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Qu’attendent les politiciens pour dire qui gouverne vraiment en France ?

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 6 mars 2016

En France, les politiciens sont déconsidérés et tous les sondages marquent la désaffection du public à l’égard de ceux qui les guident ou prétendent les guider.
C’est François Hollande qui se fait carrément insulter lors d’une visite d’usine après avoir été hué la veille au salon de l’agriculture.

C’est un gouvernement qui n’ose même plus déposer le projet de loi derrière lequel président et Premier ministre se sont déjà engagés.
C’est une opposition obligée de s’allier avec ses adversaires politiques pour résister à la montée d’un parti qui s’affirme surtout par les négations.

Les pour et les contre ne cessent de s’affronter sur les ondes et dans les débats télévisés devant un public de plus en plus incrédule devant les promesses ou les visions qui lui sont offertes : il ne peut s’empêcher de penser que ce sont des vœux pieux qui, suivant la formule consacrée, n’engagent que ceux qui les écoutent.

D’ailleurs, tout politicien sait bien qu’un discours doit présenter comme solution à un problème, le problème résolu. C’est un art de la formulation où la 3e République était passée maîtresse et qu’elle a su transmettre dans toute sa perfection à la 5e République.

Mais comment se fait-il qu’aucun de ces politiciens n’ose finalement avouer que ce sont des jeux d’ombres, qu’ils s’agitent devant les caméras mais qu’en fait les véritables décideurs restent cachés loin des projecteurs ?

Nous avions analysé il y a quelques années la journée d’un parlementaire, et il est clair qu’entre sa circonscription où il doit passer trois ou quatre jours par semaine, les multiples commissions auxquelles il est censé assisté dans ses trois journées de séjour à Paris (mardi, mercredi et jeudi), les questions au gouvernement du mercredi, sans parler des groupes qui demandent sa présence, un parlementaire n’a plus guère de temps pour réfléchir ou étudier.

Il est par ailleurs fortement encadré par l’administration dont il est censé orienter les politiques.

Il me souvient d’une audition par le président de la commission des lois sur le thème de la simplification où ce président était flanqué d’un représentant du KGB et d’un représentant de la Stasi, traduisons un représentant de Bercy appartenant de mémoire à la direction des impôts et un représentant du ministère de la justice.

Bien entendu, rien de ma déposition n’a été publié, ni la dénonciation du poids de l’ « impôt papier » ce que coûtent aux entreprises les tâches que leur transfèrent les administrations, notamment fiscale, environ 5% du PIB, (l’INSEE avait refusé de participer à l’enquête sur cet impôt publiée en 2002 par l’OCDE car elle savait que le poids en France dépasse largement la moyenne qui se situe autour de 4,5% du PIB), ni la dénonciation de cette ignominie juridique permettant à un contrôleur de renverser la charge de la preuve lors d’un contrôle fiscal en rejetant la comptabilité de sa propre autorité sans intervention d’un juge.

L’administration s’est chargée de monter un décor qui lui permet de mettre les parlementaires en accusation et de les rendre responsables de tous les malheurs des Français alors qu’elle leur laisse les miettes. Le plus bel exemple est le vote du budget qui occupe chaque année près de 3 mois de l’emploi du temps parlementaire et la couverture des médias, de fin septembre à fin décembre (avec la loi de révision) mais dont le budget voté diffère dans son total de moins de 1% (nous avions même trouvé une année 0,06%). Et les exemples de propositions de lois ou d’amendements de parlementaires torpillés sous de faux prétextes par l’administration (dont le représentant flanque le ministre pendant les débats et lui passe des petits papiers sur ce qu’il doit répondre ou penser) sont légion.

Quant aux ministres, ils ne sont pas plus indépendants. Souvent nommés dans la hâte des combinaisons politiques à des postes pour lesquels ils n’ont aucune qualification, ils se trouvent dès leurs premiers pas prisonniers de l’administration qu’ils sont censés diriger. Comme nous l’avons déjà signalé, ils sont amenés à prendre dans leur cabinet d’autres fonctionnaires qui leur coûtent moins cher car « mis à disposition », mais qui achèvent leur enfermement dans la prison qu’a bâtie l’administration. Prison dorée, pleine d’honneurs et de symboles de la puissance, et dotée jusqu’à présent de substantielles retraites. Mais prison où seuls les gardiens prennent les vraies décisions.

Leur impuissance est la plus flagrante dans le domaine économique. Ceux qui dans la vie civile ont été avocats ou juristes peuvent avoir un jugement personnel sur les réformes que présente le ministre de la justice. Le domaine militaire ou les affaires étrangères échappent pour leur plus grande part aux conflits idéologiques.

Mais le domaine financier, celui du budget, des avantages sociaux, du travail, de la fiscalité sont autant de domaines où tout participant du café du commerce s’estime compétent et où l’aplomb et la répartie du débat comptent beaucoup plus que la profondeur des idées.

La profession d’économiste est d’ailleurs une de celles que la dictature de l’administration a le plus investies, en en excluant, il y a déjà plus de 30 ans, le secteur privé en confiant le monopole aux études économiques de l’INSEE, comme s’en était bien aperçu l’un des rares premiers ministres économiste, Raymond Barre.

En regardant la taille de la ville de Washington dont la surface et la population ont plus que doublé en 20 ans et en constatant avec l’actuelle élection présidentielle américaine, le discrédit dans lequel sont tombées les élites politiques, on peut se demander si de part et d’autre de l’Atlantique, les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. La démocratie sera-t-elle écrasée par la montée de la dictature occulte de l’administration ?

Messages

  • La France est certes dirigée par l'administration mais aussi par les syndicats "représentatifs" et subventionnés. Sans parler des loges.

  • Il n'y a que ce mot qui résume la situation : administrocratie.
    ça s'arrêtera comme pour l'Empire Romain.

  • Merci une fois encore. Vos analyses aigües donnent toujours un éclairage intéressant sur les actions et inactions politiques. Pour compléter à ma façon votre analyse sur le pouvoir occulte mais quasi irrésistible de l'administration, j'opposerais le pouvoir bien visible, celui-ci, de la rue manipulée par quelques syndicats (toujours les mêmes) abusivement financés par les contribuables qui n'en peuvent mais (souvenons-nous de la faiblesse pour dire le moins de Nicolas Sarkozy qui a bloqué en 2011 ou 2012 la publication d'un rapport officiel sur les finances des syndicats pour ne pas fâcher ces derniers mais qui aurait pu ouvrir les yeux de nos concitoyens et donner l'occasion d'un débat important sur la question) pour bloquer toute réforme indispensable sinon utile, par exemple pour une plus grande liberté donnée aux entreprises dans leur organisation, gestion du personnel, stratégie, réorganisation, répartition des bénéfices, etc.
    Finalement, les gouvernants apparaissent pour ce qu'ils sont : des personnages de théâtre avec très peu de pouvoir réel mais beaucoup d'avantages de fonction pour se consoler de leur vacuité.

  • Un message absolument capital

    Peut-être lui manque-t-il la suggestion d'un premier embryon de solution.
    Qui peut être élu sur un programme capable de rendre le pouvoir à ceux qui ont été élus pour cela ?
    Il serait néanmoins souhaitable de garder un petit peu de l'inertie administrative actuelle jouant le rôle du limiteur de vitesse de nos voitures ? Ce qui ne devrait pas être problématique chez nous !

  • Depuis le temps où le français était la langue diplomatique, notre image a été détruite. Nous avons la réputation d'être arrogants voir menteurs.
    En fait le système des concours qu'il faut réussir pour être respecté à vie, nous apprend à être superficiels. L'important n'est pas de faire bien mais de faire mieux dans un temps limité. Nous prétendons que telle est la vie. Oui dans des circonstances peu fréquentes ! Mais la plupart du temps, nos partenaires ont appris à prendre leur temps pour faire le mieux possible. Nous sommes désarçonnés par le "respect de la face" des chinois. Ils mettent beaucoup de temps en préparation pour réaliser leurs projets dans les délais et dans les budgets. Ne parlons des des EPR...
    Nos politiques, structurés par les concours publics qui leur garantissent
    1- des privilèges d'avancements certains et de retraites,
    2- des compétences sans limite fondées sans expériences avérées,
    passe sans vergogne de la santé à l'industrie ou à la culture, se déconsidèrent en France et nous font perdre la face à l'international.
    Honteux de leurs privilèges, ils prétendent imposer ces garanties à tout le monde. Malheureusement, ils sont au pouvoir et sont en capacité de l'imposer sans observer que la concurrence nous dévaste !

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