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Pays en voie de développement : les riches, un « mal » nécessaire ?

Par Dominique Mercier,
le dimanche 26 juin 2016

Les riches sont-ils un « mal » nécessaire ? C’est ce qu’affirme Caroline Freund dans son livre paru récemment : « Rich people, poor countries ».

On croit souvent que les milliardaires des pays émergents profitent de l’exploitation de ressources naturelles, d’une privatisation ou de connexions politiques plus ou moins sulfureuses. Grâce à l’immense travail réalisé par Caroline Freund, on sait désormais que c’est de moins en moins le cas, les milliardaires de ce type représentant aujourd’hui seulement 20% d’entre eux dans ces pays.

Ainsi un grand nombre de milliardaires se sont enrichis grâce à la mégafirme qu’ils ont créée. Plus important encore, ils seraient à la fois la cause et la conséquence de la croissance de leur pays. Comme nous l’expliquions dans un précédent article, Caroline Freund montre qu’il y a une corrélation directe entre la densité de milliardaires dans un pays et le PIB par tête (cette corrélation est vraie aussi quoique moins frappante dans les pays développés). L’auteur précise aussi ne pas connaitre de pays en expansion qui n’auraient pas vu leur nombre de milliardaires augmenter.

D’où vient ce phénomène ?

Caroline Freud l’explique au fil des pages : en créant ou dirigeant des entreprises innovantes, en attirant le capital et la main-d’œuvre là où ils deviennent plus productifs, ces milliardaires ont entrainé une meilleure allocation de la ressource nationale. Leur avantage compétitif leur a ensuite ouvert le marché mondial, leur permettant d’exporter massivement. La croissance d’un pays étant liée par à ses exportations et étant donné que ce sont les grosses firmes qui exportent le plus, c’est ainsi que ces milliardaires ont contribué à l’enrichissement de leurs pays.

Ils ont également amélioré la qualification des emplois. Parmi d’autres éléments, on voit par exemple une corrélation directe entre le nombre d’emplois dans les secteurs industriels et le nombre de milliardaires. A l’inverse, plus le nombre de milliardaires est important, plus l’emploi dans le secteur agricole diminue. L’auteur rappelle que l’accumulation de capital dans la main de super-riches peut être bonne car elle permet des investissements massifs dans l’industrie, là où les investisseurs privés sont souvent plus avisés que les gouvernements. Ainsi, si l’on désire l’industrialisation des pays pauvres et leur entrée dans la mondialisation, l’émergence de milliardaires parait inévitable.

Malgré tous ces effets positifs l’auteur n’élude pas cependant la question des inégalités. L’enrichissement très fort de quelques-uns finit en effet par susciter l’indignation, surtout quand l’amélioration de la qualité de vie des plus modestes devient moins évidente. En conclusion, elle explore donc quelques pistes pour réduire les inégalités sans brider la croissance et explique que l’impôt successoral est une solution intéressante. Contrairement aux idées reçues, il n’existe aucune preuve que les riches accumulent pour transmettre, ni qu’un impôt successoral les détournerait d’une activité économique productive.

Les effets positifs d’un énorme héritage sont par ailleurs douteux. A partir de données américaines, des chercheurs [1] auraient plus ou moins démontré cette phrase de Carnegie : « En général, un parent qui laisse à son fils un gros héritage étouffe ses talents et son énergie, et l’amène à mener une existence moins utile et moins louable que celle qu’il aurait menée autrement. » Une autre étude [2] a montré quant à elle que l’impôt successoral est un incitatif incroyable pour stimuler la philanthropie. Aux Etats-Unis, une étude réalisée sur les données de 1917 à 1921 a montré que les legs à des organismes philanthropiques avaient été multipliés par plus de 34 à partir du moment où ces legs étaient devenus déductibles de l’assiette taxable. Ce résultat renforce la position de l’auteur en faveur d’un impôt successoral. A notre sens, il devrait néanmoins y avoir des dispositions pour que cet impôt ne soit pas préjudiciable à la transmission des PME.


[1Holtz-Eakin, Joulfaian et Rosen 1993

[2Frank Doti 2003

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