Emploi 2017

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

Accueil > Edito

Réduire de 500 000 le nombre de fonctionnaires, c’est permettre à 500 000 de sortir du placard

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 4 décembre 2016

Tous les syndicats crient au meurtre à l’idée de voir le nombre de fonctionnaires diminuer de 500.000 et annoncent que le service public ne pourra plus faire face à ses tâches. Les tenants de la réduction du nombre de fonctionnaires répliquent en parlant d’améliorer leur productivité et de travailler plus. La réalité est beaucoup plus vulgaire : sur les 5 millions de fonctionnaires que compte la France, près de 2 millions se demandent à quoi ils servent et un bon million sait qu’il est tout simplement au placard, sans bureau, sans ordinateur, sans aucun travail à faire.

Cela fait plus de dix ans qu’une jeune attachée à la Sécurité sociale, entrée dans le service public par intérêt général, s’est retrouvée sous les ordres d’une sous-directrice qui lui a demandé pendant des semaines de refaire la même note, le même compte-rendu jusqu’au moment où elle est partie, ayant craqué psychologiquement. On aurait pu mettre cette histoire sur le fait d’un règlement de compte personnel si les statistiques ne démontraient pas que les administrations ne savent plus quoi faire de leurs personnels en dehors des hôpitaux (dans les hôpitaux, parlons seulement des opérationnels et pas des administratifs dont le nombre a décuplé depuis 81) et des services de police et sécurité.

Ceux qui sont familiers de l’administration savent que l’une des solutions proposées aux fonctionnaires au placard est de les faire mettre en invalidité, généralement au titre de troubles psychologiques ; le revenu d’une telle pension est inférieure à ce que touche l’intéressé en activité, mais le stress de n’avoir rien à faire disparaît.

On ne peut d’ailleurs qu’être inquiet en constatant que le nombre des pensions d’invalidité versées dans la fonction publique de l’État et dans les collectivités locales est, par rapport au nombre de personnes y travaillant, plus de 2 fois plus élevé que dans les entreprises privées (voir le rapport 2016 de la DREES sur les retraités et les retraites : sur les 918.000 pensions, 30% pour les fonctionnaires et 65% pour le régime général…).

Les preuves de l’étendue des placards ? « Absolument dé-bor-dée » de Zoé Shepard (ou tous les autres ouvrages moins connus comme « Abruti de fonctionnaire » de Henri Rouant-Pleuret) ; mais aussi le dénombrement, par le recensement, des fonctionnaires travaillant dans les communes de France (et pas ceux y habitant) ; une fois enlevées les communes où se situe un aéroport ou une caserne, comment expliquer que ce nombre atteigne 150 par 1.000 habitants dans les communes de 25.000 à 50.000 habitants les plus fonctionnarisées, et 11 – soit près de 15 fois moins - dans les communes qui le sont le moins ? En tête Puteaux où il n’y a ni caserne ni aéroport mais où la mairie bénéficie d’une montagne de revenus grâce à tous les sièges sociaux qui y sont établis.

À l’autre extrême, comment désigner la marée de hauts fonctionnaires qui passent du Conseil d’État, de l’Inspection des finances ou de la Cour des comptes aux cabinets gouvernementaux au moment de l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle majorité et qui croisent ceux provenant des mêmes cabinets ministériels qui ferment, et retournent dans ces grands corps ? Aux États-Unis, cela s’appelle le «  spoil system » et les Français sont choqués d’apprendre que près d’un millier de tenants de hauts postes sont remplacés après un changement de majorité présidentielle américaine. Mais avec une trentaine de ministres ou de secrétaires d’État nouveaux et des cabinets dont le nombre réel dépasse très souvent et très largement la dizaine, nous sommes déjà en France dans les mêmes ordres de grandeur, rien que dans les cabinets ministériels.

D’ailleurs, comment expliquer que le Japon soit parfaitement administré avec un pourcentage de fonctionnaires dans la population active qui, constitutionnellement, est inférieur à 7%, que ce pourcentage soit de 12% aux États-Unis, de 15% en Grande-Bretagne, qu’il soit retombé à ce niveau en Allemagne, et qu’il soit de 25% en France ? Et ceci alors que nos services publics y sont dans l’ensemble plus mauvais qu’ailleurs, comme l’a montré une grande étude du Reader’s Digest des années 2000 ? Ceci vérifie d’ailleurs la règle selon laquelle la qualité d’un service chute lorsque le nombre de personnes qui y sont affectées dépasse celui pour lequel tout le personnel se sent indispensable dans son travail.

Le chiffre de 500.000 avait été lancé il y a quelques années parce que 100.000 aurait paru trop faible, 2 millions aurait paru impossible (c’est pourtant le nombre de fonctionnaires que nous aurions en moins si nous étions alignés sur l’Allemagne) et que 10% apparaissaient raisonnables.

Mais s’il ne faut pas se lancer dans une bataille de chiffres, il est certain que le rôle du prochain gouvernement de la France sera de réduire suffisamment ce nombre, pour que, sur le million de fonctionnaires au placard une grande partie reprenne une activité, et que les fonctionnaires qui resteront aient conscience d’être réellement utiles au service de leur pays.

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.