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Royaume-Uni : ce n’était pas gagné

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 10 mai 2015

Jusqu’à la dernière minute, les sondages prévoyaient un vote divisé et l’obligation pour les Tories ou le Labour de faire des montages politiques complexes pour réunir la majorité à la Chambre basse britannique, qui est l’organe central du pouvoir au Royaume-Uni.

Une des plus sérieuses projections électorales publiées par le Wall Street Journal expliquait même que les Tories allaient être victimes de la même erreur politique que celle qui a coûté le contrôle du Parlement américain, Chambre et Sénat, à Barack Obama en 2014 : David Cameron aurait eu trop son attention fixée sur l’emploi et pas assez sur la répartition des richesses ; le revenu de la classe moyenne n’aurait pas profité de l’embellie de l’économie et aurait stagné, offrant aux adversaires de David Cameron la possibilité de déclarer que la croissance, la reprise depuis 2008, n’avait profité qu’aux plus riches [1].

D’autres commentateurs s’étendaient sur le fait que les leaders de partis, qu’ils s’appellent Cameron ou Milliband, sortent de la même filière universitaire, Eton et Oxbridge (Oxford- Cambridge) et sont devenus des intellectuels, entraînés à l’art oratoire mais effectivement largement distants de la classe moyenne, de la majorité travailleuse, alors que l’une des forces de Margaret Thatcher était d’être restée dans l’âme la fille d’un épicier.

Des articles d’éditorialistes politiques très sérieux prédisaient ainsi que le Royaume-Uni allait vers un bouleversement de son modèle politique, celui qui a fait sa force depuis qu’il est devenu une monarchie constitutionnelle : la prééminence de deux partis qui alternent au pouvoir, les Tories et le Labour, les conservateurs et les travaillistes.

Ces commentateurs n’hésitaient pas à prédire l’avenir britannique à travers des coalitions pouvant réunir des politiques complètement opposées, comme c’est le cas en Allemagne depuis le dernier gouvernement Merkel, ou des majorités fragiles donnant énormément de poids aux quelques députés sans lesquels il n’y a pas de majorité, comme c’est le cas en Israël.

C’était donc vraisemblablement la fin des gouvernements forts qui ont fait la force du Royaume-Uni.
En donnant à David Cameron la majorité absolue ces élections ont été un coup de théâtre.

Non seulement pour les sondeurs, mais ce n’est pas la première fois qu’en Grande-Bretagne ou ailleurs, leurs pronostics sont largement déjoués.

Mais surtout pour ceux qui pensaient qu’il n’est plus possible de s’appuyer sur l’opinion publique pour jouir d’un gouvernement fort.

Il semble que la stratégie fondamentale de David Cameron, que nous avons souvent rappelée, consistant à mettre l’emploi – et non pas l’austérité comme le prétendent certains - au centre de ses préoccupations, ait largement payé.

Certes les élections uninominales à un seul tour facilitent des majorités massives puisque David Cameron remporte la majorité à la Chambre avec seulement 37% des voix. Alors que les majorités à deux tours instituées pour les élections des députés par le Général de Gaulle en 1958 obligent à des majorités en voix beaucoup plus élevées.

Certes, David Cameron avait hérité, en arrivant au pouvoir, d’une machine à créer des emplois en état de marche, avec notamment le célèbre EIS [2] tournant à plein rendement, comme le montrent les 200.000 entreprises nouvelles et les 500.000 emplois créés annuellement au Royaume-Uni au lieu de 26.000 et 100.000 en France.
Sa sagesse a été de savoir profiter de cette machine pour réduire le poids de la bureaucratie en laissant se créer 3 emplois privés par emploi public supprimé et de pouvoir ainsi éliminer 300.000 emplois publics et en privatiser 200.000. Cette privatisation, comme celle pratiquée par Margaret Thatcher, ne sont possibles que si l’emploi privé prolifère et que les rémunérations y excèdent largement celles du secteur public (alors que l’inverse est vrai en France). En clair, il s’est servi de la forte création d’emplois marchands pour réduire le nombre des fonctionnaires.

Il reste encore à David Cameron à se débarrasser du boulet que constitue le NHS, le système de santé nationalisé, et à suivre sur cette voie les Hollandais.

Mais son succès ne fait que rendre plus tragique l’inconscience des partis politiques dans ce qui devient l’Homme malade de l’Europe : la France.

Il est extrêmement préoccupant de voir l’organigramme du nouveau parti, les Républicains, ne comporter aucun responsable en charge de l’emploi. Comme si la question de l’emploi n’existait pas et qu’elle pouvait être escamotée, comme elle l’a déjà été lors des élections de 2012. Alors qu’elle est le verrou qui, s’il n’est pas ouvert, rendra ineffectives toutes les autres politiques.

Et il risque de rester fermé même si un autre homme politique remplace le président actuel car, gauche ou droite, nos politiciens n’ont pas la moindre idée de la façon dont on crée des emplois.

Au mieux, ils croient encore que l’emploi sort des entreprises existantes et qu’il suffira d’encourager ces entreprises pour que le chômage se réduise. Faudra-t-il créer une école de perfectionnement des politiciens et inviter des Britanniques à leur donner des cours ? Et renouveler l’Entente Cordiale, si nous voulons qu’un jour les pays européens ne se retrouvent pas des structures et des opinions si différentes que l’Europe ne soit plus qu’un concept vide ?


[1La critique systématique par le Wall Street Journal du gouvernement Cameron s’explique peut-être par la désinformation de ses informateurs qui, par exemple, dans un article du 7/5 par Greg Ip présentait l’Institute for Fiscal Studies comme un « non partisan think tank » alors qu’il s’agit d’un institut résolument à gauche.

[2Enterprise Investment Scheme qui a favorisé l’émergence de milliers de Business Angels, plus efficaces à investir dans les bonnes start-up que le modèle étatique français.

Messages

  • Excellente analyse !

    Permettez à un praticien de proposer une stratégie.

    Parmi les EPIC, j'observe le ferroviaire et quelques autres parmi celles qui investissent lourdement.

    Typiquement, le rail français s'endette chaque année d'un montant comparable au montant investi.
    Pourquoi ? parce que la trésorerie publique paye les subventions avec retard.

    Conséquences : les coûts des projets explosent. Il devient impossible des les amortir. Les plans de maintenance sont retardés ce qui fait exploser leurs coûts, dégrade la ponctualité et fait perde des clients ... Les termes de la spirale dévastatrice sont là ...

    Ces 3 lignes résument le mal français pour tout gestionnaire privé averti. Parmi les acteurs publics, les personnels ferroviaires ont été signalés comme "las et sans repères". Les décideurs publics français sont comme des poules devant un couteau !

    Les politiques et les serviteurs de l'Etat n'imaginent rien d'autres que de dépenser plus encore dans un marché où l'Europe rêve à l'échelle continentale et la Chine de l'Eurasie.

    Regardez l'électricité ! le mal est le même : un dette de 40 md€ chez EDF impose de vendre les bijoux de famille chez AREVA ...

    La démocratie épiscopale aurait brulé Galilée s'il ne s'était pas rétracté. En Allemagne, le démocratie s'arrête à la compétence des ingénieurs. Nos politiques pensent maîtriser les secrets intimes d'industries en concurrence à travers les journaux.

    Construisons des conseils d'administration sur leur savoir prévenir les risques et développer l'outil qu'on leur confie. Et interdisons aux comparses journaleux, politiques et serviteurs publics de tenter de les détourner de leurs savoir-faire éprouvés/démontrés !

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