Emploi 2017

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Pour en finir avec la croassance

Par Hervé Gourio,
le mercredi 18 janvier 2017

Non ce n’est pas une faute d’orthographe. L’appel à la croissance économique qui commence à envahir les programmes/projets/discours électoraux nous fait penser irrésistiblement à la tentative ridicule du corbeau de la fable. Invoquer un modèle économique détourne l’attention des actions efficaces. Ici ce n’est pas de fromage qu’il s’agit, mais de gâteau qu’il faut agrandir. Au lieu de mesures précises qui vont apporter l’emploi et la prospérité, on entend incantation et ratiocinations, des analyses macroéconomiques et des concepts abstraits dont nous abreuvent les bons esprits français au pouvoir depuis si longtemps, ainsi que les « diseux » qui les accompagnent. Des croassements qui font lâcher la proie pour l’ombre.

Changement de discours mais le langage reste abstrait

Après la primaire de la droite et du centre, tout n’est pas mauvais dans la version 2016 de ces chants d’oiseaux. Les candidats ont tous convergé vers des orientations proentreprises franchement déclarées et significatives. Quel changement avec la timidité, voire la lâcheté des présidents qui ont précédé le quinquennat qui s’achève ! Même quand ils étaient issus de partis dits de droite, ils évitaient l’injure suprême : "Vous faites des cadeaux aux patrons". Ça, non, ils ne l’ont pas fait ! Bon an mal an, ils ont chargé le baudet de dépenses publiques, de transferts sociaux et de "maintien du pouvoir d’achat".

L’évidence saute maintenant aux yeux de tous : il faut bouger les curseurs macroéconomiques pour que la performance des entreprises existantes ne soit pas en France grevée de charges supérieures à celles des concurrentes étrangères. Les politiques, de peur de parler simplement, communiquent sur la « compétitivité », concept complexe au lieu de parler d’"égaliser les conditions de concurrence" et d’en appeler au "level playing field". Toujours le fichu penchant français à employer des mots abstraits à faible contenu scientifique et difficiles à mesurer.

Croissance économique : un mantra, loin de l’analyse de terrain

C’est la même chose avec la croissance économique qui, dans les médias, devient un mantra. Revenons sur terre. Il s’agit de voir comment augmenter la somme algébrique des valeurs ajoutées des entreprises françaises. La variation de chaque élément, donc de chaque entreprise, dépend en définitive de ce qui se passe dans la tête de l’entrepreneur. Les conditions macroéconomiques ne leur sont bien sûr pas indifférentes, à condition qu’elles se manifestent dans leurs comptes ou dans la parole de leurs clients. Les envolées des prêcheurs politico-médiatiques n’y suffiront pas.

Au bout du compte les questions qu’ils se posent, eux, sont diablement simples : quels choix concrets devant moi ? Risque et retour des différentes solutions ? Au bout du "compte", c’est une affaire de désir et de peur. Aujourd’hui, à ce niveau-là, la messe est dite. Lisez Karine Charbonnier et "Patrons, tenez bon !" (Albin Michel). Surtout écoutez-la oser dire que, dans l’environnement français actuel, les patrons font la grève de l’emploi et de l’investissement.

Donner de la visibilité et mettre l’Administration hors d’état de nuire

On nous dit que le code du travail sera modifié et que l’élan pendant l’état de grâce post-présidentiel domptera la rue et disciplinera Bercy. Que les intentions libérales se concrétiseront. Alors que depuis 30 ans au moins ce sont les syndicats et la haute fonction publique qui ont eu le dernier mot, à de rares exceptions près.

Acceptons l’augure d’un redressement. Mais il s’agit de convaincre entreprises et investisseurs que pendant la transition vers un environnement aussi favorable aux entreprises que celui de nos voisins (voir K. Charbonnier) leurs perspectives d’enrichissement ont radicalement changé, même si les risques anciens n’ont pas encore disparu… Pour remettre la France sur le chemin de la croissance, il faudra donc plus que des généralités macroéconomiques et de soi-disant "pédagogie" des politiques. Il faudra mettre une sacrée dose de carburants dans chaque moteur :

>  Pour donner la visibilité indispensable à l’investissement. En n’oubliant pas que, avec le droit du travail en vigueur, toute embauche peut être considérée comme un investissement dont le coût engage durablement et dont la rentabilité est incertaine. Il faut doper l’investissement dans les entreprises, au minimum dans les nouvelles entreprises (principales créatrices d’emplois marchands) ou dans les projets qui ne sont pas assis sur des avantages concurrentiels confortables (en somme des rentes).

>  Pour réduire les risques résultant de l’attitude plus ou moins hostile aux entreprises qui imbibe une partie significative de l’Administration. Elle se manifestera avant même la mise en œuvre du programme du gouvernement. Les décrets d’application rédigés par des fonctionnaires feront la chasse aux « effets d’aubaine » et monteront la garde devant le Trésor public. Plus tard, juges et autorités de régulation entailleront encore les résultats attendus au gré de leur désir d’indépendance. Ainsi il faut éviter de renouveler les faux départs de la présidence Sarkozy, quand la garde rapprochée des hauts fonctionnaires a transformé en demi-mesures des orientations qui eussent pu changer la France. Il faudra impliquer des entrepreneurs dans la rédaction de ces décrets d’application ou des ordonnances si on ne veut pas d’emblée exprimer que rien ne va changer, et donc inciter à la prolongation de la grève de l’emploi et de l’investissement.

Arrêtons avec la mystique… Et la « com ». Le salut ne viendra pas des fonctionnaires qui ont cru, à tort, qu’ils apprenaient l’économie à l’ENA. Il ne pourra être obtenu qu’en stimulant le désir de faire grandir des entreprises en France. Parce qu’elles y auront intérêt.

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