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Réduire le train de vie de l’État ... est-ce possible ?

Par Jacques-Charles Flandin,
le mercredi 30 novembre 2016

Les candidats à la primaire de la droite se proposaient à la quasi unanimité de réduire le train de vie de l’État en diminuant le nombre de fonctionnaires par divers artifices allant du rabotage systématique à la suppression de leur statut. Mais la culture très sommaire de l’économie qui est l’un des handicaps de la France ne leur permet pas de trouver des solutions car ils ignorent un principe peu connu, publié pour la première fois en 1955 et traduit en français depuis 1958 : la loi de Parkinson.

La loi de Parkinson dérive d’une loi de la physique bien connue qui dit en langage clair qu’un gaz remplit tout l’espace qui lui est accessible à une température et une pression données. Ce principe permet à un ballon de s’élever lorsqu’on réchauffe le gaz qu’il contient car le gaz chaud a une densité inférieure à celle du gaz froid extérieur. De ce fait, le ballon gonfle et une poussée verticale lui permet de s’élever.

Cyril Northcote Parkinson en déduit une loi qui s’applique au travail dans quelque domaine que ce soit et tout particulièrement dans la fonction publique : « le travail étant extensible, il y a très peu de relation entre un travail donné et la taille de l’équipe qui en est chargée » [1]. En effet, ses études expérimentales lui ont permis de constater qu’un fonctionnaire a une tendance naturelle à multiplier ses subordonnés pour éviter de susciter l’émergence de concurrents. La meilleure méthode pour ce faire consiste à créer du travail supplémentaire qui sera automatiquement généré par les besoins de coordination interne entre ces nouveaux collaborateurs. Donc, plus il y a de fonctionnaires, plus il y a de besoins et plus il faudra embaucher.

Parkinson a même modélisé sa loi sous une forme mathématique dont je vous fais grâce. Sachez seulement que l’augmentation annuelle du nombre de fonctionnaires aboutit à un résultat chiffré de l’équation entre 5,2% et 6,6% quelles que soient les données de base utilisées et ce résultat est totalement indépendant de la variation éventuelle de la quantité de travail à effectuer, que celui-ci soit légitime ou non. Cette loi a été validée par l’auteur qui l’a appliquée à diverses entités administratives britanniques dont l’Amirauté. En France, on peut en constater les effets au ministère de l’Agriculture qui emploie deux ou trois fois plus de fonctionnaires en 2016 qu’en 1960 alors que le nombre d’agriculteurs a été divisé par près de dix au cours de la même période.

Ils sont nombreux les auteurs d’ouvrages de management qui se sont donné pour tâche de réfuter la loi de Parkinson. Mais il ne s’agit que de « recettes » qui proposent des solutions expérimentales en vue de tenter de tourner le problème. Il est évident qu’un bon gestionnaire pourra toujours mettre en œuvre ces « recettes » qui ne sont en réalité que des pis-aller reposant sur des actions énergiques et volontaires dont le succès n’est jamais acquis définitivement. Au moindre relâchement, on retombe dans les errements décrits dans la loi.

Si l’on ne peut s’exonérer des conséquences pratiques de cette loi, il ne reste qu’un seul recours : supprimer la cause. En d’autres termes, si vous ne pouvez bloquer l’accroissement naturel du nombre de fonctionnaires, il ne reste que la solution de supprimer le service ou l’administration dont on ne peut maîtriser la croissance et d’en confier la mission à une, ou des entités indépendantes autonomes financées par les contributions mises à la charge des utilisateurs ou des bénéficiaires, idéalement elles-mêmes en concurrence…

Est-ce qu’il ne serait pas imaginable de demander aux candidats à la prochaine présidentielle de détailler les réformes structurelles d’organisation du fonctionnement de l’État qu’ils se proposent de mettre en œuvre ? Ce pourrait être, par exemple, de limiter le rôle de l’État aux fonctions régaliennes… Ce pourrait être de limiter le rôle de l’État à édicter les programmes de l’Éducation nationale et de n’en contrôler l’exécution que par les examens. Une allocation financière aux parents leur laisserait le libre choix de l’établissement. Le taux de réussite aux examens générerait une orientation naturelle vers les institutions les plus performantes, rompant sans doute avec l’égalitarisme mais concourrant à l’égalité des chances…


[1A noter cependant que dans les entreprises privées, les impératifs de rentabilité sanctionnent plus rapidement les dérives de ce genre.

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