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Une allocation de revenu universelle ?

Par Dominique Mercier,
le dimanche 12 juin 2016

Faut-il créer une allocation de revenu universelle ? C’est ce que propose aujourd’hui Charles Murray, l’auteur célèbre de Loosing Ground, livre ayant pourtant démontré que tout revenu minimum entraine une forte désincitation au travail. Dans un article récent du Wall Street Journal, il explique qu’aujourd’hui une allocation universelle bien pensée serait la solution aux problèmes économiques actuels.

Charles Murray explique [1] tout d’abord comment il conçoit précisément l’allocation universelle de revenu. Etant américain, il étudie le cas pour les États-Unis : ce serait une allocation de 13.000 dollars annuels pour les personnes de plus de 21 ans, dont 3.000 dollars seraient obligatoirement alloués à une assurance de santé. Il resterait donc à chacun 10.000 dollars d’allocation tous les ans et jusqu’à la fin de ses jours. Cette allocation diminuerait si le revenu individuel dépassait 30.000 euros annuels, mais elle ne descendrait jamais en dessous de 6.500 dollars - plancher atteint à partir de 60.000 dollars de revenus annuels.

En contrepartie de cette allocation universelle, tous les autres programmes seraient supprimés, qu’il s’agisse des retraites publiques (qui représentent environ un tiers des retraites versées aux États-Unis), de Medicare (système de santé pour les plus de 65 ans) de Medicaid (système de santé pour les personnes modestes), des bons alimentaires, des allocations logement, des allocations pour femmes seules ainsi que toutes les autres sortes de services d’assistance publique.

Sans surprise cette proposition d’allocation suscite l’opposition de beaucoup de détracteurs, qui estiment qu’elle va pousser un grand nombre d’Américains dans l’oisiveté. Cependant, Charles Murray répond que c’est déjà le cas d’un grand nombre d’entre eux, et que dans son système d’allocation universelle de revenu, jusque 30.000 dollars, prendre un travail est un bénéfice net. Il admet qu’au final il risque bien d’y avoir une augmentation de l’inactivité, mais il estime que son dispositif reste applicable malgré cela. Aujourd’hui de nombreux libertariens comme lui voient donc ce dispositif comme la manière la moins néfaste de transférer la richesse des citoyens riches vers les citoyens plus pauvres.

Quelles en seraient les conséquences positives d’après Charles Murray ?

La première conséquence serait d’après lui une économie annuelle de 200 milliards de dollars sur le budget public, ce qui serait évidemment excellent pour réduire le déficit américain, toujours conséquent malgré la reprise puisque qu’il est de 439 milliards de dollars en 2015. D’ici 2020 Charles Murray calcule que ce système d’allocation universelle de revenu permettrait une économie de près de 1.000 milliards de dollars par an par rapport au système d’État providence pré-existant.

La deuxième conséquence serait la fin de la bureaucratie américaine telle qu’on la connait actuellement, qui s’occupe de tous les programmes publics énoncés ci-dessus, et qui est devenue pléthorique.

La troisième conséquence positive serait la relance de la société civile américaine. Comme l’a découvert Tocqueville en venant aux États-Unis, la société américaine a cette propension extraordinaire à stimuler le volontariat et les dons pour répondre aux besoins multiples et variés des citoyens, auxquels l’administration ne sait répondre que par des dispositifs homogènes, uniformes et dispendieux souvent inadaptés à la situation personnelle de chacun. Paradoxalement la bureaucratie et l’étatisme renforcent l’individualisme puisqu’il y a du coup de moins en moins de structures intermédiaires entre l’État et l’individu. Si l’État ne prétend plus s’occuper de tout mais seulement de donner à chacun le minimum pour vivre, cela encouragerait l’initiative individuelle et la philanthropie.

Enfin d’après Charles Murray non seulement cette allocation universelle aurait les effets positifs que nous venons de donner, mais elle va devenir de plus en plus nécessaire dans un contexte de mutation technologique, où l’intelligence artificielle à terme, rendra obsolètes un grand nombre d’emplois. D’après certaines prévisions qu’il énonce, ce serait près de la moitié des emplois américains qui seraient en danger, cette allocation permettrait donc aux travailleurs concernés de subvenir à leurs besoins pendant la phase de transition de leur ancien métier vers un nouveau plus compatible avec l’évolution technologique. Charles Murray cite l’exemple des voitures sans chauffeur, qui mettront au chômage les chauffeurs de taxis et de camions, et les avancées en matière d’impression 3 D et de « Contour crafting » pourraient aussi supprimer des millions d’emplois dans la production et la construction.

Que penser de l’analyse de Charles Murray ?

Si l’idée de Charles Murray parait séduisante, on peut se demander si elle n’est pas un peu perverse et dangereuse, voire utopique. Il admet ainsi sans sourciller que cette allocation va augmenter l’inactivité choisie, mais il dit que le système reste néanmoins « applicable ». Par ailleurs il n’explique pas ce qu’il compte faire des millions de fonctionnaires et bureaucrates qui se retrouveraient ainsi au chômage, affirmant que de toutes les façons, dans le futur, il faudra tout repenser et que cette allocation permettra la transition nécessaire. Il est donc dans une logique partielle « comment rendre l’État moins néfaste ? » et non globale, qui devrait être : « comment relancer l’économie et la création d’emplois américaines ? ». À notre sens, il faut dès à présent transformer les allocataires en travailleurs et producteurs de richesse, sachant très bien - comme il l’a lui-même montré - le rôle du travail sur le plan social et cognitif.


[1Charles Murray, A garanteed income for all, Wall Street Journal, 6 juin 2016.

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