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Sécurité sociale : faut-il dégraisser le mammouth ?

Par Charles Garnier,
le dimanche 5 octobre 2014

A l’heure où l’on nous annonce qu’il va falloir trouver des économies pour mieux maîtriser le déficit de la Sécurité sociale proche de 15,3 milliards d’euros pour 2014 et 13,2 milliards pour 2015, il nous arrive « d’avoir mal à la France ».

Que la famille devienne la seule source d’économie en divisant par trois la prime de naissance au 2ème enfant, en diminuant les aides pour la garde des enfants et en réduisant le congé parental pourtant largement plébiscité en août dernier par le gouvernement, c’est donc une politique familiale qu’on est en train de démolir.

Quand Marisol Touraine se concentre sur une nième politique antitabac, la Sécurité sociale continue inexorablement sa glissade vers l’enfer des dépenses non maitrisables et nous fait croire qu’elle est la garante de chacun pour sa santé.

Quand, il y a peu de temps, Didier Migaud le président de la Cour des comptes, recommandait des réformes structurelles et courageuses pour réduire le déficit et l’endettement (226,7 milliards à ce jour soit environ 10 points de PIB), on préfère toucher à la famille plutôt que de dégraisser le mammouth selon l’expression chère à un ancien ministre de l’Éducation nationale, Claude Allègre.

Si nous parlions chiffres pour mieux comprendre le fonctionnement de la « Sécu » :
Quand aux USA 65.000 personnes gèrent le système « Medicare [1] » ayant 40 millions de bénéficiaires, quand en Allemagne il y a 45.000 personnes qui en gèrent 80 millions, il y a en France 92.000 personnes dans la branche maladie de la Sécu pour gérer 57 millions de bénéficiaires. Cherchez l’erreur !

Ces 92.000 personnes chargées notamment de gérer et de contrôler les arrêts maladie des salariés du privé, ont un statut spécial hautement protégé par tous les avantages qui y sont attachés, et elles ont un taux d’arrêt maladie deux fois plus important que celui des salariés du privé (sans aucun jour de carence) représentant 7,98% de leur temps de travail, alors qu’ils bénéficient de surcroît de congés spéciaux supplémentaires au-delà des cinq semaines légales. Dans certaines caisses le cumul des absences représente ainsi plus de 27% du temps de travail, ce qui amène à avoir plus du quart des effectifs indisponibles pour gérer les dossiers des assurés. Le dernier rapport de la Cour des comptes pointe les avantages dont bénéficient les cadres de la Sécurité sociale en sureffectif qui perçoivent en moyenne 99.627 euros brut annuels.

Avec un sureffectif comme celui-là, la Sécurité sociale, dans le cadre d’une bonne gestion, pourrait économiser quelque 500 millions avec la maîtrise des absences de son personnel. Quand la moyenne des salaires toutes catégories confondues est de 41.000 euros, une réduction de 5% des effectifs économiserait encore 500 autres millions par an. Quant à ses dépenses de fonctionnement, quand on les compare en pourcentage du PIB avec d’autres pays de l’Union européenne, la France se caractérise en étant le cancre de la gestion à 1,47% du PIB, contre 0,45% pour le Royaume-Uni, 0,92% pour la Belgique, 1,15% pour l’Allemagne et une moyenne européenne de 0,89%. Ramener les dépenses de fonctionnement au seul niveau de l’Allemagne ferait faire une économie de 6 milliards. A ce prix là, la gestion de notre Sécu devrait être exemplaire.

Hélas, quand l’État ou les pouvoirs publics viennent nous démontrer tous les jours qu’ils sont des piètres gestionnaires dans la gestion de la redistribution de nos contributions, la Sécurité sociale n’est que le reflet du délitement de nos institutions.

Et ce n’est plus une Marisol Touraine qui a eu le talent de se mettre tout le monde de la santé à dos depuis qu’elle est aux commandes, qui serait capable de courage, de vision et de discernement qui pourrait changer la donne.

Il nous faudrait un « Clémenceau » pour dégraisser le mammouth ! Et peut-être changer le système en s’inspirant de la réussite de certains régimes bénéficiaires comme celui de l’Alsace Lorraine ou de certains pays qui ont traversé le même type d’équation insoluble, tels que la Hollande, la Nouvelle Zélande ou Singapour.


[1Système étatique de santé pour les plus de 65 ans aux États-Unis.

Messages

  • Vous avez tout à fait raison.
    Monsieur Juppé aurait d’ailleurs pu répondre à Mr Leguen qui l’accusait de vouloir détruire le modèle social français que réduire les dépenses publiques de 12% sur 5 ans (ramener les dépenses publiques de 57% à 50% du PIB sur un quinquenat de revient à les réduire de 12%) est simplement un programme de meilleur gestion, pas de remise en cause totale du modèle.
    Beaucoup d’entreprises ont, à un moment donné su réduire leurs coûts fixes de 10 à 15% sans remettre en cause leur business modèle.

  • Est-ce "l’Etat ou les pouvoirs publics (qui) sont des piètres gestionnaires" ou bien sont ce des protégés des syndicats patronaux et de salariés ?
    Et les grands partis politiques qui s’appuient beaucoup sur ces protégés ne sont ils pas complices ?
    Relire le rapport PERRUCHOT interdit de publication par les parlementaires de droite et gauche : "cachez ce sein que l’on ne saurait voir..."

  • J’ai une amie d’enfance qui a fait une partie de sa carrière dans cette "(dés)organisation", aujourd’hui en retraite (largement améliorée) elle m’a raconté ! Le texte ci-dessus est bien en deçà de la réalité.
    Les avantages de ces quasi-fonctionnaires sont iniques par rapport aux citoyens lambda et surtout vous oubliez les réunions, voyages, symposiums ... les bureaux d’études, les comités où les absents brillent par leur présence, les rapports d’experts pour étudier les améliorations d’améliorations d’améliorations. Et puis les câââdres solidaires entre eux, les employés syndiqués à gauche toute (prêts à descendre dans la rue si on touche à un cheveu de ce qui leur sert de tête...
    Au bas mot la moitié de l’effectif est en surnombre voire les deux tiers !

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