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Les égalitaristes, fossoyeurs de l’emploi

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 13 janvier 2013

Réduire les inégalités est une noble ambition tant qu’au nom de cette ambition, les moyens mis en œuvre n’aboutissent pas à créer plus d’inégalités en créant davantage de chômeurs.

Il y a en effet deux façons de réduire les inégalités : la première consiste à aider les plus démunis à monter dans l’échelle sociale et dans celle des revenus, l’autre consistant à rabaisser ceux qui sont en haut de l’échelle sociale ou des revenus, en utilisant le bras de l’État pour les contraindre.

Les militants de la seconde méthode ont donc partie liée avec les étatistes, ceux qui militent pour plus d’État. Ils en sont le plus souvent les profiteurs, car, professeurs ou chercheurs, ils sont payés par lui et l’expansion de l’État ne peut que les avantager. Ils donnent en contrepartie aux étatistes l’abri éthique et moral sans lequel ceux-ci n’auraient guère de couverture pour justifier leurs usurpations.

L’ennui est que la seconde approche a pour effet d’accroître le chômage et de créer, pour ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, une inégalité encore plus grande que celle qu’elle prétend corriger.
Il se trouve en effet que le principal ascenseur social se trouve dans les créations d’entreprises, tant parce qu’elles permettent aux entreprenants de faire fortune et de changer leur propre condition que parce qu’ils créent autour d’eux de nouvelles structures sociales [1], entreprises ou fondations sans buts lucratifs, qui donnent des emplois et de l’avenir à leurs collaborateurs et, par les fondations, aux catégories sociales les plus défavorisées.
En ce sens, les entreprenants sont concurrents des étatistes qui prétendent parvenir aux mêmes fins à travers l’État. Ils le sont même doublement car par un de ces détours dont est familière l’économie, il se trouve que c’est dans la catégorie des plus riches, le 1% des revenus ou des fortunes les plus élevés, cible de la guerre des classes menée par Joseph Stiglitz, Paul Krugman ou Thomas Piketty, que se trouvent les investisseurs dont les entreprises dépendent pour se créer et se développer.

La matérialisation de ce conflit est évidente dans un débat qui fait rage des deux côtés de l’Atlantique à propos du traitement fiscal des plus-values : l’abaissement du taux de taxation à 15% par Bush fils en 2004 est traité par Joseph Stiglitz de cadeau aux riches de même que la gauche socialiste française a fait voter dans le PLF 2013 une disposition qui assimile toute plus-value à un revenu, et le taxe au maximum combiné à l’IR et à la CSG, soit à 60% environ.

Or, non seulement une plus-value couvre généralement une accumulation de profits déjà taxés par l’impôt sur les sociétés – ou pris dans l’impôt individuel dans les sociétés de personnes -, mais elle est généralement la contrepartie d’un risque pris par un entrepreneur ou par ceux qui le financent. Et ceux qui taxent le gain éventuel oublient de compenser les pertes qui sont la contrepartie du risque.

Les législations fiscales, et particulièrement la législation française, ignorent ce que l’on peut appeler l’impôt-risque et, contrairement à ce que l’on croit, taxent les gains mais sans permettre la déduction des pertes. Alors qu’un salaire, lui, est abrité du risque par l’assurance-chômage.

Cet oubli est généralement renforcé par la croisade à la Marx, consistant à considérer tout enrichissement à travers une entreprise comme un détournement de la rente, même si le CBO ne donne aux revenus issus de la rente qu’une part modeste [2].

La conséquence en est une chute de l’investissement dans les entreprises nouvelles, dans les « gazelles » qui sont essentielles à la création de richesse et d’emplois.

Quand cette législation est couplée avec un impôt sur la fortune qui incite à mettre sa fortune dans de l’immobilier ou des collections d’œuvres d’art, mais pas dans des créations d’entreprises, on en arrive à la situation française avec un déficit annuel d’environ 200.000 emplois qui en 20 ans ont fait sauter les coutures de l’emploi malgré tous les artifices développés pour cacher la misère du chômage.

A cela, les étatistes comme les égalitaristes répondent en remplaçant l’investissement privé par celui de l’État. Mais il faut encore croire au Père Noël pour prétendre que des fonctionnaires dont ce n’est pas l’argent sauront investir dans des projets avec le même taux de réussite que des privés investissant leur propre argent, et refuser de voir que d’autres préoccupations, sans liens avec le résultat de l’investissement, affecteront les choix. Et ignorer que des sommes prélevées sur les plus riches, au nom de l’aide aux plus pauvres, s’engloutissent, non pas au profit de ces derniers mais au profit des fonctionnaires ou auxiliaires chargés d’effectuer cette collecte et de la redistribuer.

Ce sont ces différents thèmes que nous voudrions développer dans cette nouvelle rubrique « égalitaristes » car l’égalitarisme nous paraît être l’une des causes principales qui paralysent l’emploi.

Le premier article dans cette nouvelle série, « le prix de la prodigalité » , sera une analyse en profondeur par Cincinnatus de «  l’ouvrage de science-fiction  » de Joseph Stiglitz, «  le prix de l’inégalité  ». Notre lettre du 20 janvier 2013 lui sera entièrement consacrée.


[1Voir par exemple comment 5 comtés américains expliquent la montée récente des inégalités car ce sont ceux habités par les créateurs des plus grands succès (Microsoft, Apple, etc.) et leurs collaborateurs devenus millionnaires.

[2« The Distribution of Household Income and Federal Taxes, 2008 and 2009 » par le Congressional Budget Office attribue 40% du bénéfice des entreprises aux salariés et 60% au capital et indique qu’une partie de ces profits sont attribuables à un rendement du capital « normal », sans risque, mais une partie à des brevets, des risques pris exceptionnels et seulement une fraction à une situation de monopole.

Messages

  • Bonjour ,
    Comme toi je suis en train de lire et décortiquer STILGITZ
    Je suis chef d’entreprise depuis 1979 et je connais bien l’absolue nécessité du profit donc de l’ accumulation pour investir... mais je ne te suis pas quand tu écris :
    "il se trouve que c’est dans la catégorie des plus riches, le 1% des revenus ou des fortunes les plus élevés, ... que se trouvent les investisseurs dont les entreprises dépendent pour se créer et se développer".
    Oui à certaines époques cela a été vrai ; ce ne l’est plus : une bonne partie de l’actif accumulé (dont environ 3 fois le PIB mondial en liquidités ) ne se porte plus en investissement dans l’économie. ces liquidités viennent alimenter la valorisation d’actifs de précaution or immobilier, titres financiers , contribuant à créer des bulles dont la crise actuelle est une conséquence.

    Tout l’enjeu est de réorienter ces profits accumulés vers du développement et pour l’instant à droite comme à gauche, libéraux ou étatistes, on cale.
    Les états et banque centrale pourtant influencés par des idéologies diverses ne savent que remettre des liquidités dans le système , mais sans aucune assurance que celles- ci se réinvestissent dans l’économie et donc leurs actions aggravent le problème .
    Le problème de l’inégalité est trop souvent vu au travers la jouissance d’un revenu ou d’une position privilégiée, (étatique ou privée) qui donne un avantage ou une rente. C’est l’approche flux.
    Or à mon avis , le problème vient surtout de cet argent accumulé qui ne sert plus au développement ; soit il est contrôlé par des états sont incapables de les orienter efficacement, soit il sont utilisés par des particuliers riches (le 1% des plus gros patrimoines mondiaux ont aussi à cet égard une lourde responsabilité) en valeur refuges ou spéculatives -(or immobilier etc..) C’est l’approche stock.
    Je ne pense pas que l’on puisse "éluder" cette partie du problème.
    bien cordialement

    • 30 janvier
      Avec mes excuses d’être un peu débordé et de répondre si tard.
      La question soulevée est en effet d’importance et résume peut-être la question fondamentale qui se pose à nos gouvernants : l’épargne des riches qui traditionnellement finançait la création et le développement d’entreprises s’est-elle repliée sur des investissement spéculatifs (hedge funds entre autres ) ou de sécurité et l’Etat est-il forcé se se substituer à cet investissement privé défaillant ?
      Pour la France, la réponse est claire : l’Etat a tout fait pour faire fuir l’investissement privé mais ce n’est pas le cas du Royaume-Uni et nous allons sortir une étude montrant comment les Anglais ont créé deux à trois fois plus de "gazelles" dans les années 2000 à 2008 que la France, grâce à l’EIS, grâce au fait qu’ils n’ont pas l’ISF.
      La BPI donne un poste à un inspecteur général des finances mais changera-t-elle l’efficacité des 3 ensembles qu’on agrège ? Peut-elle se substituer à un investissement privé en fuite ? BZ

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