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Les pauvres, pigeons de la redistribution à la française

Par Dominique Mercier, Bernard Zimmern,
le dimanche 27 janvier 2013

On avait fini par croire que le Royaume-Uni c’était la richesse sans le partage, et que la France c’était le partage sans richesse. Nous nous apercevons qu’en France il n’y a en fait ni richesse ni partage

La France se targue d’avoir un GINI, c’est-à-dire un degré d’inégalité de distribution des revenus parmi les plus faibles de l’OCDE. Mesuré sur une échelle de 0 à 1 [1] il est en France de 0,29 après transferts, contre 0,37 pour le Royaume-Uni. Or, si l’on regarde dans le détail, on s’aperçoit que cet indicateur, très utilisé par nos chers économistes, cache un système redistributif français beaucoup moins réducteur d’inégalités que le système britannique.

Ainsi, les Français les plus modestes reçoivent deux fois moins de prestations sociales en espèces [2] que leurs homologues britanniques : les trois premiers quintiles au Royaume-Uni reçoivent 4,3% du PIB contre seulement 2,2% en France :

Prestations sociales en espèces en % du PIBQ1Q2Q3Q4Q5
UK 1,6% 1,6% 1,1% 0,6% 0,3%
France 1,2% 0,6% 0,4% 0,2% 0,2%

Si l’on déduit les impôts directs des avantages reçus, on s’aperçoit par ailleurs que le système français apporte un bénéfice seulement au premier quintile, à la différence du système britannique, où il bénéficie aux deux premiers quintiles :

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En réalité, l’État français utilise l’impôt direct pour bien autre chose que la redistribution monétaire puisqu’il en distribue seulement 34%, contre 54% pour le Royaume-Uni. Converti en euros, cet écart de pourcentage entre les deux pays correspond quand même à plus de 25 milliards d’euros de non redistribution en France.

Mais alors où va l’argent ? Le dernier rapport de l’OCDE établit clairement que c’est la redistribution en espèces qui contribue le plus à réduire les inégalités. Comment expliquer alors, que sous prétexte de redistribution, il y ait en France des taux de prélèvements de 42% du PIB contre seulement 36% au Royaume-Uni ? [3]

Méthodologie

FRANCE :
Impôts directs : impôts sur le revenu (= impôts sur le revenu+ CSG-CRDS) + taxe d’habitation
Prestations sociales en espèces : prestations sociales en espèces hors chômage et retraite, qui sont contributives (elles sont perçues en contrepartie de cotisations, et ne sont donc pas à proprement parler de la redistribution) = prestations familiales + prestations logement + minima sociaux, ce qui comprend donc l’ensemble des prestations suivantes :
> Prime à la naissance
> Prime à l’adoption
> Allocation de base
> Complément de libre choix d’activité (CLCA)
> Complément optionnel de libre choix d’activité (Colca)
> Complément de libre choix du mode de garde
> Allocations familiales
> Complément familial
> Allocation de soutien familial
> Allocation journalière de présence parentale (AJPP)
> Prestations familiales : changement de situation
> Prime de déménagement
> Prestations logement (APL, ALF, ALS)
> Revenu de Solidarité Active
> Allocation de solidarité spécifique
> Allocation équivalent retraite
> Allocation temporaire d’attente
> Allocation aux adultes handicapés
> Allocation supplémentaire d’invalidité
> Allocation veuvage,
> Allocation minimum vieillesse
> Revenu de solidarité

ROYAUME-UNI :
Impôts directs = direct taxes= income tax + Council tax et Northern Ireland rates (les deux types de taxes d’habitation au Royaume-Uni)
Prestations sociales en espèces = cash benefits hors retirement pension et job seeker’s allowance contribution based soit l’ensemble des prestations en espèces suivantes :
> Incapacity benefit
> Widows’ benefits
> Statutory Maternity Pay/Allowance
> Income support and pension credit
> Child benefit
> Housing benefit
> Carer’s allowance
> Attendance allowance
> Disability living allowance
> War pensions/War widows’ pensions
> Severe disablement allowance
> Industrial injury disablement benefit
> Student support
> Government training schemes
> Tax credits
> Other non-contributory benefits


[10 : égalité parfaite, et 1 : inégalité totale (c’est-à-dire qu’un individu possède tout et les autres n’ont rien).

[2C’est à dire l’ensemble de ce qui est reçu en cash par les différentes catégories concernées (hors retraites et chômage), soit prestations familiales + prestations logement + minima sociaux (voir liste en annexe pour plus de détails). Les retraites et les allocations chômage ne sont pas concernées par le champ de le redistribution, puisqu’elles sont versés en contrepartie de cotisations.

[3Données 2008 (données du graphique : année 2009)

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