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Les fausses victoires des auto-entrepreneurs

Par Valérie Pascale,
le dimanche 29 juin 2014

Les créations d’auto-entrepreneurs stagnent depuis quelques années. Certains médias ont même parlé de la fin de l’auto-entrepreneuriat en France. Peu de regrets, puisque leur rôle dans la création d’emplois demeure invisible.

Pour revenir à notre débat sur les fausses pistes de création d’emplois en France, voici un autre exemple, imaginé par Hervé Novelli, alors secrétaire d’État chargé des PME dans le gouvernement Fillon.

Mis en place par la loi de modernisation de l’économie en août 2008 et entré en vigueur en 2009, le régime de l’auto-entrepreneur offre des formalités de création d’entreprises allégées ainsi qu’un mode de calcul simplifié des cotisations sociales et de l’impôt sur le revenu.

Depuis, la moitié des créations d’entreprises en France se fait sous le régime de l’auto-entrepreneur. Il faut remarquer que cette petite astuce a profondément changé le paysage de la création d’entreprises dans notre pays. Demeurant entre 200.000 et 300.000 par an depuis le début des années 2000, les créations d’entreprises en France se situent désormais à près de 600.000, chiffre qui nous rend champions d’Europe en termes de démographie des entreprises. (Malheureusement, il se trouve que les chiffres sont souvent repris tels quels par les organismes européens, sans aucun retraitement préalable pour pouvoir éliminer les créations d’entreprises sans salariés et éviter la prise en compte des coquilles vides).

Même si les créations d’entreprises par les auto-entrepreneurs sont en baisse depuis quelques années, les politiques continuent à se faire des illusions à leur propos, malgré plusieurs inconvénients révélés régulièrement par l’INSEE dans ses études.

Les auto-entrepreneurs ne créent pas d’emplois

Là, nous sommes encore très loin de la résolution du problème du chômage. Malgré le nombre impressionnant de créations annuelles, il faut noter que 99,9% des auto-entreprises sont créées sans salariés.

Le graphique ci-dessus montre que parmi les entreprises dites classiques, à savoir celles qui sont créées sans aucun statut particulier, il y a près de 30.000 entreprises qui emploient un ou plusieurs salariés à leur création. Ces entreprises ont certainement plus de chance de grossir que toutes les autres, et de créer d’autres emplois au cours de leur vie.

Avec un nombre de créations par an comparable, seulement 300 auto-entreprises sont créées avec des salariés, soit un taux qui est 100 plus faible que pour toutes les entreprises classiques.

Entrepreneurs par nécessité

Selon une étude de l’INSEE publiée en février 2014 [1], seulement un auto-entrepreneur sur trois a le profil d’un entrepreneur classique, avec un projet fondé sur un investissement significatif. Parmi eux, beaucoup ont déjà eu au moins une expérience dans la création d’entreprise. Leurs investissements de départ sont également plus élevés que la moyenne. D’ailleurs, ce sont eux qui embauchent le plus souvent des salariés à la création.

Mais grâce au régime de l’auto-entrepreneur, d’autres profils de créateurs d’entreprises émergent, comme par exemple des retraités, étudiants ou salariés du secteur privé qui créent leur auto-entreprise dans le cadre d’une activité de complément. Ils représentent également un tiers de toutes les créations d’auto-entreprises.

Enfin, il existe un autre profil d’auto-entrepreneur : les personnes, souvent sans activité professionnelle et sans diplôme, qui créent leur propre emploi, étant découragées par le marché du travail.

Revenus inférieurs au Smic

Une autre étude de l’INSEE, sortie en septembre 2012 [2], montre que parmi les auto-entreprises créées au cours d’une année, uniquement la moitié est économiquement active à la fin de cette même année.

Parmi les auto-entrepreneurs économiquement actifs, plus de 90% gagnent moins que le Smic la première année après la création. Ainsi, cela représente, en moyenne, environ 4.300 euros de revenu annualisé, ce qui est trois fois moins que pour les entrepreneurs classiques. Par conséquent, ces auto-entrepreneurs exercent souvent en parallèle une activité salariée.

Deux ans après la création, seulement 31% des auto-entrepreneurs sont toujours économiquement actifs, ce qui rejoint le taux de pérennité observé pour les entreprises classiques. En revanche, ils ne sont que 24% à pouvoir dégager un revenu positif de façon continue sur les trois ans. Mais leurs revenus restent toujours extrêmement faibles, plus bas que le Smic pour 90% d’entre eux.

Quand on voit la performance plus que modeste des auto-entrepreneurs, et surtout leur incapacité à créer des emplois, on se demande si nos gouverneurs ont bien consulté ces rapports remarquables de l’INSEE ? Chaque nouveau pas du gouvernement nous éloigne des vraies solutions, qui demeurent dans les créations de vraies entreprises avec des capitaux ; c’est bien le cas de la loi Pinel, qui, à part quelques petites modifications, n’a toujours pas remis le régime de l’auto-entrepreneur en cause.

Messages

  • L’auteur de cet article a-t-il déjà créé une entreprise ? A-t-il déjà été chômeur ?
    A le lire, 4300 euros ce n’est pas honorable ? N’est-ce pas mieux que de profiter (comme beaucoup) de l’argent public, c’est-à-dire vivre sur le dos des autres ?
    Quelle est la finalité de travailler beaucoup, de prendre des risques avec un état aussi spoliateur ? Sans compter la violence des institutions : fisc, urssaff, inspection du travail, etc.
    Sans compter l’impossibilité de faire des économies ; trop grand risque de vol de la part des banques. Trop de taxation sur l’épargne.
    Créer des emplois dans ces conditions, c’est préparer la corde pour se pendre, c’est du masochisme pur ou alors il faut s’expatrier et sortir de l’enfer fiscal.
    Et il paraîtrait qu’on vit dans une démocratie...

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