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Pourquoi s’étonner du succès d’Emmanuel Macron ?

Par Claude Sicard,
le mercredi 21 juin 2017

Emmanuel Macron, avec son mouvement En Marche ! vient de remporter dans les élections qui se sont déroulées, un succès sans précèdent. Le positionnement qu’il a choisi en se plaçant au-dessus des partis et en proposant un renouvellement du personnel politique était ce que souhaitaient dans leur grande majorité les Français. Aussi, le corps électoral vient-il de donner à ce jeune président une majorité écrasante à l’Assemblée nationale, une majorité qui va constituer indéniablement un fait historique dans l’histoire de notre République. Beaucoup, tant à droite qu’à gauche et malgré les sondages, n’avaient pas vu – ou pas voulu voir - où était réellement l’attente des Français.

Beaucoup ont raillé le pari incroyable qu’a constitué le mouvement En Marche ! Les résultats des deux votes qui viennent d’avoir lieu confirment parfaitement les enseignements que l’on pouvait tirer des enquêtes d’opinion qui, depuis plusieurs années, ne cessent de nous alerter sur l’inquiétude des Français, et sur leur lassitude pour le personnel politique en place. Les Français voient bien que notre pays s’affaiblit, d’année en année, qu’il ne cesse de régresser au plan mondial, et ils sont conscients que l’on assiste à une décomposition morale et politique de notre société. Dans notre pays, nos gouvernants depuis des décennies ne parviennent pas à redresser la situation. Le taux de chômage est anormalement élevé depuis des années pour un pays développé, un taux de chômage qui avait fait dire à François Mitterrand qui se désespérait de ne pas le voir baisser : « on a tout essayé » ; le PIB connaît un taux de développement bien plus faible que celui de nos voisins, les caisses de retraite accusent un fort déficit, et le pays a une dette qui atteint des niveaux dangereux.

Plusieurs études, successives, ont montré que les Français sont pessimistes car très préoccupés par la façon dont la situation évolue, et ils sont inquiets pour l’avenir de leurs enfants. Ils pestent contre l’incapacité qu’ont manifestée les gouvernements successifs à gérer correctement le pays, depuis la fin des Trente Glorieuses, incapables d’enrayer cette tendance forte au déclin. La sinistrose s’est installée, et cela les a conduits à porter sur le personnel politique des jugements de plus en plus sévères. Les hommes politiques qui sont installés au pouvoir ont fini par être ainsi considérés comme incompétents, par trop déconnectés de leurs électeurs et des réalités du terrain, ne connaissant pas le monde de l’entreprise, et incapables finalement de prendre les décisions qui s’imposent de crainte de ne plus être réélus et de perdre leurs privilèges. Les Français jettent donc un fort discrédit sur eux, et les soupçonnent même, sans doute exagérément, d’être seulement soucieux de leurs propres intérêts.

Un très fort courant d’opinion s’est ainsi installé, hostile au « système » : il faut en finir avec les gens au pouvoir, des politiciens par trop professionnels, qui s’incrustent. Il est donc temps de renouveler tout ce personnel et de porter à la tête du pays un vrai chef ! Quelques auteurs ont publié des ouvrages pour lutter contre ce pessimisme ambiant. L’essayiste très apprécié des Français, Alain Duhamel, par exemple, a publié un ouvrage « Les pathologies politiques françaises » dans lequel il dénonce ce travers national à la sinistrose, disant qu’il remonte à Voltaire. Avant lui, en avril 2011, Jean Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, avait publié « Le fabuleux destin d’une puissance intermédiaire » où il montrait aux Français que notre pays dispose de très nombreux atouts.

En 2005, un sondage IFOP, commandé par le site Atlantico, indiquait que 40% des Français se déclaraient favorables à un régime autoritaire. Un très grand nombre indiquaient qu’il faudrait porter au pouvoir des experts plutôt que des politiques (un Français sur deux à gauche, et 80% à droite). Jérôme Fourquet notait dans cet article : « Il y a une insatisfaction très profonde vis-à-vis du fonctionnement de notre système politique ».

En janvier 2013, à nouveau dans un article sur Atlantico, Pascal Perrinaud du CEVIPOF, un remarquable spécialiste de sociologie électorale, écrivait : « Les Français veulent une présidence davantage incarnée, avec un chef qui montre le cap ». Dans ce même article, Maxime Tandonnet, un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, disait, en parlant de ce chef : « Il ne peut pas être l’homme d’un parti ni d’une majorité, mais l’homme de la nation dans son unité ». Et il ajoutait : « Ici, depuis Napoléon, on aime le Grand homme ! ».

En avril 2016, un sondage IPSOS réalisé pour le journal Le Monde, avait pour objet de faire le point sur l’état de l’opinion en France. Il a montré l’existence de graves fractures dans la société. Cette étude indiquait que les clivages droite/gauche s’estompaient complètement, sauf sur les problèmes d’immigration et de sécurité, et que dans leur grande majorité les Français souhaitaient qu’un homme fort soit porté au pouvoir afin de remettre de l’ordre dans le pays. On notait, dans ce sondage, que 76% des personnes interrogées souhaitaient « un vrai chef en France pour remettre de l’ordre ».

Cette incapacité des hommes au pouvoir à résoudre correctement, depuis une trentaine d’années, les problèmes qui se posent au pays a conduit les Français à douter de la compétence de leurs dirigeants. Elle les a même amenés à les soupçonner d’être davantage préoccupés de leurs intérêts personnels que du bien commun. Ainsi, dans le sondage IPSOS mentionné plus haut on voyait que 77% des sympathisants socialistes estimaient que les hommes politiques « agissent principalement pour leurs intérêts personnels », un chiffre extrêmement élevé pour des militants censés être les soutiens du président qu’ils avaient eux-mêmes porté au pouvoir. Dans ce même sondage, on voyait que 60% des sondés pensaient que « les élites de la République sont corrompues », alors que le même sondage donnait un chiffre de seulement 40% trois ans plus tôt.

Pour ce qui est du profil du chef souhaité, plusieurs études ou enquêtes d’opinion étaient éclairantes. Tout d’abord, d’une façon générale, un sondage sur l’attente des salariés vis-à-vis de leur chef. Par exemple, sur un site franco-allemand traitant des problèmes de relations de travail, on pouvait voir les résultats d’une enquête conduite auprès des abonnés du site. Ils avaient eu à répondre à la question « Qu’attendez-vous de votre chef ? », et l’on avait les réponses suivantes :

>  Il faut qu’il ait un fort charisme : « Le charisme est essentiel, car il s’agit d’entraîner les autres » (37%) ;
>  Il doit avoir une bonne capacité à dialoguer (48%) ;
>  Il doit être, avant tout, un chef d’orchestre (56%).

Dans cette étude, les compétences et l’expérience ne venaient que loin derrière : 17% seulement.

Pour ce qui est du profil souhaité pour un nouveau président, un sondage fait les 19 et 20 avril par ELABE pour Europe1, sur un échantillon de 1.000 personnes, donnait le portrait-robot du candidat idéal :
>  âge : pas plus de 50 ans ;
>  capable de procéder à des réformes radicales, quitte à être brutales pour le pays
(57%) ;
>  présentant un « ticket président-premier ministre » ;
>  qui ne soit pas issu du monde politique (68%) ;
>  pouvant rassembler des personnalités de gauche et de droite ;
>  sachant bien parler l’anglais (89%) ;
>  pas nécessairement ancien ministre (57%).

Par ailleurs, un autre sondage effectué par l’IFOP, les 11 et 12 mai dernier, traçait assez bien le profil souhaité pour un nouveau premier ministre :

>  âgé de 30 à 50 ans (73%) ;
>  une personnalité plutôt neutre ;
>  une personne ouverte sur le monde et sachant bien s’exprimer en anglais ;
>  une personne ayant une longue expérience dans le secteur privé (77%) ;
>  une personne issue de la société civile (67%) ;
>  une personne ayant exercé un mandat local (74%).

A l’interrogation « ayant déjà occupé un poste de ministre ? » les personnes interrogées dans ce sondage donnaient une réponse positive seulement à 27 %.

Toutes ces études sur l’état de l’opinion, et tous les sondages réalisés ces dernières années laissaient bien prévoir que le besoin de renouvellement du personnel politique dans notre pays était important. Un homme nouveau était attendu. L’aspiration pour un leader qui puisse faire entrer la France dans une phase de renouveau était considérable. Dans l’hebdomadaire Marianne, le rédacteur en chef dans le numéro du 9 juin dernier a salué l’arrivée de Macron en disant : « L’arrivée de Macron marque la fin du déclinisme », formule représentative de la perception qu’une grande partie de la presse a de la nouvelle ère qui s’ouvre. De leur côté, 57% des Français font confiance à Emmanuel Macron pour résoudre les problèmes qui se posent au pays [1], soit un score légèrement meilleur que pour François Hollande après son élection (55%) mais nettement inférieur à celui de Sarkozy (64%).

Le vote qui vient d’avoir lieu a donc porté au pouvoir un homme nouveau, peu connu des Français, mais en lequel ceux-ci placent leurs espoirs : l’avenir dira s’il saura combler leurs attentes. Une très lourde tâche l’attend, une tâche harassante, et il faudra que le corps social français accepte de se faire réformer. Les syndicats de salariés devront abandonner leur culture de l’avantage acquis et tourner la page sur la charte d’Amiens qui est encore leur ADN, et, de leur côté, les catégories sociales les plus aisées devront accepter les sacrifices qui vont leur être demandés. Elles devront étouffer leur rancune contre ce nouveau leader issu de la gauche, mais qui se veut libéral, un candidat inconnu qui, à leur grand regret, a aisément triomphé du leur.


[1Baromètre Kantar Sofres pour Le Figaro Magazine de ce mois de juin.

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