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Triomphe de la "société du spectacle" : comment y mettre fin avant la nôtre ?

Par Hervé Gourio,
le mercredi 22 février 2017

Drôle d’évolution que celle de ce concept ! L’essai révolutionnaire post-marxiste de Guy Debord n’a jamais vraiment essaimé. Il est presque oublié. En revanche nous constatons tous les jours comme un évidence l’existence d’une société où il y a plus d’images que de textes sur internet, plus de divertissement que d’information dans tous les médias, plus de ricanements que de débat dans les talk-shows, plus d’émotion que de réflexion dans n’importe quelle prise de parole, plus de communication que de projets réfléchis dans les discours politiques. Nous vivons le triomphe de la société du spectacle. De façon éclatante en ce début 2017. Analyse.

À l’étranger… parfois à contre-courant des médias traditionnels

Aux États-Unis, Donald Trump a certainement bénéficié de l’audience de son émission de télé-réalité "The apprentice" pour asseoir sa crédibilité et, là-bas, sa popularité comme grand patron capable de changer le pays. Il continue dans cette veine avec des tweets en forme de réparties de comédien ou de propos familiers. Dans le cas du Brexit, Boris Johnson dont les talents de bouffon sont unanimement reconnus à Londres a certainement influencé l’issue du référendum.

En France… par les canaux habituels

Aujourd’hui en France dans l’élection en cours ce sont les médias traditionnels qui tiennent le haut du pavé. Les émotions publiques tourbillonnent parce que François Fillon a rémunéré sa femme et ses enfants au niveau de cadres qualifiés. Les médias ne parlent plus que de cela comme si cette erreur de jugement le rendait inapte à occuper la présidence de la République. Près de 200 élus de tous bords ont été condamnés, par les vrais tribunaux, eux, pour détournements caractérisés alors que lui n’a pas soustrait un centime à nos concitoyens et n’a pas enfreint la légalité. Le travail d’assistant parlementaire n’est pas codifié ; les tribunaux violent la Constitution en voulant le faire ; concrètement, comment imaginer que l’épouse d’un député en vue ne soit pas astreinte à des contraintes qui justifient une compensation financière ? On pourrait débattre de cela aussi, sans passion.

Un spectacle dégradant

Dans l’intérêt du spectacle, d’abord, on a franchi une étape ignorée jusqu’à présent : forts de l’audience des Français, les médias détournent le déroulement du principal choix démocratique en France. Les journalistes martèlent (pour une fois ce tic journalistique est approprié) les opinions des acteurs et les réactions des spectateurs à grands coups de "micro-trottoirs". Au lieu de parler de la situation du pays, de la stratégie et des mesures précises pour l’améliorer, du dirigeant le plus apte ou le mieux préparé, nous nous retrouvons sur un hippodrome, sommés de parier sur les chances de tel ou tel bateleur seulement soucieux de roucouler sa solution miracle.

Nous assistons donc au triomphe de tous les acteurs de la société du spectacle : communicants rois, commentateurs devenus pronostiqueurs, acteurs politiques transformés en comédiens, journalistes politiques transformés en critiques dramatiques ou en docteur ès-communication. Avec la crainte d’une manipulation des médias par ceux qui y ont intérêt. Nous, citoyens d’une république ancienne, sommes devenus prisonniers d’émotions vulgaires et de manipulations honteuses.

Un spectacle dévastateur

Cette évolution mondiale est évidemment désastreuse. Les rivaux chinois ou russes ou terroristes de l’Occident ne se contentent pas de manipuler les opinions. Ils ordonnent, emprisonnent ou massacrent. Le choix des dirigeants ou des politiques publiques chez nous est fait au gré des humeurs. Sans même évaluer un peu sérieusement les conséquences de tant de coups de clairon. Les prochaines étapes sont effrayantes : notre sort sera décidé par la classe parlante, soucieuse d’abord des chiffres de son audience, mesurés aujourd’hui en temps réel par l’émotion populaire sur les réseaux sociaux. Bientôt nous élirons des histrions beaucoup plus vains que Donald Trump qui lui, au moins a un passé d’entrepreneur. Il sera trop tard pour regretter l’incendie de Rome au son de "Qualis artifex pereo !".

Revenir à l’essentiel

Il faut arrêter cette emprise de la société du spectacle avant qu’il ne soit trop tard.
La principale qualité des entrepreneurs que nous sommes est de réunir l’ambition collective et la lucidité. Ces deux qualités si absentes des dirigeants politiques. Accrochons-nous-y. En commençant par la lucidité : il faut sans relâche revenir sur les 3 handicaps majeurs de notre pays :

➢ Pourquoi y créer ou développer des entreprises nouvelles (condition sine qua non pour réduire le chômage de masse) si l’entrepreneur n’est pas récompensé et si le risque d’échec est plus grand qu’ailleurs ?
➢ Peut-on continuer de passer pour des enfants gâtés en finançant des dépenses publiques avec des emprunts que nous peinerons à honorer ?
➢ Comment viendrons-nous à bout d’un nouvel ennemi redoutable, le terrorisme islamique ?

Les récents grands débats ont fait la démonstration de la légèreté des médias et de nos concitoyens. Parlons des mesures essentielles et efforçons-nous de choisir un président capable de les mettre en œuvre. Elles seront forcément à contre-courant d’une opinion anesthésiée et de forces défendant leurs acquis, même lorsqu’ils sont incompatibles avec les mesures indispensables au redressement. Ne nous trompons pas dans ce choix !

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