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Trump : la fin d’un monde ? Ou renouveau ?

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 28 février 2016

Le samedi 27 février 2016, avons-nous assisté à la fin d’un monde ? ou l’annonce de son renouveau ? Annoncé par le discours de campagne de Donald Trump dans l’Arkansas, à la veille du « super Tuesday » où une dizaine d’états américains votent pour leurs délégués dans les primaires ?

Arrivée théâtrale dans un énorme avion Boeing 757 blanc sur le bas, ligne rouge au milieu, bleu marine presque noir sur la partie haute et TRUMP en énormes caractères blancs couvrant le haut de l’avion. Puis attente d’une dizaine de minutes avant de voir sortir de l’avion et descendre par l’échelle de coupée des hordes de collaborateurs et collaboratrices se précipitant comme sortant de la fournaise de l’enfer.

Puis, après un silence de deux ou trois minutes, Dieu arrivant en haut de l’échelle précédé du Saint-Père, Donald Trump à la remorque de Chris Christie, le corpulent gouverneur du New Jersey. En bas de l’échelle de coupée, Chris Christie délivre un premier discours enflammé d’une dizaine de minutes suivi ensuite par un discours d’une heure de Dieu lui-même, Donald Trump, tenant le micro de sa main gauche et maniant la droite comme s’il s’agissait d’un sabre ou parfois d’une dague, coupant, taillant, piquant.

Discours absolument effarant où il a non seulement attaqué son concurrent Rubio sur le plan personnel en singeant quelqu’un qui sue sous la chaleur et est forcé de boire toute les minutes pour se réhydrater et en mêlant cela des allusions suggérant que Rubio se serait servi de la maison achetée en Floride pour gagner de l’argent sur le dos du parti républicain ; puis, sur un ton beaucoup plus grave, il a attaqué le président mexicain parce que la firme Carrier, le grand fabricant de matériel de réfrigération, aurait fermé son usine de Syracuse avec 1 .400 salariés pour la transporter au Mexique. Il a passé 10 minutes pour nous expliquer que lui aurait téléphoné à United Technologies, propriétaire de Carrier et aurait arrêté le transfert. Lui, président, aurait interdit l’entrée aux États-Unis de matériel de réfrigération fabriqué par Carrier au Mexique, en utilisant le mur qu’il allait faire construire le long de la frontière mexicaine.

Il avait fait précéder cela d’une attaque personnelle contre un procureur qu’il a accusé de l’avoir mis, lui, Donald Trump, en examen le lendemain de la visite à ce procureur de Barack Obama. Il a de même traîné dans la boue un juge qui l’aurait poursuivi pour une « Trump University » qui n’a jamais vu le jour (dont ses concurrents disent qu’il a reçu pour elle beaucoup d’argent public).

Voici donc un candidat qui risque d’être élu candidat républicain à la présidentielle, qui pourrait très bien se retrouver à la Maison-Blanche et qui n’hésite pas, en quelques minutes de discours, à fouler aux pieds les principes qui ont fait la force de son pays et qu’en tant que président il aurait le devoir de faire respecter : le droit d’une entreprise de se délocaliser, les accords commerciaux internationaux, la courtoisie vis-à-vis d’un président d’un pays ami, le respect que doit à la justice le pouvoir exécutif. En quelques mots, Donald Trump jette aux orties la séparation des pouvoirs de Montesquieu qui est pourtant un des principes de gouvernement de toutes les démocraties.

À l’écouter, c’est en effet peut-être un monde américain nouveau, avec d’autres mœurs, qui est nécessaire pour affronter tous les dangers qui nous menacent : dangers internes avec les politiciens et médias escrocs, dangers externes avec les dictatures chinoise et russe.

Mais ce discours avait aussi pour but de démontrer qu’il était capable d’accoucher de ce monde, qu’il en avait la toute-puissance : n’y avait-il pas son avion sur lequel s’étale son nom, le fait que c’est son argent qu’il dépense pour sa campagne ?

Après toutes les attaques qu’ont subies les riches, on aurait pu enfin espérer voir reconnaître en Donald Trump le héros entrepreneur qui crée des emplois (il n’a pas hésité à utiliser l’argument contre Rubio en disant que ce dernier n’avait créé aucun emploi alors que lui, Donald Trump, en avait créé des centaines). On aurait pu s’enflammer à l’idée que les entrepreneurs qui ont fait la richesse de l’Amérique voient enfin l’entreprise et la prise de risque mis à l’honneur et non pas la recherche de l’égalité, le drapeau dont se couvrent Thomas Piketty et Joseph Stiglitz pour distribuer l’argent gagné par d’autres.

Mais au-delà de l’arrogance du personnage, saura-t-il en effet secouer un système politique à la dérive et utiliser son expérience des affaires et des « deals » pour remettre en marche l’économie américaine et rétablir la puissance de la seule nation capable de ramener l’ordre et un peu plus de paix dans le monde ?

Ou la remise en cause des principes sur lesquels fonctionne notre société trahit-elle une incompréhension des raisons derrière ces principes et annonce-t-elle une impuissance encore plus grande à résoudre les problèmes de notre temps que l’impuissance qui bloque Washington depuis si longtemps et qui est cause de l’exaspération qui porte Donald Trump vers la présidence ?

Messages

  • Trump est sympathique parce qu'il bouscule l'establishment.
    Mais quels sont les principes éthiques, les convictions théoriques sur lesquels s'appuie sa pensée et demain son action ?

  • Un point positif quand même chez Trump : ce sont ses déclarations en vue de l'établissement de relations apaisées avec la Russie, rempart chrétien contre l'Islam conquérant et premier rideau contre la Chine.
    On imagine déjà une Europe coopérant avec la Russie, sous l'œil bienveillant des US qui pourraient ainsi se consacrer aux VRAIES menaces pesant sur le monde libre...
    Pour le reste, effectivement ....il y a de la marge de progrès chez le candidat Trump !

    Claude Mennessier

  • Avec son caractère à l'emporte pièce , sa faconde et ses idées bornées de parano-complotiste, il est tout à fait taillé pour relancer hégémonie US par le moyen infaillible , ancien, écorné mais toujours rentable : LA GUERRE !

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