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Trois mesures essentielles absentes du programme des candidats

Par Claude Sicard,
le dimanche 26 mars 2017

Le débat organisé lundi par TF1 entre les cinq principaux candidats à la future élection présidentielle a permis de mieux connaître les positions de chacun, mais les questions économiques ont été malheureusement trop rapidement survolées. Il s’agit pourtant de savoir avant tout comment il va être possible de redresser l’économie du pays.

Ce problème est essentiel à traiter avant d’envisager encore de nouveaux recrutements de fonctionnaires et de nouvelles redistributions : augmentation du SMIC, augmentation des retraites des plus démunis, distribution à tous les Français d’un « revenu universel », etc. Benoît Hamon a qualifié sa mesure de « seule idée neuve de la campagne électorale ». Nous voudrions, quant à nous, proposer trois grandes mesures neuves, des mesures curieusement absentes pour l’instant du programme des divers candidats. Ce sont les suivantes :

- Réforme complète du code du travail, voire son abandon pour lui substituer une législation du travail très simple ;

- Doublement urgent de nos budgets de recherche ;

- Allégement, le plus vite possible, du coût de la Sécurité sociale pour le pays, par une privatisation des hôpitaux publics.

L’abandon de notre code actuel du travail

Il va falloir refondre complètement notre code du travail si l’on veut que l’économie reparte, un code monstrueux de 3.600 pages qui étouffe complètement nos entreprises, et tout spécialement les entreprises qui se créent. Il est d’ailleurs curieux que le droit du travail - que la société française a voulu très protecteur - soit le même pour les TPE et les grandes multinationales. On sait qu’en Allemagne le droit du travail prévoit de nombreuses dérogations pour les entreprises de moins de 10 salariés. Il faudrait mettre au rebut notre code actuel pour le remplacer par quelques lois très simples, comme l’ont fait, par exemple, les Suisses, et laisser toutes les autres dispositions être fixées par des négociations au niveau des entreprises ou des branches. Entreprendre de réformer le code actuel serait se lancer dans des négociations sans fin, voire dans des combats de rue, et cela demanderait un temps considérable. Or il y a urgence à débloquer la situation.

On sait que le monde syndical s’y opposera avec la plus grande énergie, n’hésitant pas à bloquer le fonctionnement du pays pendant de longues périodes. Déjà a-t-on vu Philippe Martinez, le leader de la CGT, déclarer qu’il « mobiliserait » si le projet Fillon devait être adopté, et la CFDT qualifier ce projet de « très inquiétant ». Il va donc falloir, si l’on veut éviter une dangereuse paralysie de l’économie du pays, réformer le droit de grève afin que, comme c’est le cas au Royaume-Uni ou en Allemagne [1], soient interdites les grèves de solidarité ou les grèves politiques contre un texte à portée générale. À l’instar de ces deux pays, cela doit être assorti d’un réel service minimum, avec un droit de réquisition pour les services de première nécessité (transports, énergie, ordures…) et des sanctions en cas de non-respect.

Le doublement de nos budgets de recherche

Dans une de ses études, l’OCDE nous dit : « l’innovation est un des facteurs déterminants de la croissance et des performances dans une économie mondialisée ». La France a le plus grand besoin que se créent de nouvelles entreprises tout particulièrement dans le domaine de l’industrie, le mal français venant de ce que notre secteur industriel s’est effondré. Il ne représente plus aujourd’hui que 11% du PIB, alors que la moyenne des pays de l’OCDE se situe à 22%. Pour créer de nouvelles entreprises il va donc falloir considérablement renforcer nos budgets de recherche, surtout pour les recherches s’effectuant dans le secteur privé. Il faut bien prendre conscience que dans cette économie mondialisée qui s’est mise en place, nous avons à affronter des monstres comme les États-Unis et la Chine, des pays qui ont des budgets de recherche s’étageant entre 300 et 400 milliards de dollars américains, avec des effectifs considérables de chercheurs : 1,4 million dans le cas des États-Unis et près de 1,5 million dans celui de la Chine. Et il ne faut pas oublier non plus la Corée du Sud et le Japon.

Comparé à ces pays, le nôtre est un nain : le budget français de la recherche s’élève à seulement 48 milliards d’euros, une goutte d’eau donc, par rapport aux budgets américains ou chinois. Il faudrait donc, pour le moins, doubler notre effort de R&D, ce qui nécessitera de faire passer nos effectifs de chercheurs de 260.000, chiffre actuel, à environ 450.000. Il faudra faire un effort considérable pour porter de 48 milliards d’euros à près de 100 milliards les dépenses de recherche de la nation. Il faudra penser à des dispositifs pour relancer la recherche privée et encourager les partenariats entre les chercheurs et les entrepreneurs, à l’heure actuelle quasi-inexistants [2]. Les candidats ont parlé de recruter des policiers, des instituteurs, des infirmiers, mais personne n’a vu que ce qui est essentiel pour notre avenir, c’est de faire un effort considérable sur la recherche. Nos dépenses de recherche actuelles représentent 2% du PIB, alors qu’elles sont de 4% en Israël ou en Finlande.

L’allégement du poids des budgets de protection sociale

La France a des dépenses de protection sociale beaucoup trop lourdes, bien plus lourdes que chez nos voisins. Il va donc falloir les alléger, sans bien sûr, que les Français soient moins bien soignés. Un moyen très simple existe pour cela, mais aucun des candidats ne l’a vu, semble-t-il. À l’exemple de ce qu’ont fait les Allemands, il consisterait à privatiser une grande partie des hôpitaux du secteur public qui sont au nombre de 1.100 actuellement et emploient plus d’un million de personnes. Ces hôpitaux qui fonctionnent avec des personnels jouissant d’un statut de fonctionnaires (statut de la fonction publique hospitalière) sont tous en très fort déficit chaque année. Les facturations à l’acte (T2A), système mis en place récemment, ne couvrent que 58% seulement de leurs frais de fonctionnement. Le solde est assuré par diverses subventions publiques qui s’élèvent à environ 32 milliards d’euros chaque année. Avec le même système de facturation, mais avec des tarifs inférieurs de 15 à 20%, les hôpitaux et cliniques du secteur privé qui assurent environ 25% des hospitalisations en France, parviennent à tourner normalement, et ils donnent satisfaction à leurs malades. On pourrait donc privatiser au moins 50% de nos hôpitaux publics, comme viennent de le faire les Allemands, qui ont même eu l’audace de privatiser un CHU, et l’on économiserait ainsi 20 à 30 milliards d’euros chaque année. Une réforme plus globale de la santé serait évidemment souhaitable afin d’être plus équitable et encore plus efficace mais ce serait déjà un premier pas.

Les trois mesures que nous indiquons ont un caractère indispensable. Se débarrasser de notre code du travail beaucoup trop lourd et très tatillon est la première mesure à faire passer. Doubler les budgets de recherche de la nation paraît une évidence. Enfin, alléger les charges pour le pays que représente le budget de la Sécurité sociale ne pourra qu’aider à réduire le montant des prélèvements fiscaux qui représentent 45% du PIB, contre 34% en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Les programmes des candidats ne sont pas encore totalement bouclés, et il n’est pas trop tard pour eux de se pencher sur ces trois propositions.

Claude Sicard
Auteur de “Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe ?”, et “L’islam au risque de la démocratie” (Ed. F.X de Guibert).


[1Jean-Louis Thiérot, « Droit de grève, les exemples anglais et allemands », Le Figaro, 13 juin 2016.

[2Déjà, en 2005, Christian Blanc, dans un rapport au Premier ministre, avait fait ressortir qu’aux États-Unis pour 10.000 chercheurs il se crée chaque année 100 PMI innovantes, alors qu’en France, sur le plateau de Saclay qui est pourtant le pôle de compétitivité le plus important du pays, pour 16.000 chercheurs il se crée seulement une dizaine de start-up par an. Selon le ratio américain on en attendrait environ 160.

Messages

  • Patron de PMI de 20 salariés, je ne peux que souscrire totalement aux trois points de ce programme ! Je viens encore de clôturer deux dossiers lourds : exemple, un DP que j’ai eu l’autorisation de licencier par l’inspection du travail (c’est dire...), a contre attaqué au tribunal administratif pour obtenir l’annulation de cette décision. C’est ce qu’il a obtenu sur un vice de forme dans un courrier AR qu’il n’a jamais reçu ! (il ne va jamais chercher ses recommandés) Il a demandé évidemment sa réintégration avec paiement de salaires depuis son départ, mais le médecin du travail dit qu’il ne peut pas travailler dans notre atelier. Mais pour le rendre inapte, il faut demander confirmation à un expert missionné par les Prudhommes (nouvelle loi ELKomry depuis 01/01/17), sauf que rien n’est prêt, aucun expert n’est nommé !
    Résultat, nous devons négocier une transaction, et ce personnage qui s’est mal conduit (c’est peu de le dire) touchera plus d’argent que n’importe salarié de la boite, moi y compris ! Et je pourrais vous donner d’autres exemples de ce type.
    La législation fait que l’on marche sur la tête !

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