fils est l’un de ses collègues ; j’ai été facturé d’environ 6.000 dollars pour l’opération elle-même (hors honoraires du chirurgien) et pour les deux nuits à l’hôpital.
Ces 6.000 dollars ont été ramenés par Medicare à environ 5.000 et entièrement couverts par Medicare (dont je dépends, ayant travaillé 27 ans aux USA et dépassé les 65 ans).
N’étant couvert que par Medicare A, qui ne rembourse que les frais d’hospitalisation, par une curiosité du code américain, les honoraires du chirurgien sont restés à ma charge.

Les honoraires des chirurgiens que j’avais consultés à Paris se situaient aussi autour de 3.000 mais en euros et les frais de salle opératoire, anesthésie, et séjour post-opératoire ne m’ont pas paru très inférieurs aux 5.000 dollars payés par Medicare.
N’ayant pas de mutuelle, mon expérience est que les remboursements par la CNAM sont généralement entre 15 et 30% des frais réellement subis, très loin du remboursement à 100% de Medicare (l’hôpital a accepté de réduire sa facturation d’environ 1.000 dollars pour arriver au niveau fixé par Medicare).

Il m’a semblé de cette expérience directe qu’il est exagéré de voir dans la médecine américaine un coût qui serait exorbitant par rapport à celui pratiquée en France.

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