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Peut-on se contenter d’une croissance à 2% ?

Par Dominique Mercier,
le mercredi 13 mai 2015

Barack Obama vante régulièrement la « reprise » américaine. Pourtant, à l’échelle de l’histoire des États-Unis, leurs taux de croissance présent et à venir constituent un ralentissement historique. Il s’agit quasiment d’un changement de paradigme, en lien direct avec la détérioration de leur écosystème économique.

A l’aune d’une croissance française de 0,4% en 2014, les performances économiques américaines, autour de 2,3% depuis 3 ans, paraissent extrêmement bonnes. Les dernières prévisions [1] anticipent des croissances du même ordre pour la prochaine décennie, semblant indiquer que les États-Unis ont trouvé leur nouveau rythme de croisière.

Cependant, comme le constatent un sénateur et un journaliste dans un récent article du Wall Street Journal [2], ces chiffres sont tout sauf rassurants. Depuis 1790, la croissance du PIB américain a été en moyenne… de 3,7% par an [3]. Si dans toute leur histoire, les États-Unis s’étaient développés au rythme des 2,3% actuellement prévus pour les dix prochaines années, leur PIB serait aujourd’hui non pas de 17.000 milliards… mais de 780 milliards d’euros, soit 20 fois moins. Le PIB par tête serait ainsi de 2.400 dollars, plus bas que celui de la Papouasie Nouvelle Guinée.

Les arbres ne montant pas jusqu’au ciel, ce ralentissement durable de la croissance américaine pourrait apparaître inéluctable. En réalité, plusieurs éléments concrets suggèrent que ce n’est pas le cas. On constate en effet une chaîne de corrélations, dont la première n’est que la conséquence de mauvaises politiques économiques :

 ? détérioration de l’environnement règlementaire et fiscal des entreprises, entraînant une chute de l’investissement privé ;
 ? la chute de l’investissement privé a entraîné de faibles gains dans la productivité des entreprises ;
 ? on constate une corrélation entre productivité des entreprises et croissance du PIB.

Sur la détérioration de l’environnement règlementaire et fiscal des entreprises, on peut citer à titre d’exemples quelques éléments frappants :

 ? les États-Unis sont en général dans le top 5 du classement du Rapport global sur la compétitivité, mais dans la catégorie « poids des règlementations gouvernementales », le dernier rapport les situe 82ème sur 144 ;

 ? dans le secteur manufacturier, le nombre de règlementations importantes a augmenté au rythme annuel de près de 8% depuis 1998 [4] - à comparer à une croissance annuelle du PIB de l’ordre de 2% sur cette période ;

 ? de nombreux économistes s’accordent pour constater une fiscalité d’entreprise devenue de moins en moins compétitive. Entre autres exemples, l’impôt sur les sociétés aux États-Unis, qui est parmi les plus élevés des pays développés. Ce diagnostic fait consensus puisque des groupes bipartisans travaillent actuellement sur la question.

Selon divers auteurs [5], ces différents aspects ont eu un impact important sur l’investissement privé, qui atteignait 860 milliards de dollars en 2006, et qui est descendu à 524 milliards de dollars en 2013 [6], soit une chute de plus du tiers - alors même que la crise de 2008 est désormais passée. L’investissement étant l’un des piliers pour améliorer la compétitivité, il n’est pas très étonnant alors que la productivité du travail soit devenue particulièrement faible à 1,5% par an ces dix dernières années et même à seulement 0,7% depuis 2011 [7]. Par comparaison, la productivité du travail a souvent dépassé les 3% dans la deuxième moitié du 20ème siècle et même jusqu’en 2004 [8].

Les chiffres semblent montrer par ailleurs une corrélation entre la productivité par tête et la croissance. Comme on le voit sur le graphique ci-dessous, les deux courbes de la croissance du PIB et de la productivité par tête se suivent :
 ?

États-Unis : croissance du PIB et de la productivité par tête

Ainsi, c’est bien la bureaucratisation rampante et la montée en puissance d’une logique égalitariste qui expliquent vraisemblablement le ralentissement durable des États-Unis : via leur impact sur la fiscalité et les normes, donc sur l’investissement et la productivité, et donc sur la croissance.


[1Voir rapport du Congressional Budget Office (ou bureau du Budget du Congrès américain, agence fédérale américaine faisant partie de la branche législative du Gouvernement des États-Unis).

[2Bill Cassidy et Louis Woodhill, Dismal Growth Needs the 3.5% Solution, Wall Street Journal du 30 avril 2015.

[3En dollars réels.

[4Étude de 2012 du NERA Economic Consulting.

[5Behind the Chronic Weakness of capital investment, Wall Street Journal du 12 mai 2015.

[6Bureau of Economic Analysis.

[7Données du Bureau of Labor Statistics

[8sur les périodes 1948-1973 et 1996 -2004.

Messages

  • Pour moi, la seule vraie mesure d'une « bonne » augmentation du PIB par tête est la productivité, les autres mesures intégrant des éléments « moins bons » comme l'accroissement de l'endettement.
    Quant au « bon » PIB global, il est proportionnel au produit de la productivité par tête par la population active, qui elle-même dépend à moyen terme de l'apport relatif (par rapport à la population active de la même époque) de l'immigration, et à long terme de la fécondité. Ces deux facteurs ayant fortement décru depuis 1790, il est normal que le PIB global croisse moins vite.
    Cela ne fait qu'augmenter l'importance du deuxième facteur, la productivité, ce qui justifie pleinement cet article.

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