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Réduire les emplois non pourvus : une fausse solution

Par Dominique Mercier,
le lundi 25 mai 2015

Beaucoup croient que pour régler le problème de l’emploi en France, il faut davantage inciter les chômeurs à occuper les postes non pourvus, ce qui est sûrement l’une des raisons cachées du nouveau dispositif de contrôle des chômeurs. Quoique séduisante, cette logique de résorption du chômage ne résiste pas à l’analyse des faits.

Régulièrement, la presse comme les hommes politiques parlent des emplois non pourvus, c’est-à-dire des offres d’emplois qui ont été retirées sans donner lieu à un recrutement. Le ministre du Travail François Rebsamen donnait récemment le nombre de 350.000 emplois non pourvus, ce qui a fait penser à certains que pour réduire le chômage, il fallait de plus fortes incitations envers les chômeurs. En réalité, avoir un tel raisonnement revient, d’une part à méconnaitre le fonctionnement normal d’une économie, et d’autre part à n’avoir aucune notion des ordres de grandeur en ce qui concerne l’étendue du retard français en matière d’emplois.

En France des millions de contrats sont conclus annuellement, ainsi les emplois non pourvus représentent en fait une toute petite partie des offres totales. Pôle Emploi collectant 3 millions d’offres par an (environ un tiers d’entre elles) et évaluant à 116.000 le nombre d’emplois non pourvus, ce serait donc de l’ordre de 4% des offres qui ne trouveraient pas preneurs. Au global, pour la moitié d’entre elles c’est par ailleurs en raison des compétences attendues des candidats et non de leur manque de motivation qu’elles n’ont pas été pourvues [1].

La logique incite en outre à penser que le nombre d’emplois non pourvus est lié directement au stock d’emplois vacants, c’est-à-dire le stock d’emplois à pourvoir à un moment donné : elle en est en effet le résidu direct. Et si l’on en croit les statistiques publiées par Alternatives Économiques, le nombre d’emplois vacants est en fait particulèrement faible en France : 0,6% contre 2,9% en Allemagne et 2,1 au Royaume-Uni.

Taux d’emplois vacants au premier trimestre 2014 en %
Source : Offres d’emploi non pourvues : la machine à fantasme, par Sandrine Foulon et Vincent Grimault, Alternatives Economiques n°338 Septembre 2014.

Ainsi le nombre d’emplois vacants en France serait 4 à 5 fois plus faible que chez nos deux principaux compétiteurs, alors qu’ils connaissent des taux de chômage avoisinant les 5%, soit bien plus faibles que le nôtre. Les chiffres montrent donc que plus une économie est dynamique, plus le nombre d’emplois vacants est important. Si les emplois non pourvus sont effectivement proportionnels aux emplois vacants dont ils sont le résidus, on peut en conclure que le nombre d’emplois non pourvus est inversement corrélé au taux de chômage.

Une analyse des ordres de grandeur vient par ailleurs confirmer l’inanité du raisonnement inverse. En admettant même que l’on arriverait à un stock nul d’emplois non pourvus et que celui-ci viendrait uniquement remplacer des chômeurs [2], cela reviendrait à réduire le nombre total de chômeurs à 3,2 millions au lieu de 3,5 millions, soit un taux de chômage autour de 9% au lieu de 10%. Soit toujours environ le double de nos voisins.


[2Et non également des inactifs « sortis du bois », ce qui est le cas dans la réalité.

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