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Les gadgets antichômage

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 2 décembre 2015

Nous avons une longue tradition gouvernementale de création de gadgets qui permettent aux gouvernements de faire croire que tout est mis en œuvre pour stopper le chômage et qui prend son essor au début des années quatre-vingts avec les missions locales, les PAIO, dont l’idée est d’insérer les chômeurs dans le marché ; mais plus croît la bureaucratie pour traiter le chômage, plus grandit le chômage, notamment celui des jeunes dont la DARES avouait dès juin 1997 qu’il dépassait 25%.

Cette bureaucratie et son échec enflent sous Martine Aubry avec Trace, les associations d’insertions et notamment les associations intermédiaires qui emploient des salariés moins du quart du temps, mais servent de noria à subventions pour des politiciens bien placés. Nous avons décrit cette gangrène dans Les Fabricants de chômage (Plon 2002).

Les socialistes avec Lionel Jospin inventent une nouvelle veine qui sera la grande recette des partis de droite, celle de faire créer des emplois en incitant les chômeurs à créer leur entreprise ; ce sont les programmes ACCRE ou EDEN qui donnent ou prêtent aux chômeurs jusqu’à 3.000 euros pour créer leur entreprise. La Caisse des dépôts n’est pas en reste car elle subventionne à plus de 90% l’ADIE, cette association créée pour le micro crédit mais qui consomme autant pour ses frais de gestion que le montant des prêts qu’elle fait accorder par les banques.

Lorsque la droite est arrivée au pouvoir en 2002, on pouvait espérer voir apparaître des mesures encourageant la création d’entreprises à fort potentiel de croissance, sur les modèles ayant réussi dans les pays anglo-saxons ; fut-elle paralysée par la peur d’appuyer les riches, la droite au pouvoir de 2002 à 2012 ne créa que des petits boulots, dont le succès le plus achevé fut l’auto entrepreneur.

L’INSEE peut donc se féliciter en 2015 que la France soit l’un des premiers pays, sinon le premier pays d’Europe par le nombre de créations d’entreprises, mais doit avouer que 5% seulement sont des entreprises nées avec au moins un salarié.

Nous savons que c’est pour cela que nous créons à peine 100.000 emplois de plus par an, moins de la moitié des Allemands et 20% des Britanniques, alors que seules les entreprises nouvelles créent des emplois, les entreprises existantes en perdant toujours dans la plupart des pays et des époques.

Une liste très abrégée des gadgets pour nous faire croire à l’excellence de nos gouvernants de Bercy :

- les 60 mesures de Jean-Pierre Raffarin et Renaud Dutreil préparées par François Hurel et présentées avec panache à Lyon à l’automne 2002, dont la société à 1 euro (les statisticiens admireront leur effet en voyant en effet l’accélération des créations d’entreprise en France après cette date et la chute de la création d’emplois) ;
- SUIR (2004 : moins d’une dizaine créées) ;
- aide à la personne (que la Cour des comptes dénonce comme une des mesures les plus coûteuses) ;
- France Investissement ;
- les Réseaux dits de Business Angels, peut-être le plus grand des villages Potemkine de Renaud Dutreil.

C’est en effet Dutreil, ministre des PME de Chirac, qui a propulsé les réseaux de Business Angels sur le devant de la scène vers 2004 lorsque la pression sur Bercy pour des textes fiscaux créant des vrais Business Angels, investissant chacun plus de 100.000 euros par an et capables comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne de créer des milliers d’entreprises à forte croissance, est devenue si forte qu’il lui a fallu créer une échappatoire en subventionnant des réseaux pour faire croire que le manque de Business Angels était résolu.

Cela n’a pas coûté très cher à Bercy puisque les subventions en question n’ont pas dépassé l’ordre du million d’euros au total.

Mais les victimes ont été non seulement les membres de ces réseaux qui se demandent encore aujourd’hui si leur bénévolat n’a pas été abusé, mais surtout les créations d’entreprises à fort développement, les fameuses start-up dont nous manquons tellement malgré les cris de victoire dont les médias sont pleins.

• Il ne faut pas oublier dans notre liste le FNA, le Fonds National d’Amorçage, confié à CDC-entreprise de 400 puis 600 millions dans lequel l’iFRAP avait tenté, vainement, de faire entrer au conseil d’orientation des entrepreneurs ayant fait la preuve de leur réussite comme Xavier Niel ou Marc Simoncini. Des intérêts très puissants au sein de la Caisse des Dépôts s’y étaient apparemment opposés.

• CDC entreprise (http://www.irdeme.org/cdc-entreprises-sert-il-a-quelque-chose-en-dehors-de-la-com-de-l-etat,10033.html) http://www.irdeme.org/cdc-entreprises-sert-il-a-quelque-chose-en-dehors-de-la-com-de-l-etat,10033.html.

Mais nous en oublions des tonnes d’autres, comme l’AII de Chirac et de Quaero, soutenu par Oséo, le grand projet de faire un moteur de recherche français.

Combien d’échecs faudra-t-il encore financer pour que l’État se retire, cesse de vouloir créer l’innovation et laisse les entrepreneurs et les entreprises libres de l’inventer ?

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