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OCDE : encourager l’égalité ou l’excellence ?

Par Bernard Zimmern,
le lundi 25 mai 2015

La dernière publication de l’OCDE [1] ne manque pas de poser des interrogations sur l’orientation de cette organisation internationale, qui dispose de budgets importants, payés par les contribuables de tous les pays, pour fournir à la communauté des bases statistiques solides.

Cette publication débute un peu comme le manifeste d’un parti socialiste ou comme un pamphlet écrit par un économiste idéologique, un de ces économistes qui sélectionnent leurs statistiques en fonction de leur vision du monde. On y retrouve en effet l’expression favorite de Joseph Stiglitz parlant de la Grande Récession et pas de la crise de 2008. Le ton est donné dès la première ligne « Le fossé entre pauvres et riches s’élargit. Dans la décade avant la Grande Récession, la croissance économique a bénéficié de façon disproportionnée aux groupes ayant le plus haut revenu tandis que les ménages avec le revenu les plus faibles étaient laissés derrière ».

L’inquiétant n’est pas le constat que les inégalités aient crû, mais le jugement de valeur disant que cette croissance des fortunes est disproportionnée ; et l’affirmation que les plus pauvres ont été laissés derrière comme si cette croissance était condamnable en soi ; alors que les pays les plus prospères sont souvent ceux où l’explosion d’innovations entrepreneuriales entraîne une forte augmentation des plus grandes fortunes mais tire le revenu de la masse et l’emploi vers le haut, alors que l’absence de croissance des inégalités se traduit souvent par la croissance du chômage, la pire des inégalités, ce que les statistiques se gardent bien de rappeler.

Sur le fond, ce rapport de 300 pages n’apporte pas grand-chose qui ne figurait pas déjà dans les rapports antérieurs sinon qu’il est cette fois appuyé de l’autorité du secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, et non plus signé par des francs-tireurs comme il y en a dans toute organisation.

Derrière le déluge de chiffres et de tableaux, le pilier central de ce rapport reste la démonstration statistique du rapport de novembre 2014 sous la signature de Federico Cingano, démontrant que les inégalités diminuent la croissance.

Cette conclusion est essentielle car elle tend à mettre le ralentissement de la croissance observée aux USA ou en Europe sur le compte des inégalités.

Or, c’est une affirmation qui ne repose en définitive sur aucune base sérieuse.

Les auteurs s’abritent en effet derrière une démonstration mathématique mettant en œuvre les dernières méthodes statistiques (par exemple, la Méthode des Moments Généralisés, GMM en abrégé anglais). Mais, fragilité de leurs conclusions, elles s’appuient sur un calcul donnant par exemple le même poids aux observations faites sur le Luxembourg (500.000 habitants) et sur les USA (330 millions) et mélangeant pays développés comme ceux de l’ouest européen et pays en voie de développement comme Turquie ou Mexique dont les modèles économiques sont fondamentalement différents.

Plus grave, ils dénoncent la malignité de cette augmentation des inégalités, car non seulement les inégalités diminueraient la croissance mais elles dirigeraient leurs effets nocifs sur les plus pauvres, les plus déshérités.

À aucun moment n’est évoquée la possibilité que si les plus pauvres bénéficient si peu de la croissance, l’explication pourrait se trouver non dans les inégalités mais dans l’obsession de l’égalité au lieu de l’excellence.

Ceci est particulièrement vrai de l’enseignement dont la qualité s’avère être l’un des patrimoines les plus importants d’un individu en lui permettant de s’intégrer dans la société et d’y réussir, et qui reste le principal ascenseur social.

Il est maintenant connu que ce n’est pas l’égalité de la condition des élèves mais la concurrence entre enseignants qui donne le maximum de chances aux plus mal lotis d’émerger.

Aux USA, ce qui permet aux minorités des grandes villes de sortir de la misère sont les écoles dont les professeurs sont mis en compétition par le chèque éducation ; sinon, le très puissant syndicat des professeurs fait passer la défense de ses membres bien avant la sanction de leur médiocrité. Rahm Emanuel, qui fut chef de cabinet d’Obama, vient de gagner une bataille difficile à Chicago contre les syndicats d’enseignants cherchant à faire prévaloir leurs privilèges sur celui de la rénovation des enseignements, fondée sur la concurrence de l’excellence.

L’éducation en France en est un autre exemple énorme : cela fait 50 ans que les communistes puis les socialistes s’évertuent à détruire l’école de Jules Ferry au nom de l’égalité. C’était le plan Langevin Vallon visant à décérébrer les enfants, de façon à rendre les foules plus perméables à la propagande étatique et marxiste en leur enlevant la faculté de critique et de jugement, et permettre l’instauration de régimes communistes totalitaires. Dernièrement c’est encore la réforme de Vallaud-Belkacem qui se drape sous le drapeau de l’égalité ; mais l’égalité par le bas ?

Peut-être faudrait–il que l’OCDE se rende compte que l’excellence est la voie la meilleure pour réduire les inégalités et commence à l’intégrer dans ses statistiques.

C’est ce que nous enseignent les chiffres sur les patrimoines américains (voir http://www.irdeme.org/Le-point-sur-la-montee-des.html) où, si l’emploi a été si vibrant aux USA jusqu’à l’arrivée d’Obama, c’est parce que des millions d’emplois ont été créés, non par les grandes entreprises ou Wall Street ou des rentiers, mais par des centaines de milliers de petits entrepreneurs devenus riches, certains même milliardaires, en prenant des risques avec leur propre argent. Augmenter les prélèvements et les transferts (page 48) serait-il plus efficace que l’investissement par ces entrepreneurs ? L’OCDE ne pourrait-il utiliser ses sources statistiques et se demander pourquoi lorsque les prélèvements augmentent, une part de plus en plus faible parvient aux pauvres et de plus en plus grande à la bureaucratie qui redistribue ? Un phénomène en grande partie étouffé par les campagnes contre les inégalités et pour plus d’impôts, dont l’OCDE suit la mode et qui explique en effet la faible reprise des économies européennes ou américaine.

Peut-on rêver de voir l’OCDE, non pas étouffer la croissance et condamner les pauvres à plus de chômage, mais encourager la croissance en prenant le parti de l’excellence et de la concurrence, en éducation comme en économie ?

Bernard Zimmern

Ps. Un autre trait de ce rapport est la commisération bienpensante à l’égard des « emplois non standards », c’est-à-dire des emplois qui ne sont pas à temps plein ou garantis à vie comme ceux des fonctionnaires ; ils constituent en effet une grande partie des emplois dans des pays comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne. Mais ce que les auteurs oublient, c’est que ce sont le plus souvent des temps partiels choisis, pas des temps partiels subis comme c’est le cas dans les pays où sévit le chômage comme la France. Les femmes sur l’infériorité desquelles la bonté des égalitaristes se penche de plus en plus sont les premières à choisir des temps partiels car cela leur permet de concilier emploi et enfants.


[1«  In It Together : Why Less Inequality Benefits All  » 21 mai 2015

Messages

  • Merci monsieur Zimmern pour cet article qui change de ce qu'on entend partout . Votre blog est super pour les étudiants comme moi, ça évite de devoir lire le très neutre Alternative Économique... , seul journal économique que nos professeurs d'économie ne semblent connaître .
    Comment s'y prendre pour faire passer un tel discours en politique ?

  • Winston CHURCHILL qui s'y connaissait en politique a dit que "La politique est le seul métier qu'on peut exercer sans y avoir été préparé."

    Et George W. BUSH Jr a déclaré moins de 3 mois après la fin de son 2ème mandat en 2008 : "I was not prepared for war." En d'autres termes, la politique n'est pas une science aussi utile et nécessaire qu'elle soit. Sciences politiques est donc une imposture rationnelle à l'usage de qui veut bien y croire. Ce qui permet de comprendre par exempte que le Prix NOBEL de la paix soit attribué à Woodrow WILSON, Yasser ARAFAT, Menahem BEGHIN, Barack OBAMA mais pas à John F. KENNEDY ou à Franklin D. ROOSEVELT.

    Par identité de motifs ou isomorphisme, vous avez certainement déjà compris que les prétendues Sciences Economiques ne sont ni économiques ni scientifiques. Plutôt conjecturales, hypothétiques ou philosophales voire dogmatiques.

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