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SNCF, le cancre

Par Marcel Hugo,
le mercredi 12 novembre 2014

La SNCF est non seulement un désastre économique avec seulement la moitié de ses dépenses couvertes par ses recettes commerciales, elle est aussi le symbole de l’immobilisme. La plupart des réseaux étrangers ont vu leur activité largement augmenter, et, simultanément, le nombre de leurs agents diminuer, parfois considérablement : de 60% en dix ans au Royaume-Uni. Rien de tel à la SNCF où la progression du nombre de voyageurs a été l’une des plus faibles, le trafic marchandises a baissé et les effectifs se sont à peine réduits, de 18% depuis 1990. Quant à la sécurité, le nombre d’accidents mortels n’a cessé de croître et est maintenant double de celui des Britanniques.

Performances plus que modestes

En comparaison avec les autres pays européens, la performance de la SNCF reste plus que modeste. Depuis plus de 20 ans, le nombre de voyageurs transportés en France n’a progressé que de 37%. Dans les autres grands pays de l’Europe, avec des tailles de réseau ferroviaire importantes, le nombre de voyageurs transportés a connu une augmentation beaucoup plus forte : de 80% en Italie, de 100% au Royaume-Uni et en Espagne, et enfin de presque 150% en Allemagne.

Curieusement, les opérateurs ferroviaires en Europe ne se sont pas contentés de l’augmentation de chiffres d’affaires provenant de la vente des billets, mais ont également agi sur leurs effectifs en diminuant leur nombre. La baisse des effectifs a été la plus importante au Royaume-Uni, avec près de 60% sur les deux dernières décennies, mais aussi comparable en Allemagne, en Espagne et en Italie, avec près de 45% en moyenne. La France, quant à elle, n’a abaissé ses effectifs que de 18% depuis 1990.

Cela devient presque caricatural dans le pays qui dispose d’une entreprise unique sur le marché ferroviaire, et cette dernière, qui souffre depuis des années de l’aggravation de sa santé financière, refuse de se rendre compte de sa faiblesse et enfin de perdre du poids, qui la rend peu opérationnelle. On ne parle même pas de la libération du marché ferroviaire en France ; il s’agit d’une simple volonté de la SNCF d’assumer son inefficacité et de réagir le moins vite possible sur ses effectifs. Comment ? Recette en chiffres.

Quant au Fret SNCF, sa part de marché a chuté de 91% en 2008 à seulement 71% en 2011, (rapport sur la concurrence ferroviaire en France [1], préparé par la SNCF). Et pourtant, les effectifs de cette filiale de la SNCF, qui agit sur le marché libéralisé depuis plus de 10 ans, n’ont pas baissé dans cette proportion.

Dans le transport de voyageurs, qui reste relativement stable, avec la dominance du transport routier sur le marché, la SNCF n’est pas non plus parvenue à rendre ses activités plus rentables en révisant les effectifs.

Priorité à la sécurité ?

On entend souvent que la priorité de la SNCF reste la sécurité de ses voyageurs, d’où le refus volontaire de la part de la société, de réviser ses effectifs au profit de l’assainissement financier. Mais les chiffres, dont nous disposons, ne confirment pas cette excuse.

Le Royaume-Uni, qui est souvent considéré comme l’un des exemples de libéralisation du marché qui aurait abouti à l’aggravation de la sécurité ferroviaire, semble s’en sortir plutôt mieux, comparativement à la France.

Pourtant, dans de nombreux rapports sur la sécurité ferroviaire, comme par exemple dans celui publié par RFF en 2013, la SNCF se félicite de l’amélioration de la sécurité ferroviaire, notamment du nombre d’accidents produits et de personnes tuées dans ces accidents. Ainsi, selon RFF, le nombre de personnes tuées dans les accidents a baissé de 35% entre 2001 et 2012. Mais ce chiffre paraît moins rassurant si l’on se rapporte à l’année 2013, pour laquelle les données sont désormais disponibles, et avec lesquelles on constate une diminution de seulement 25% du nombre de personnes tuées dans les accidents ferroviaires entre 2001 et 2013.

À titre de comparaison, le nombre de personnes tuées dans les accidents ferroviaires, cumulé depuis 2004 [2], où le Royaume-Uni s’est situé presqu’au même niveau que la France, a progressé beaucoup plus en France que chez son voisin, qui a connu la libéralisation du marché. Ainsi, au cours de la dernière décennie, les accidents ferroviaires sur le réseau britannique ont produit près de 500 morts contre 820 sur le réseau français.

Pour rendre nos calculs plus comparables, il faut également tenir compte de la densité du réseau, qui reste plus forte en France qu’au Royaume-Uni. Le tableau ci-dessous présente le nombre de personnes tuées dans les accidents ferroviaires chaque année depuis 2004, avec l’ajustement pour le Royaume-Uni en fonction du nombre annuel de passagers-kilomètres.

Même si le nombre de personnes tuées par passager-kilomètre dans les accidents ferroviaires au Royaume-Uni restait bien supérieur à celui de la France jusqu’en 2009, le marché ferroviaire britannique a connu une véritable amélioration sur les dix dernières années avec une baisse de 67% du nombre de personnes tuées chaque année. Quant à la France, le nombre annuel de personnes tuées dans les accidents ferroviaires n’a diminué que de 10% entre 2004 et 2013.

PS. Comme un exemple de l’optimisme officiel qui règne au sein de notre monopole ferroviaire, lire le communiqué de presse ci-joint, qui accompagnait le rapport 2013 de RFF cité ci-dessus, et comparer avec les chiffres Eurostat du tableau ci-dessus.


[2Les données dans la base d’Eurostat sur les accidents ferroviaires ne sont disponibles qu’à partir de 2004.

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