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Une Éducation nationale anti-égalitaire

Par Dominique Mercier,
le dimanche 11 mai 2014

L’Éducation nationale justifie son existence en affirmant la nécessité d’une école gratuite et identique pour tous [1], qui favoriserait l’égalité des chances et viendrait gommer les inégalités dues au milieu socioculturel des élèves. Alors que cette idéologie est particulièrement prégnante en France, il est frappant de constater que les résultats sont à l’opposé de l’objectif affiché. Non seulement les performances globales sont préoccupantes mais la France a, d’après l’enquête PISA, l’un des systèmes scolaires les plus inégalitaires. Elle se refuse toujours à libéraliser l’éducation alors que les exemples étrangers montrent que ce sont justement les élèves issus de milieux défavorisés qui bénéficient le plus de systèmes scolaires à gestion et méthode libres.

Un système français sous-performant dont les classes défavorisées sont les principales victimes

D’après l’enquête Pisa [2] de l’OCDE de 2012, la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus marquée en France que dans la plupart des pays de l’OCDE. Ainsi par exemple en mathématique – matière principalement évaluée en 2012 – le milieu socio-économique de l’élève a une influence de 50% supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE [3], soit l’influence la plus marquée de tous les pays. De surcroît ces inégalités ont continué de se creuser puisque le système d’éducation français est plus inégalitaire en 2012 qu’il ne l’était 9 ans auparavant. La note de l’OCDE conclut ainsi que les élèves français issus d’un milieu défavorisé obtiennent des résultats « nettement inférieurs ».

Surtout, l’étendue du problème est considérable et ne touche pas que quelques élèves ou encore des compétences qui apparaîtraient comme secondaires. Après une scolarité obligatoire qui dure en moyenne plus de 12 ans, l’Éducation nationale a en effet échoué à apprendre à lire à près d’un élève sur cinq. En 2013 près de 10% des jeunes de 17 ans « n’accèdent pas à la compréhension des textes » et pour 9% supplémentaires, « la lecture reste une activité laborieuse » par laquelle ils n’accèdent qu’« à une compréhension minimale » [4]. Le phénomène, aux proportions déjà préoccupantes, est de plus en train de s’aggraver pour les générations montantes. À l’heure actuelle, 40% des élèves sortant du CM2 (11 ans) sont considérés comme étant en échec scolaire, ayant de « graves lacunes […] en lecture, écriture et calcul » [5].

Ces faits expliquent entre autres qu’à l’heure actuelle 16% d’une classe d’âge sortent du système scolaire sans aucune qualification, soit 130.000 jeunes d’après la Cour des comptes sur des estimations pour 2008. En 2012, ce chiffre aurait encore augmenté, de l’ordre de 230.000 élèves d’après l’ancien ministre de l’Éducation Luc Chatel [6].

Un refus d’évoluer alors qu’une libéralisation partielle bénéficierait tout particulièrement aux classes défavorisées

Les charter schools sont un exemple éloquent de scolarisation adaptée aux enfants issus de milieux défavorisés, ainsi que le résume très bien un article de The Economist. Dans leur principe, les charter schools sont financées sur fonds publics, mais leur gestion est privée et elle dispose d’une grande liberté pour l’organisation de la scolarité. Cela inclut des règles plus souples pour le recrutement, la rémunération et le licenciement des professeurs, le nombre d’heures de cours, les méthodes d’enseignement, les modalités d’évaluation des élèves, la rigueur de la discipline, etc. Les charter schools, notamment, ne sont pas soumises à la législation des États en termes de conventions collectives. Au global, les charter schools sont à la fois relativement indépendantes de la bureaucratie locale et libérés des entraves syndicales. Elles sont tout particulièrement incitées à être performantes puisqu’elles reçoivent leurs dotations publiques en fonction du nombre d’élèves, et font souvent appel à des dons privés en complément.

Si la comparaison des performances des charter schools dans leur ensemble reste malaisée du fait de la différence de background des élèves et de différence de législation d’un État à l’autre, il existe un consensus sur leur impact pour les enfants de milieux défavorisés. Les think tanks aux orientations politiques diverses [7] qui se sont penchés sur la question à des échelles locales, s’accordent pour conclure que les enfants pauvres ou ne parlant pas l’anglais ont des performances bien meilleures dans les charter schools que dans les écoles publiques classiques. L’exemple le plus frappant est celui de la Nouvelle Orléans. Suite à l’ouragan Katrina en 2005, la plupart des écoles sont devenues des charter schools et aujourd’hui environ 80% des élèves sont scolarisés dans l’une d’entre elles. Or, si en 2004 seulement 54% des élèves réussissaient leur examen de fin de lycée en 4 ans, ce taux est aujourd’hui de 78% [8] .

Ce constat est loin d’être isolé : la Harvest Preparatory School de Minneapolis - où tous les enfants sont noirs – a surpassé toutes les autres écoles du Minnesota en mathématiques. Une autre étude comparant les élèves de New York de 13 ans en corrigeant les différents biais [9] a également montré que les élèves de charter schools avaient une avance significative dans cette matière sur les élèves des autres collèges [10].

D’après des sondages réalisés en 2010 aux États-Unis, c’est d’ailleurs parmi les minorités que les charter schools reçoivent le soutien populaire le plus massif. Barack Obama lui-même s’est positionné en faveur des charter schools et neuf des dix plus grandes villes américaines – dont huit sont démocrates – ont encouragé les charter schools comme un moyen d’aider les classes défavorisées.

Cette position de bon sens semble malheureusement peu partagée par la classe politique française. La suppression de la carte scolaire, qui introduisait un minimum de compétition, a même été stoppée par le ministre de droite, Luc Chatel. L’idéologie égalitariste continue ainsi à entretenir, voire aggraver, l’inégalité qu’elle prétend combattre.


[1En tous cas jusqu’en troisième.

[2Ensemble d’études menées visant à la mesure des performances des systèmes éducatifs des pays membres et non-membres.

[3L’augmentation d’une unité de l’indice PISA de statut économique, social et culturel entraîne une augmentation du score de 39 points en moyenne dans les pays de l’OCDE, mais de 57 points en France

[4Ces chiffres sont issus des tests de lecture effectués lors de la journée Défense et Citoyenneté, obligatoire pour les jeunes de 17 ans. http://www.education.gouv.fr/cid58761/journee-defense-et-citoyennete-2013-des-difficultes-en-lecture-pour-un-jeune-francais-sur-dix.html

[5Voir le rapport du Haut conseil à l’éducation de 2009 : "Chaque année, quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes : près de 200 000 d’entre eux ont des acquis fragiles et
insuffisants en lecture, écriture et calcul ; plus de 100 000 n’ont pas la maîtrise
des compétences de base dans ces domaines. Comme la fin du CM2 n’est plus la
fin de l’école obligatoire, leurs lacunes empêcheront ces élèves de poursuivre
une scolarité normale au collège."

[6Selon le ministre Luc Chatel (Bulletin quotidien, 19 mars 2012, p. 25) : « Entre juin et octobre 2012,
233.129 élèves ont quitté le système scolaire ». « Plus de 80% des décrocheurs ont entre 16 et 19 ans et
55% sont dews garçons. La moitié d’entre eux sont issus de la voie professionnelle et un quart de l’enseignement général technologique. ». Par ailleurs - d’après le rapport de la Cour des comptes : « L’Éducation nationale face à l’objectif de la réussite de tous les élèves – mai 2010 » - seulement 64% d’une classe d’âge obtiennent ainsi le baccalauréat, dont 34% seulement un bac général , soit une stagnation depuis 20 ans malgré un baccalauréat au rabais.

[7Mathematica, National Bureau of Economic Research, etc.

[9Même niveau scolaire de départ et même milieu économique et socioculturel.

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