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Les grands entrepreneurs vus par The Economist

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 14 janvier 2015

The Economist, la revue britannique, a publié, daté du 3 janvier 2015, un article (« Rober Barons and silicon sultans ») comparant les milliardaires, enfants des technologies de l’information (Gates, Brin et Page, Bezos, etc.) avec les titans capitalistes (Rockefeller, Carnegie, Vanderbilt, etc.) qui forgèrent l’Amérique industrielle de la fin du XIXe siècle.

C’est The Economist qui vers la fin des années 1970 nous fit découvrir les vertus de l’entrepreneur et du capitalisme en vulgarisant les découvertes de David Birch et en nous faisant prendre conscience que c’étaient les petites entreprises, et non le grandes, qui créaient des emplois et étaient les agents du renouvellement créateur de Schumpeter.

The Economist de 2014 a bien changé. Il est vrai que le magazine avait averti en 2004 que sa clientèle n’étant plus essentiellement british mais américaine et américaine citadine qui vote préférentiellement socialiste (Démocrate), il lui fallait s’ajuster ; d’où un article dans le même numéro exécutant Georges Bush II, à cette date président républicain des États-Unis.

Certains affirment que The Economist aurait repris récemment une ligne éditoriale moins idéologique. On peut en douter à lire l’article du 3.1.2015.
Le magazine reprend d’abord le terme de « robber barons » pour désigner les entrepreneurs qui transformèrent une nation essentiellement rurale en la plus puissante nation industrielle du XXe siècle.

L’expression « robber barons » (les barons voleurs) fut d’abord utilisée pour désigner les pirates qui, au bord du Rhin, rançonnaient les bateaux passant sur le fleuve.

Ce sont un certain nombre d’ouvrages qui, dans les années 30, firent passer dans l’opinion que les grands capitaines d’industrie de la fin du XIXe avaient fait leurs fortunes grâce à des monopoles, et un certain Matthew Josephson qui leur colla le sobriquet de « robber barons » qui leur fut attaché par les livres d’histoire.

Heureusement, l’Amérique connut non seulement Aynn Rand qui par son génie littéraire contribua à écarter l’Amérique des joies du socialisme, mais des historiens comme Burt Folsom qui dénonça cette reconstitution de l’histoire comme un travail de moralisateurs plus préoccupés d’idéologie que de vérité historique, et montra que la plupart des grands entrepreneurs n’étaient pas des monopolistes profitant de leur influence sur l’État mais des gens partis pauvres, ayant découvert un besoin et qui par leur acharnement au travail construisirent des empires industriels ; la plupart étaient, note-t-il, contre tout subside de l’État. Et ils distribuèrent la plus grande partie de leurs fortunes à travers des fondations charitables qui font aujourd’hui la force du tiers secteur et son efficacité par rapport à celui bâti par l’État.

L’un d’entre eux James J.Hill écrivit : « la richesse du pays, son capital, son crédit, doivent être protégés du prédateur pauvre comme du prédateur riche, mais par dessus tout, du prédateur politicien ». Phrase prémonitoire lorsque l’on voit, comme le montre emploi-2017, que le patrimoine distribué par les politiciens dépasse maintenant en France le patrimoine acquis par héritage ou par le travail.

Très curieusement, pour une revue qui se veut une revue économique, sa compréhension du mécanisme entrepreneurial paraît infantile.

Il est en effet assez sidérant de voir The Economist nous décrire la réussite de ces entrepreneurs comme si leur ascension était le fruit d’une simple idée : la réduction des coûts, ou l’élimination de la concurrence. Elle laisse croire qu’ils avaient vu dès le départ toute la portée de leur innovation et que le reste était simplement un exercice classique de management. À croire qu’ils n’ont jamais su que Bill Gates avait voulu vendre le software DOS qui a fait sa fortune à Big Blue pour 50.000 dollars et avait eu la chance qu’IBM refuse (en fait deux fois, une seconde fois pour deux millions de dollars). Et cette histoire est celle de tous les empires, par exemple d’Intel, ou de Brin et Page (Google) ou Zuckerberg (Facebook).
The Economist paraît ignorer que la première monnaie d’un de ces géants est le hasard, qu’ils n’avaient certainement pas au départ l’idée de là où ils allaient arriver mais sont partis comme Christophe Colomb pour découvrir les Indes Occidentales et ont trouvé l’Amérique.

Ils ignorent de ce fait que la première monnaie de ces géants est le risque, et qu’en fait, pour un géant qui réussit, il faut des milliers d’autres explorateurs des mers du sud qui se perdent corps et biens ou n’arrivent pas plus loin que les côtes du Portugal.

The Economist cède peut-être ainsi à la théorie du mouton ; c’est la grande mode d’accuser les inégalités d’être au cœur de nos problèmes et peut-être leur fallait-il sortir cette fiction pour conserver leurs lecteurs. Mais il est inquiétant de découvrir qu’il faudrait réapprendre ce qu’est l’économie entrepreneuriale à l’une des plus importantes revues économiques.

Extrait de l’article de The Economist :

« Both relied on the relentless logic of economies of scale. The robber barons started with striking innovations—in Ford’s case, a more efficient way of turning petrol into power—but their real genius lay in their ability to “scale up” these innovations to squeeze the competition. “Cut the prices ; scoop the market ; run the mills full,” as Carnegie put it. The silicon sultans updated the idea. Mr Gates understood the imminent ubiquity of personal computers, and the money to be made from making their software. Messrs Brin and Page grasped that their search engine could create a massive audience for advertisers. Mr Zuckerberg saw that Facebook could profit from inserting itself into the social lives of a sizeable chunk of the world’s population ».

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