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Rapport Gallois ? Raté
un raté pour le redressement de la France

Par Bernard Zimmern,
le mardi 6 novembre 2012

Raté, non parce que le gouvernement n’a suivi Louis Gallois que du bout des lèvres mais parce que Louis Gallois a manqué une fois de plus une chance de mettre le gouvernement français devant ses vraies responsabilités.

Comme le faisait remarquer récemment une conseillère de François Hollande, baisser de 30 milliards les charges des entreprises privées, c’est baisser le prix de revient des entreprises françaises d’environ 4% (les seuls salaires et charges du secteur privé représentent 700 milliards et ce poste n’est qu’une partie du prix de revient). Aucun économiste n’a vu une baisse de 4% d’un produit sur un marché entraîner une augmentation majeure des ventes.
Le déficit de coûts avec l’Allemagne n’est pas de 4% mais, pour ceux qui traversent le pont de Kiehl et vont faire leurs achats de l’autre côté du Rhin, plutôt de 30%.

Depuis longtemps, nous tournons autour du fondamental problème de l’économie française qu’il nous manque par rapport à nos concurrents anglais ou allemands, sans même parler des américains, 20 à 25% de main-d’œuvre au travail. Tous calculs faits, en tenant compte des emplois partiels, ou en passant par le nombre annuel d’heures totales travaillées, nous n’avons que 19,4 millions d’emplois marchands là où les Britanniques en ont 23,5 et les Allemands, pour une même population, 26,3. C’est ce qui rend nos coûts si élevés.
Pour faire baisser nos prix de revient de 20 à 25%, ce ne sont pas 30 milliards de réduction qui sont nécessaires mais au moins 140 milliards si l’on vise seulement à mettre nos entreprises à égalité sur le plan des charges salariales. Et nous n’y arriverons pas par une jonglerie dans la mathématique financière des budgets nationaux, mais bien en créant massivement plus de valeur ajoutée marchande en augmentant massivement l’emploi marchand par des créations d’entreprises.

Le rapport Gallois, comme beaucoup d’autres qui l’ont précédé (Michel Camdessus par exemple), fait le mauvais diagnostic et laisse notre maladie s’aggraver : non seulement nous avons maintenant 20 à 25% d’emplois de retard mais ce fossé s’accroît au rythme de 100.000 à 200.000 emplois non créés par an.

C’est là où le syndrome de la grande entreprise de Louis Gallois (un ancien élève de l’ENA) apparaît car nous sommes tous obnubilés par ce que nous voyons, c’est-à-dire les grandes entreprises qui comme Peugeot sont frappées de plein fouet. Mais nous ignorons les 700.000 emplois qui disparaissent chaque année, sans qu’on en parle, dans des entreprises beaucoup plus petites. Et surtout aucun économiste, aucun journaliste ne nous rappelle que ce sont les entreprises nouvelles qui créent des emplois, pas les entreprises existantes, et que nous ne créons pas assez d’entreprises nouvelles, pas du moins celles capables de grossir, seulement des petits boulots. Et que les récentes mesures sur le traitement des plus-values du Projet de Loi de Finances aggravent encore davantage le manque de financement de nos start-up. Avant l’arrivée des socialistes, elles devaient déjà faire financer leur expansion par du capital-risque et des Business Angels américains.

Messages

  • Enfin le choc des réalités industrielles n’est plus occulté. La déroute actuelle commença dès les années 1980 avec le ratage de l’introduction de l’automatisation des process de production et de la disparition progressive des constructeurs de machines outils français, se poursuivit par la réduction du temps de travail à salaires égaux, la multiplication des règlementations du travail tatillonnes et de fiscalités confiscatoires, la stagnation du niveau des formations et la chute des renouvellements des produits dans de nombreux secteurs. C’est ainsi que ceux qui baignaient dans le milieu industriel l’ont vu se développer pour en arriver aux chiffres accablants de la perte de compétitivité actuelle bien prévisible pourtant (il n’y a plus un seul salon à dimension internationale à ce jour en France).

    La situation actuelle ne sera pas réglée par des technocrates et des politiciens (de droite comme de gauche) dont l’incompétence est la marque de fabrique. En réalité la remise à flot de nombreuses branches pour faire face à la mondialisation demandera du temps et des ressources hors de portée actuellement. Il s’agit comme toujours dans une situation d’urgence d’établir de priorités crédibles et non des cautères sur des jambes de bois. A court terme il s’agira de relever la durée du travail de 35 à un seuil bénéfique sans augmentation des salaires, simplifier à la fois le couple règlementations - fiscalités et rétablir les commissions par branches du plan (supprimées de puis belle lurette) pour faire d’abord un diagnostic des entreprises encore vivantes en termes de positionnement de leurs produits, process et coûts de fabrication afin de se fixer des objectifs en termes d’investissements, de formation et d’innovations à 5 et 10 ans en incitant les acteurs du marché à se remuer pour affronter les défis qui les attendent tous. (la mévente des rafales et tgv devrait en faire réfléchir plus d’un depuis longtemps).

    Dégager des ressources à court terme consiste aussi à lister d’abord les économies résultant des privilèges et gaspillages du secteur public de façon rigoureuse. En outre, l’établissement d’un budget de l’état réaliste en déterminant d’abord les ressources disponibles pour les ventiler de façon sensée à l’inverse de ce qui se pratique actuellement.

    Ce qui précède n’est pas le langage de l’énarchie dont Gallois fait partie (il suffit de voir le jeu de bonneteau auquel il s’est livré lors de sa gestion des chemins de fer pour connaître ses limites), mais celui du simple bon sens, dont chacun d’entre nous est doté, s’il veut un tant soit peu se donner le mal de réfléchir avant d’agir.

  • Le ver avait-il été volontairement mis dans le fruit ?
    En effet, pourquoi n’avoir pas confié ce rapport à un entrepreneur ?
    Tant que nos politiques seront convaincus qu’ils (énarques) sont tous plus compétents sur tout les sujets, la France s’enfoncera dans la récession.
    Muscadou@aliceadsl.fr

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