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Thatcher, le courage politique tel qu’il n’existe plus en France

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 10 avril 2013

Les médias français, TF1 en tête, ont donné le spectacle affligeant de journalistes n’ayant même pas le courage de dire que Margaret Thatcher a remis l’économie et la société anglaise sur rail. Cela les étrangle de lui rendre grâce, eux qui ont été formatés dans les écoles de presse pour dénigrer tout ce qui n’est pas la langue de bois, de la servilité à la puissance de l’État à la dénonciation des hypocrisies sociales des partenaires sociaux. Les syndicats sont oints par eux d’une essence quasi divine même s’ils ne représentent que moins de 5% des salariés, essentiellement du secteur public, et même si leur combat est la seule défense d’intérêts catégoriels. Encore heureux quand ils n’encensent pas les leaders syndicaux connus dont on a su les goûts pour les voitures de luxe ou les restaurants 3 étoiles. Margaret Thatcher est en effet celle qui a vaincu ces syndicats et a fait voler en éclats le mythe du combat pour la classe ouvrière, mais exposé leur volonté de pouvoir à la tête d’organisations sclérosées, ce qu’était devenu le syndicalisme après 30 ans de Labour.

Une situation pas très différente de celle qui prévaut en France aujourd’hui où serait bien fou celui qui pourrait encore espérer un quelconque progrès de discussions avec la CGT, avec SUD ou le syndicat des impôts issu du SNUI.

Ces syndicats ont remarquablement réussi : le SNUI et la fonction publique de Bercy sont parvenus à détourner la presque la totalité des économies dues à la fusion de la direction des impôts et du Trésor Public vers les traitements de leurs fonctionnaires.

On attend d’ailleurs toujours d’avoir les comptes des syndicats, le rapport Perruchot ayant été enterré par une majorité UMP à laquelle il manquait précisément le caractère d’une Thatcher.
L’inquiétant est que cette amnésie n’est pas propre aux journalistes français. Si The Economist a publié une homélie sur Margaret Thatcher, la presse australienne serait presqu’aussi aphasique que la presse française ; elle a probablement peur que le parti Conservateur ne bénéficie de l’exemple Thatcher pour mettre à la porte le Premier ministre Gillard lors des élections générales prévues mi-septembre.
La disparition de Margaret Thatcher a cependant un côté lumière, c’est de nous rappeler qu’un seul leader peut par lui-même refonder le cours de l’histoire d’une nation.

Nous en avons notamment besoin en France où la situation n’est pas très différente de celle qui prévalait en Grande-Bretagne en 1979, quand Margaret Thatcher a été élue, grâce précisément aux excès de tous les adversaires de la démocratie, à commencer par les leaders syndicaux comme celui des mineurs Scargill.

Certes nos rues ne sont pas encore envahies par les immondices comme c’était le cas à Londres avec la grève des éboueurs, ou les cadavres n’attendent pas encore d’être enterrés ou brûlés, mais nos rues parisiennes sont de plus en plus sales, on nous dit que la plus belle ville du monde a vu sa fréquentation par les touristes baisser brutalement, les appartements et maisons des quartiers aisés sont à vendre, les jeunes Français partent massivement s’établir à l’étranger comme les jeunes Britanniques de la fin des années 1970.

C’est donc l’un des espoirs secrets de beaucoup de Français que, dans cette tourmente, vienne de nulle part, un ou une leader, jeune, proche du peuple, qui n’aura pas été formaté(e) par nos grandes écoles et surtout pas par l’ENA. Un ou une leader qui saura, dans ses tripes, que l’État n’est pas la solution mais le problème, que la fonction publique ne manque pas de moyens mais souffre de trop d’effectifs, au bord de la dépression, car 20 à 40% ne savent pas pour quoi ils sont payés. Un ou une leader qui saura, comme l’a découvert l’Amérique, que les aides aux familles monoparentales incitent beaucoup de jeunes filles à se faire faire un gosse pour trouver un logement ; un gosse qui va être élevé sans père et que l’on retrouvera des années plus tard sans l’armature morale et psychologique que donne d’avoir à la fois un père et une mère.

Mais à la différence du Royaume-Uni à la fin des années 1970, la France est prisonnière d’un autre carcan qui rend une révolution thatchérienne très difficile sinon impossible, c’est la ceinture des 5.000 énarques à qui l’on a enseigné, aux frais de la République, qu’ils étaient chargés de traiter les problèmes de la France, qu’ils avaient la responsabilité de son intérêt général et s’en sont attribués l’exclusivité. Contourner ou briser cette armature et ses chaînes est probablement le plus grand mur qu’aura à franchir une Thatcher française et pour laquelle il lui faudra une énergie, mais aussi une prescience des embûches que seule peut avoir une personne qui a fréquenté à des dépens les abysses de l’administration française.

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