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Royaume-Uni, un pays inégalitaire ?

Par Dominique Mercier,
le mercredi 10 février 2016

Le Royaume-Uni, pays anglo-saxon et atlantiste, est souvent perçu comme un pays libéral, qui serait plus inégalitaire que le nôtre. Qu’en est-il vraiment ?

Pour savoir si le Royaume-Uni est un pays plus inégalitaire que le nôtre, le plus simple est tout naturellement de regarder les différents indicateurs d’inégalités qui existent déjà. Ainsi, une des mesures supposée la plus exhaustive et la plus traditionnellement utilisée pour mesurer les inégalités, est celle du coefficient de Gini, dont la valeur est comprise entre 0 et 1, où 0 est l’égalité absolue (tout le monde reçoit ou possède la même chose) et 1 l’inégalité absolue (une seule personne reçoit ou détient toute la richesse). Or, s’il est vrai que le coefficient de GINI des revenus après redistribution était légèrement plus fort au Royaume-Uni qu’en France entre 2007 et 2009, il est fortement redescendu ces dernières années. Pour 2012, données les plus récentes disponibles publiées par la Banque Mondiale, on constate que le coefficient est quasi-identique pour la France et le Royaume-Uni, avec même une légère avance pour le Royaume-Uni (32,6 contre 33,1) [1]. En ce qui concerne le coefficient de GINI pour la richesse nette, même constat, avec le Royaume-Uni ayant un GINI inférieur à celui de la France à 67,8 contre 70,3 [2].

Un autre indicateur couramment utilisé pour mesurer les inégalités est la comparaison de la part détenue par les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches. Or, en termes de richesse nette (patrimoine moins dette) et d’après les chiffres du Crédit suisse, on constate que les 10% les plus riches en France en détiennent un pourcentage plus élevé (50%) que les 10% les plus riches au Royaume-Uni (44%). Pour les 10% les plus pauvres, le constat est quasi le même dans les deux pays : -0,2% pour la France et 0% pour le Royaume-Uni.

Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Royaume-Uni n’est pas aujourd’hui un pays plus inégalitaire que le nôtre, ou en tout cas, les indicateurs les plus traditionnellement utilisés pour mesurer les inégalités ne le démontrent pas.

Cela confirme donc un constat fait par l’OCDE, à savoir que le meilleur moyen de lutter contre les inégalités à tous points de vue est de créer des emplois. À tout point de vue, car il n’y a pas seulement l’aspect économique... D’autres études montrent par exemple le rôle primordial de l’emploi des parents pour augmenter le potentiel social et intellectuel de leurs enfants. Or, depuis David Cameron, le nombre d’enfants vivant dans un foyer où personne ne travaille a diminué de près de 400.000 [3].

Pour les jeunes Français, le système britannique peut aussi paraitre plus égalitaire que le système français. Aujourd’hui, à moins d’avoir fait les meilleures écoles, beaucoup de jeunes ressentent que leur avenir professionnel sera médiocre en France et partent au Royaume-Uni. C’est ce qu’attestent en tout cas divers témoignages reçus ainsi qu’un rapport du Sénat de juin 2015 [4] :

« Les échanges […] ont permis de dresser un triste constat : les Français qui ne croient plus au marché du travail en France sont plus confiants une fois la Manche franchie. Même s’ils savent qu’ils devront peut-être accepter un emploi relativement peu qualifié dans un premier temps, ils jugent que la flexibilité du marché leur permettra de rebondir rapidement et d’évoluer dans d’autres emplois. »

En réalité, ce que l’on constate, suite à la crise de 2008, c’est que le Royaume-Uni a choisi l’emploi plutôt que la hausse des revenus. Rappelons que le nombre de chômeurs officiels en France a augmenté de 700.000 depuis le début du mandat de François Hollande, tandis que par comparaison le nombre d’emplois a augmenté de près de 3 millions au Royaume-Uni depuis l’arrivée de David Cameron.

Catherine Mathieu, économiste à l’OFCE et spécialiste du Royaume-Uni, le confirme : « Durant la crise, au lieu de licencier, les entreprises ont négocié avec leurs salariés pour limiter la hausse des salaires ».
Comme on le voit sur le graphique ci-dessous, le salaire moyen réel (augmentation nominale moins inflation) a diminué d’environ 7 points par rapport à son niveau d’avant crise, alors qu’il a très légèrement augmenté en France.

Mais en réalité, choisir l’emploi pour tous plutôt que la hausse de salaire pour certains, cela ne procède-t-il pas d’une logique plus égalitaire ? [5]

Évolution du salaire réel moyen en France et au Royaume-Uni depuis 2007

[1Données Banque Mondiale.

[3Office for National Statistics, Working and Workless Households, 2014 - Statistical Bulletin

[4Rapport d´information fait au nom de la délégation aux entreprises relatif aux environnements britannique et français du point de vue des entreprises rencontrées à Londres par la délégation aux entreprises, par M. Olivier CADIC et Mme Élisabeth LAMURE, sénateurs.

[5On constate par ailleurs qu’en 2016, les hausses de salaire prévues au Royaume-Uni sont plus importantes que celles pour la France (2,9 contre 2,4%).

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