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Un grand homme, Yvon Gattaz, abusé par l’INSEE

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 9 février 2014

Tous ceux qui sont proches de l’entreprise savent le rôle considérable qu’a joué Yvon Gattaz pour la survie des entreprises françaises : fondateur de Radiall, un des fleurons de l’électromécanique, président du CNPF sous François Mitterrand, c’est lui qui a fait reconnaître l’importance des ETI, les entreprises de taille intermédiaire, entre la PME (jusqu’à 250 salariés) et la grande entreprise (plus de 5.000), ETI dont Radiall est l’exemple type. C’est aussi lui qui a su limiter l’exode des capitaux privés déclenché par la suppression du plafond de l’ISF en 1995 en poussant Renaud Dutreil, le ministre des PME, à faire voter en 2003 une réduction de l’ISF de moitié puis des trois quarts pour les actionnaires s’engageant dans un pacte de conservation.
L’industrie française lui doit donc beaucoup et ceci rend donc encore plus tragique de le voir se faire abuser par les statistiques publiées par l’INSEE.

Cela va faire bientôt trois ans que nous rencontrions Jean-Philippe Cotis, alors directeur général de l’INSEE, et que nous lui demandions « pourquoi laisses-tu publier que les créations d’entreprises françaises atteignent plus de 500.000 alors que tu sais bien que les créations des entreprises qui comptent vraiment, celles naissant avec un salarié, les seules prises en compte par les statistiques américaines, sont étales depuis 10 ans à 40.000, la moitié de ce que l’on mesure en Allemagne ou au Royaume-Uni, et sont même tombées à 33.000 depuis 2008 ? ».

Je résume sa réponse : Eurostat envisage en effet d’adopter ce standard mais il faudra encore des années. Pour l’instant, je ne peux rien publier de tel car nous sommes en période pré-électorale.
Et il est vrai que depuis la SARL à 1 euro de Renaud Dutreil, puis les services à la personne de Jean-Louis Borloo et enfin l’auto-entrepreneur d’Hervé Novelli, la droite française en a plein la bouche des créations d’entreprises françaises qui ont crevé tous les plafonds (voir graphique ci-dessous).
Nous serions les champions d’Europe, sinon du monde, en créations.
Mais aucun politique ne se demande comment il se fait qu’avec des succès pareils, nous soyons aussi les champions du taux de chômage et que nous ayons 5 à 7 millions d’emplois marchands de retard sur les Britanniques ou les Allemands.
À cela, Yvon Gattaz, dans le Figaro du 6 février, répond que la bataille de la création d’entreprises est gagnée et qu’il reste celle de leur croissance.

Eh bien non, cher Yvon Gattaz, pour l’instant la bataille des créations d’entreprises est perdue car nous ne créons que des avortons qui ne pourront grandir, nous plantons des buissons, pas des arbres. L’INSEE vous le cache en publiant en première page ces créations mirifiques presque toutes sans salariés. J’ai créé dans ma vie près d’une dizaine d’entreprises sans salariés, pour des montages qui n’étaient pas que fiscaux. Ce qui compte, ce sont les entreprises créées avec salariés, avec du fric car si une entreprise veut devenir nationale ou internationale, il lui faut démarrer avec des moyens. Même Prin et Page ont reçu d’un Business Angel 100.000 $ pour sortir de leur piaule d’étudiant et louer leur premier garage, créer Google.

Regardez la taille des entreprises qui naissent en France et comparez avec l’Allemagne ou le Royaume-Uni (nous allons les republier), je ne parle même pas des USA et c’est un retard de l’ordre de 100.000 emplois en défaveur de la France chaque année pour les entreprises de 2 salariés ou plus, particulièrement dans l’intervalle 2 à 20 salariés.

N’oublions pas qu’à la différence de beaucoup d’instituts de statistiques rattachés aux Parlements, l’INSEE est une division de Bercy et que le jeu de Bercy est de faire croire que le problème de la création d’entreprises est résolu, que seul demeure celui de la croissance car c’est celui où il est le plus facile pour ses antennes, anciennement BDPME, OSEO, CDC Entreprise, maintenant BPI, de faire croire que l’argent de l’État sert à quelque chose.

Je vous rejoins lorsque vous dites que nous avons le culte des entreprises naines, mais le nanisme n’est pas dans leur développement, il est à la naissance car, à la différence des anglo-saxons, nous n’avons jamais mis en place les incitations fiscales qui permettraient à nos entreprises naissantes de démarrer avec des centaines de milliers d’euros et des euros apportés par des entrepreneurs qui apportent leur compétence et leurs réseaux, pas de l’argent public qui sert essentiellement à justifier des para-fonctionnaires.

Nombre de créations d’entreprises sans salarié et avec salarié en France
Source : INSEE Première, n° 1221, 1227, 1334, janv.2009, janv. 2010, janv. 2011

A croire les chiffres publiés par l’INSEE, notre pays est devenu le pays d’Europe le plus prolifique en créations d’entreprises, dont le nombre est passé d’environ 180.000 par an en 2002 à près de 600.000 en 2010. Mais si l’on cherche bien, les créations d’entreprises naissant avec au moins un salarié sont dérisoires voire même en chute.

Ce sont pourtant celles qui devraient intéresser nos dirigeants car une entreprise sans salarié est souvent une enveloppe juridique vide, une couverture fiscale ou juridique. Un exemple récent est celui des auto-entrepreneurs qui du fait du plafond de chiffre d’affaires ne peuvent en fait employer de salarié, sont essentiellement faits pour donner un emploi à un chômeur mais dont un quart ont déjà fermé.

Messages

  • Bonjour,
    ce que vous écrivez à propos des entreprises sans salarié, ou un seul salarié, même des années après leur création, est parfaitement exact. On assiste à un développement d’un espèce "d’interim de luxe" car ces entreprises sont créées par des cadres de bon niveau que les entreprises ne veulent plus embaucher en CDI vu le contexte juridico-social. Ils passent alors des contrats de consultants ou similaires... Il y en a beaucoup dans l’ouest parisien notamment.

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