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Redistribution des revenus à la française

Par Dominique Mercier,
le dimanche 14 juin 2015

Comment expliquer la différence considérable entre les taux de dépenses publiques en France et aux États-Unis ? Le taux de dépenses publiques beaucoup plus important en France s’explique-t-il par une redistribution beaucoup plus importante vers les pauvres ?

Si l’on compare le taux de dépenses publiques en France et aux Etats-Unis, la différence est stupéfiante puisque le taux de dépenses publiques atteint en France 57% du PIB en 2014, contre seulement 38% aux États-Unis. On constate donc une différence de 19% du PIB.

Dépenses publiques en % du PIB

La différence a-t-elle été aux pauvres et par la redistribution ? Si l’on regarde les différents postes des dépenses publiques pour les deux pays et que l’on répertorie les différences importantes, on constate qu’en fait il n’en est rien. L’essentiel de la différence provient en réalité de trois causes : du coût des fonctionnaires, de notre généreux système de retraites et des prestations familiales plus importantes en France.

Les chiffres les plus récents n’étant pas toujours disponibles, nous avons travaillé sur les chiffres de 2011 [1], année où l’écart des dépenses publiques avec les États-Unis n’était « que » de 14% (ainsi les chiffres américains du tableau ci-dessous seraient-ils même plus faibles pour 2014) :

Dépense France (% du PIB) Dépense États-Unis (% du PIB) Écart (% du PIB)
Coût des traitements et des retraites des emplois publics 16,0 8,2 7,8
Dépenses publiques de retraite pour les travailleurs du privé (Données 2009) 10,5 5,3 5,2
Dépenses publiques en prestations familiales 3,0 0,7 2,3
Dépenses publiques de chômage 1,6 0,8 0,8
Total 31,1 15,0 16,1
Sources : OCDE, Census Bureau, NASRA, Rapport sur la dépense publique et son évolution (2013), USA Today research

On retrouve au total une différence de 16%, ce qui, si on prend en compte une dépense militaire américaine plus importante, nous fait bien retomber sur un écart de 14% de dépenses publiques en 2011.

Coût des fonctionnaires

On constate dans le tableau ci-dessus que pour l’essentiel, la différence des prélèvements provient du coût des traitements et des retraites des emplois publics, qui sont du simple au double entre les États-Unis et la France, 8% du PIB aux États-Unis contre 16% du PIB en France, soit environ 160 milliards de dépenses publiques françaises supplémentaires. Quand on connait la faible performance d’un grand nombre d’administrations publiques, cette différence parait difficile à expliquer.

Sous prétexte de lutte contre les inégalités, on peut donc se demander si la dépense publique ne reviendrait pas pour la plus grande part à nourrir notre bureaucratie, ce qui est effectivement une sorte de redistribution, mais pas vers les plus pauvres.

Système de retraites

Le deuxième poste de différence est le financement public des retraites des travailleurs du privé, qui représente seulement 5% du PIB aux États-Unis contre environ 10% chez nous, soit environ 100 milliards d’euros supplémentaires financés par la France sur ce poste.
Une partie de la différence s’explique par le fait que les Américains cotisent davantage à des fonds de pension privés, déboursant chaque année 2,9% du PIB pour les retraites contre seulement 0,4% en France [2]. Ce système qui favorise la capitalisation est beaucoup plus vertueux, limitant la mauvaise gestion politique, ainsi que les ponctions disproportionnées opérées sur les travailleurs, voire un schéma à la Madoff.

Mais cette différence provient également du fait que les Français passent 7 années de plus à la retraite que les Américains : en moyenne 26 ans, contre 19 ans pour les Américains [3]. Ainsi, le système français est tellement favorable au non-emploi que les adultes français passent pratiquement autant de temps au travail qu’au dehors : les Français passent ainsi en moyenne 34 ans au travail [4], 3 ans au chômage [5] et 26 ans à la retraite…

On constate donc ici également que notre excès de dépense publique ne consiste pas spécialement dans de la redistribution des riches vers les pauvres, mais dans le subventionnement d’une partie de la population vers une autre, alors qu’il aurait été beaucoup plus astucieux d’instaurer progressivement des systèmes de capitalisation tout en encourageant ceux qui sont en bonne santé à prendre une retraite plus tardive.

Prestations familiales

Le troisième écart le plus important entre les systèmes français et américain est celui de la dépense publique en termes de prestations familiales. C’est peut-être le seul poste de l’écart qui soit véritablement redistributif. En effet, plus on a d’enfants plus on s’appauvrit en termes de niveau de vie. C’est ce qui explique que malgré le fait que la plupart des prestations familiales ne soient pas sous condition de ressources, elles se concentrent surtout sur le quintile [6] le plus pauvre (en niveau de vie) :

Prestations familiales France 2010 en euros
Données 2009 Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
Prestations familiales et aides à la scolarité,
montant annuel en euros pour un équivalent adulte
1.670 890 770 660 470
Source : France, portrait social édition 2010, p.87.

Mais cela représente une différence de seulement 2,3% du PIB, alors que ce sont entre 14 et 18% de PIB de plus qu’aux USA qui sont prélevés sur l’économie française sous prétexte de redistribution.

Rappelons par ailleurs – ce que nous avions déjà montré dans un précédent article - que dans le total du PIB, les transferts monétaires nets aux pauvres via l’État sont extrêmement faibles : si l’on regarde ce qui est effectivement versé sous forme de prestations en espèces aux 40% les plus pauvres et que l’on soustrait les impôts directs [7] qu’ils paient, cela fait seulement 1,1% du PIB.
Au global, on constate bien que loin de soulager réellement les plus pauvres, notre surcroît de dépense publique sert surtout à financer les fonctionnaires ainsi que l’historique mauvaise gestion de notre système de retraite.


[1Certains chiffres ont été approximés à partir des chiffres 2009 ou 2013.

[2Données OCDE

[3Estimations de l’OCDE calculées à partir des enquêtes nationales et européennes de la population active.

[4Eurostat, données 2011.

[5Estimation à partir du nombre de chômeurs.

[6Un quintile : 20% de la population ; le premier quintile : les 20% les plus pauvres.

[7Impôt sur le revenu, CSG-CRDS et taxe d’habitation.

Messages

  • La fonction publique française est une horreur au plan gestion, parce que depuis 50 ans, on multiplie les cas particuliers, au point de ne pas savoir informatiser la paye (échec des projets Louvois et ONP). C'est l'opacité totale. Il faut remettre à plat le statut des fonctionnaires, OK. On va gagner qq % en gestion.
    Mais s'il y a moins de fonctionnaires hospitaliers et d'enseignants aux USA, c'est que les citoyens payent la santé et l'éducation par ailleurs. Au point que les étudiants américains surendettés seront peut-être, après les subprimes en 2007, la cause de la prochaine crise financière.
    Quand je vois le marketing téléphonique intrusif qui me propose de changer de mutuelle, je préfère payer des impôts que les frais commerciaux et les bénéfices d'un système privé.

    On travaille trop peu en France... mais que faire pour créer des emplois alors que les machines font de plus en plus le travail ? Consommer et polluer toujours davantage ?

    Le niveau de réflexion que dénote cet article est navrant. A moins que ce ne soit de l'intox en vue d'une société ultralibérale et inégalitaire ?

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