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Sortir de l’euro est une absurdité, mais y rester oblige à des réformes

Par Gérard Dosogne,
le mercredi 8 mars 2017

Sortir de l’euro est une absurdité qui aurait pour effet de relancer l’inflation en France et de voir s’effondrer les moyens des plus pauvres en avantageant seulement les riches.
Mais l’euro, qui doit être conservé, exige des réformes profondes alors que jusqu’à présent il a servi surtout de bouclier de papier.

L’euro a eu de nombreux avantages comme favoriser les échanges, faciliter les paiements pour les entreprises comme pour les particuliers, et les voyages hors de France. Il a donc eu des effets très positifs sur l’économie et la liberté. La France, cependant, comme d’autres pays du Sud - avec l’exemple dramatique de la Grèce - a oublié que la monnaie commune impliquait des politiques fiscales et sociales communes ou proches. Or, ces pays non vertueux ont fait l’inverse. Ils ont profité du "bouclier" monétaire pour accorder des avantages sociaux indus et refuser tout effort budgétaire.

Mais l’économie est têtue. Les déficits commerciaux s’envolent, le chômage explose et la France industrielle disparait. Tout ceci est entièrement normal. Car la variable d’ajustement entre les pays qui suivaient des politiques économiques, sociales et fiscales différentes était précisément la monnaie, ainsi que son corollaire : l’inflation. Ainsi, sans la monnaie, cette variable est désormais l’exode des entreprises et des cerveaux, avec comme conséquences l’augmentation du chômage, une croissance atone, une désindustrialisation massive et un déficit bientôt insoutenable de la balance commerciale.

Alors comment faire pour remonter la pente ?

Il existe en réalité quatre possibilités :

La première, c’est que la France, enfin, décide d’aligner sa fiscalité, ses avantages sociaux, son nombre de fonctionnaires, en résumé son économie et son mode de vie - son nombre de jours de vacances, son âge de départ à la retraite... - sur la moyenne des pays de la zone euro du Nord. Après quelques années difficiles, tout rentrerait ainsi dans l’ordre : chômage en baisse, investissement en hausse, commerce extérieur équilibré et croissance retrouvée.

La deuxième possibilité, si la France estime ce programme impossible, est qu’elle convainque l’Allemagne et quelques pays du Nord de sortir de l’euro. L’euro deviendrait de ce fait une monnaie faible, permettant un certain ajustement sur le commerce extérieur et peut-être une hausse des investissements. La hausse attendue de l’inflation réduirait alors progressivement la dette (en termes réels), tandis que les taux d’intérêts grimperaient fortement. Mais la France continuerait à s’appauvrir par rapport aux pays plus rigoureux. C’est la solution de facilité d’endormissement agréable et dans vingt ans, la France sera - peut-être - la dixième puissance mondiale avec un revenu par habitant dans les abysses du classement.

La troisième possibilité, si la solution 1 n’était pas acceptée par les Français et la solution 2 pas acceptée par les Allemands, c’est que la France soit éjectée de l’euro par les marchés et lâchée par l’Allemagne. C’est bien ce qui risque de se produire un jour ou l’autre si la France n’entreprend pas les réformes nécessaires. Cela revient à un scénario grec, en plus horrible, car s’il a fallu 200 milliards d’euros pour sauver - plus ou moins - la Grèce, il faudrait probablement bien plus (peut-être 500 milliards vu sa taille) pour garder alors la France dans l’euro. Ce qui serait évidemment inacceptable pour les autres pays de la zone monétaire. C’est donc la promesse d’un appauvrissement rapide, la France devrait alors dans la douleur, car sans accès aux marchés des capitaux et dans l’impossibilité de payer les fonctionnaires, les retraites, les hôpitaux..., se mettre à un plan d’austérité drastique avec l’espoir d’une renaissance à terme. Ce sera ça ou la mort économique avec la faillite virtuelle du pays, comme l’Argentine il y a quelques années.

Par ailleurs, pour ceux qui souhaitent une sortie volontaire de la France de l’euro – la quatrième possibilité - et qui regrettent et ont oublié - ou n’ont pas vécu - les incessantes dévaluations des années 80 et 90, il faut rappeler qu’elles étaient suivies de « plans d’austérité », et que l’inflation était permanente et incontrôlée. Comme le disait Jean-Claude Trichet, à l’époque gouverneur de la Banque de France, « l’inflation c’est comme la pâte dentifrice dans le tube, ça sort très facilement du tube et ça y rentre beaucoup plus difficilement. » En outre, la force du mark allemand n’a jamais empêché l’Allemagne d’exporter massivement.

En réalité, l’euro permet donc de soustraire le tripotage monétaire aux politiciens. Par conséquent ce n’est pas la monnaie commune qui est le problème, mais les hommes politiques élus par le peuple ces trente dernières années. À l’époque, chacun se félicitait, à juste raison, de la création de la Banque centrale européenne, organisme monétaire indépendant du pouvoir politique, à l’image de la Fed ou de la Banque d’Angleterre.

Même si certains aspects de sa mise en œuvre se révèlent insuffisants - comme l’absence de référence à un objectif de plein emploi ou de croissance dans ses statuts - il faut imaginer ce que seraient les taux français si nous avions encore le franc. Il est peu probable que nous aurions pu en placer 65% auprès des étrangers comme maintenant. Pourvu que ça dure…

Alors, a-t-on le choix ? La raison dit non, le politique... on verra !

S’il existe sur le papier quatre possibilités, il n’y a qu’une solution : la première.

Messages

  • vous avez cent fois raison , ils ont tous défendu le modéle social"que le monde entier nous envie" mais qui nous a tué !
    pour renaitre , puisque nous sommes morts , il faut souffrir un peu pour les fainéants qui vivent du sytème , ce ne sera pas dur pour ceux qui travaillent qui dès le début profiteront des réformes à appliquer

  • dans un article récent paru sur le site l’institut des libertés, les auteurs présentent une analyse détaillée et critique sur les effets de la monnaie unique qui consolide la teneur de l’article ; eux ne voient qu’une solution : le renoncement concerté à défaut de quoi l’explosion aura lieu en raison des divergences de compétitivité qui ne peuvent que s’accentuer. Il serait intéressant de commenter cet article voire de demander aux auteurs leur réaction...

  • Je ne vois pas où la Norvège et la Suisse sont pénalisées par le fait qu’il faille convertir ses devises pour commercer avec eux. Leur économie se porte fort bien, et même mieux.

    Du reste le mark fort ou l’euro fort n’empêche pas les Allemands d’exporter car leur productivité est bien plus élevée que celle des autres pays européens. C’est même précisément pour cela et donc à cause de la monnaie unique qu’il y a des excédents commerciaux faramineux en Allemagne et plus d’usines en France ni en Italie.

    Je me permets de vous conseiller la lecture de l’excellent dossier publié à ce sujet par l’Institut des Libertés : http://institutdeslibertes.org/wp-content/uploads/2017/03/Rapport-Euro-2017.pdf

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