Emploi 2017

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

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Pas de sortie de crise sans le 1%

Par Valérie Pascale, Bernard Zimmern,
le dimanche 28 avril 2013

François Hollande a tort de croire que c’est au MEDEF que se situe la sortie de crise et la possibilité de tenir sa promesse de voir la courbe du chômage s’inverser avant la fin de 2013. Ceux qui détiennent cette possibilité sont ceux qui constituent le 1%, c’est-à-dire le centile le plus riche des Français.
Contrairement à la croyance populaire qui, avec Alternatives Économiques, les figure comme le gros riche à cigare, ou comme le jeune trader avec Porsche, ceux du 1% ne sont même pas au MEDEF, ils ne font pas partie du CAC 40, ils ne sont souvent même pas listés dans les entreprises non cotées.

Le 1% est pour plus de moitié [1] constitué d’individus possédant leur entreprise où ils travaillent et dont eux-mêmes ou leurs conjoints sont les dirigeants. Cette entreprise constitue 39% de leur patrimoine, loin devant les autres possessions (immobilier, actif financier, etc.).

On retrouve ici l’un des traits déjà découverts dans le 1% américain montrant qu’aux USA, le 1% est fait d’entreprises individuelles, non incorporées, avec des créateurs souvent sans diplômes, qui ont travaillé dur, sont partis de rien, ont épargné toute leur vie et possèdent les commerces, artisanats, petites entreprises industrielles formant le cadre de notre vie de tous les jours. Loin de la publicité qui entoure les grandes firmes, ils sont le plus souvent ignorés du grand public.

Mais le 1% est une force redoutable, plus importante économiquement et socialement que les grandes firmes qui font la Une des médias. Car il détient plus de la moitié du patrimoine industriel national. Et comme leur entreprise n’offre généralement guère de garanties aux organismes bancaires, ils sont contraints de se garantir en épargnant. Ils n’investissent que si le risque économique pris n’est pas aggravé d’un risque politique et fiscal. .
Sans eux, toutes les vannes du crédit, toutes les cajoleries du ministère des Finances ne serviront à rien. Pour que la croissance reprenne, il faut que ce 1% reprenne confiance dans notre système économique, social et surtout politique. Il faut qu’il accepte d’assumer de nouveaux risques, de miser sa fortune à développer ses entreprises et à en créer d’autres.

Comme l’ont montré des études américaines, 56,3% de ceux qui constituent le 1% sont des entrepreneurs, un pourcentage très au-delà de la moyenne de la population qui est de 8,7%.

Or, tout les encourage à n’en rien faire, à commencer par les étiquettes d’infamie que leur ont accrochées les égalitaristes, c’est-à-dire ces fonctionnaires et para-fonctionnaires, confortablement assis sur leurs revenus publics et qui se servent de leurs études pour dénigrer la richesse et ceux qui sont au sommet de la pyramide sociale. Ils n’ont que cela à faire, pas à gagner de l’argent, pas à lutter contre la concurrence et à créer des emplois

Ils sont menés par des prix Nobel comme Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, ou des seconds couteaux comme Thomas Piketty ou Camille Landais en France.

Les banques américaines font la triste expérience que sans ce 1%, il n’y aura pas de reprise. Le Wall Street Journal du 26 avril titre : « la chute des emprunts étouffe les banques US ». Malgré le fleuve de crédit ouvert à des taux proches de zéro par la Banque Fédérale, l’industrie américaine n’emprunte plus ou plus assez. Et ce ne sont pas des taux voisins de zéro qui vont encourager des investisseurs à emprunter s’ils doivent y risquer leur entreprise, source de leur richesse mais aussi, le plus souvent, témoignage de l’effort de toute une vie.
L’une des grandes erreurs de nos dirigeants et particulièrement de Bercy qui fait la politique économique de François Hollande comme elle a fait celle de Nicolas Sarkozy, c’est de croire que l’économie réelle est faite d’entreprises cotées au CAC 40 et que des mesurettes comme le CICE vont être capables de faire repartir la croissance et l’emploi. C’est de croire que l’entreprise est une mécanique dont il suffit d’appuyer certains boutons pour que, comme le coucou suisse, il se mette à chanter. C’est de croire que l’économie est faite de grandes entreprises avec des directeurs financiers.

Pour Obama comme pour Hollande, les leviers financiers sont impuissants quand les agents de la croissance sont une multitude d‘individus qu’ils ont promis d’appauvrir, pour se faire élire. Ce n’est même pas la revanche des pigeons, de ceux qui créent leurs entreprises ou les financent, c’est plus grave. C’est la révolte d’une population qui détient plus de la moitié de la richesse industrielle.

Pour que la croissance reprenne et que s’arrête la montée du chômage, il faut que des leaders politiques se lèvent qui comprennent que le 1% n’est pas la honte mais la richesse d’une nation.


[1Étude INSEE 2012 sur « les revenus et patrimoines des ménages »

Messages

  • Cher Bernard Zimmern,
    Merci pour le tuyau.
    Je savais bien que la sortie de crise n’aurait pas lieu de sitôt et je songeais à en rendre responsables les expatriés fiscaux et entreprises du CAC 40. Mais cela risquait de sentir un peu le réchauffé.

    Vous me désignez là des boucs émissaires nouveaux et crédibles.
    Ce sont ces 1% les plus riches qui, non contents de protester contre les impôts qui les accablent, se permettent de faire la grève de l’investissement.

    Décidément votre chronique mérite d’être lue attentivement.
    Votre dévoué,
    François Hollande

  • Bonjour
    On se connait puisque nous avions déjeuner ensemble aux arts et métiers il y a plus de deux ans, juste avant que je devienne Président de Grandes Ecoles Entrepreneurs.
    Je vous envoie la lettre ouverte que j’ai envoyée à François Hollande.
    Bien à vous
    Alexandre Tedeschi

    Lettre ouverte au Président de la République Française

    Cette France de demain qui entreprend dans le silence sans être représentée est notre avenir !

    Paris, le 21 avril 2013

    Monsieur François Hollande

    Monsieur le Président,

    Je m’adresse à vous par une lettre ouverte parce que j’ai souhaité que la France de demain qui entreprend dans le silence sans être représentée retrouve des forces et un soutien auprès de vous.

    Aujourd’hui, malgré les 680 branches professionnelles de notre pays regroupant de multiples syndicats patronaux, le taux d’adhésion des chefs d’entreprise à une organisation patronale est d’à peine 8%.

    C’est dans ce contexte de taux particulièrement faible, qu’un vrai sujet de représentation se pose pour :

    > Les chômeurs créateurs d’entreprise ;
    > Les jeunes étudiants (ou pas) créateurs ;
    > Les créateurs d’entreprise dans leur ensemble (près de 550 000/an) ;
    > Les entreprises qui très souvent, dans leurs trois premières années, ne sont pas membres d’une organisation patronale.

    Ces populations sont la France de demain qui entreprend - et parmi elles beaucoup d’innovateurs.

    Cette absence de représentativité est-elle un problème ?
    Oui, car sans représentativité, on ne pourra jamais savoir si les mesures que certains poussent et revendiquent ont vraiment un sens pour la majorité des entrepreneurs en démarrage. De plus, le choix de certaines personnalités sollicitées sur différents sujets et travaux pourra toujours être contesté, car ces personnes ne seront pas issues d’un processus de représentativité. Pire, on pourra même imaginer qu’elles œuvrent pour leurs intérêts privés en présentant leur vérité.

    Il y a certes dans ce pays de nombreux guichets d’observation d’organismes privés et publics qui reçoivent et accompagnent une partie des entrepreneurs en démarrage. Mais avons nous vraiment le ressenti et le point de vue de cette France qui entreprend ?

    Monsieur le Président, vous souhaitez mettre le paquet sur les entreprises, et la France de demain qui entreprend, alors mobilisez les rapidement.

    Pour cela, je vous propose une mesure qui dynamiserait considérablement notre pays. Elle conforterait les organisations patronales et permettrait aussi l’émergence de nouvelles forces vives créatrices de valeurs et d’idées nouvelles.

    Je vous propose donc de légiférer rapidement, afin d’obliger tous les entrepreneurs qui sollicitent une aide publique (le chômage en étant une) à adhérer à une association d’entrepreneurs - organisation patronale ou pas.

    L’association d’entrepreneurs qui ne souhaiterait pas se déclarer syndicat patronal pourrait juste élire des représentants dans des organisations patronales existantes ou à créer. Cela créerait aussi une dynamique de refonte des statuts des organisations existantes.

    La France qui entreprend dans le silence a besoin de se faire entendre car elle est porteuse d’idées nouvelles parfois à l’opposé des messages véhiculés quotidiennement qui soi-disant font consensus.

    Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

    Alexandre Tedeschi
    Président de Grandes Ecoles Entrepreneurs
    http://www.asso-g2e.com

  • Je partage totalement votre analyse. D’autant plus que je fais partie de ces "soutiers de la république", je suis patron de pme industrielle, et je vis tous les jours ce que vous décrivez. Une anecdote pour illustration : ma société a du emprunter 87 000 euros pour acheter des machines. J’ai du nantir plus de 100 000 euros d’assurance vie personnelle en garantie, "parce que vous comprenez, si on doit se faire rembourser, on a des frais..." dixit la banque. Nous avons déjà supprimé un poste sur 18, devant l’explosion des diverses charges (sociales notamment) Et je m’interroge pour la suite : se développer ? pour quoi faire... risquer mon épargne et payer encore plus d’impôts ?

  • Vous restez bien optimiste en pensant à une reprise par investissement de ces 1% qui détiennent des PME. En réalité, ces entreprises familiales de petites tailles luttent actuellement tous les jours pour leur survie même. En plus de la conjoncture très mauvaise qui les met directement en danger, elles subissent les coups de butoir du gouvernement sous forme des hausses de charges et d’impôts et de façon plus perverse de l’ajout de normes et de législation (écologique, diversité, sécurité, hygiène, ...) ainsi que l’inflation permanente du code du travail. Je ne parle même pas de l’incertitude associée au fait que le gouvernement ne semble pas prêt de s’arrêter dans sa folie taxatoire et gazière. Pour faire face à tout cela et à une concurrence accrue au niveau mondial (les chinois montent en gamme) et européens (nos voisins font des vrais réformes y compris les allemands et hollandais déjà plus compétitifs que nous), nos PME, bien loin de penser à investir font en réalité du désinvestissement. L’exemple du commentaire ci-dessus avec une suppression de poste est caractéristique. J’en connais d’autre avec par exemple la vente d’engins de travaux pourtant rentable car beaucoup utilisés mais nécessaire pour dégager de la trésorerie à court terme et éviter la faillite.

    Le pire de tout cela est qu’une grande partie des réformes nécessaires ne coûterait en fait rien à l’Etat. Au contraire, commencer sérieusement la réforme taxatoire, normative et législative créerait un choc d’optimisme qui remplacerait le pessimisme industriel actuel.

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