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Les économistes universitaires peuvent-ils expliquer l’économie réelle ?

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 28 octobre 2015

On est frappé par le nombre d’articles ou de livres écrits par des économistes, c’est-à-dire dont la profession est d’enseigner l’économie et qu’on ne peut ranger dans la catégorie des économistes idéologues, ceux dont il est facile de démonter les constructions car leur parti pris est évident.
Mais nous avons de nombreux économistes non idéologues qui se sont lancés à expliquer la situation française et à découvrir les causes du chômage grandissant.

Un économiste avait même écrit il y a quelques années « le bal des aveugles » qui montrait en citant des auteurs bien précis combien les économistes s’étaient trompés et dans leurs prévisions et dans leurs analyses.

Une des explications les plus courantes est nous expliquer ce qui est exact que les gouvernants de la Ve République ont été les disciples de Keynes, c’est-à-dire chercher à relancer l’économie par la demande en inondant s’il ne fallait le marché de subventions et d’aides diverses, alors qu’il aurait fallu suivre les enseignements d’Hayek et de Friedman et développer l’économie par une politique de l’offre.
Par politique de l’offre, il faut entendre inciter à créer de nouveaux produits ou de nouveaux services. Mais même les économistes les plus hardis vont rarement au-delà du mot magique : « innovation ».

Tous les dirigeants politiques et presque tous les économistes sont d’accord pour inviter le dieu innovation à s’asseoir à notre table pour créer des emplois. Le seul problème est qu’ils ne savent pas comment faire le lien entre innovation et création d’entreprise.

Certains ont imaginé que l’innovation était le fruit de la recherche et particulièrement de la recherche fondamentale, celle qui se pratique notamment à l’université.
Claude Allègre, ministre de l’éducation socialiste, avait parfaitement compris que les recherches universitaires pouvaient déboucher sur des entreprises et avait mis en place un dispositif pour encourager les chercheurs à créer les leurs.

Mais ce qu’il n’a pas su, c’est que ces encouragements n’ont jamais dépassé la centaine de milliers d’euros et qu’on ne crée pas une entreprise à développement international avec un capital de départ aussi faible.

Mais en dehors de cet exemple on serait bien en mal de citer des mesures concrètes stimulant non pas l’innovation mais sa mise en œuvre dans des entreprises.
Cette préoccupation se retrouve rarement dans les centres de recherche économiques et le seul qui nous vient à l’esprit et la Kaufman Foundation créée à Kansas City par un entrepreneur parti de rien en vendant des médicaments et qui a doté avant de mourir cette fondation des plus d’un milliard de dollars.

Nous nous demandons si ce trou béant dans l’espace de réflexion économique n’est pas du à la nature même de ce qu’on appelle maintenant la science économique.

Un prix Nobel a pu définir dans le passé la science économique comme ce dont parlent les économistes. Mais il faut bien dire qu’il est difficile aujourd’hui d’être reconnu comme économiste dans le cercle des économistes universitaires sans avoir inventé un ou plusieurs modèles mathématiques censés représenter au moins un fragment de l’économie réelle.

Il n’est pas rare aujourd’hui de voir un économiste émerger s’il a su ajouter aux constructions théoriques qui débutent avec le modèle de Solow ; et si possible intègre les méthodes statistiques les plus évoluées comme la méthode des moments généralisés.

Un exemple assez remarquable de cette ossification de la science économique est de découvrir que si depuis Black et Scholes, tous les étudiants savent calculer le risque associé à un portefeuille et son bêta, la notion que ceux qui créent des entreprises ou ceux qui la financent à ses débuts courent un risque qu’il faut prendre en compte dans tout système de taxation n’a pas encore pénétré le monde économique et de ce fait n’est pas encore pris en compte par le monde politique, les médias et nos dirigeants.
Heureusement, dans plusieurs pays européens comme le Royaume-Uni, les dirigeants ont gardé suffisamment de bon sens et de contacts avec la société réelle pour prendre des mesures qui dynamisent leurs économies ;

il ne fait pas de doute que l’économie théorique rejoint peu à peu l’économie réelle mais souhaitons qu’en France, les dirigeants n’attendent pas des économistes la solution de nos problèmes et particulièrement du chômage.

Messages

  • Certains économistes, même Français , mais ayant aussi fait leurs preuves aux US ont des bonnes idées entre autre sur la remise à plat du contrat de travail et de sa législation ou concernant la refonte des indemnités chômage . L'intégration du risque lie a l'innovation : les financiers l'intègrent en utilisant des taux d'escompte très élevé pour les nouveaux projets innovants. Mais nos dirigeants politiques sont soit bêtes ( ce que je ne pense pas ... Mais encore...) soit tétanisés par leur idée en général fausse de ce que penserait l'opinion et donc empêche toute réforme par crainte de non réélection !!

  • Non, cher ami, les économistes actuels n'ont aucune chance d'y arriver, voici pourquoi :

    l'économie telle que nous la regardons est l'activité humaine réduite à quelques indicateurs financiers et sociétaux.
    C'est le résultat de l'activité de nombreuses organisations.

    Une organisation a pour constituant élémentaire l'homme.

    On cherche à modéliser et à optimiser le fonctionnement de l'économie et des organisations alors qu'on n'a pas fini d'expliquer le fonctionnement du composant élémentaire. C'est comme vouloir faire de la chimie évoluée et de la physique nucléaire en ignorant l'électron.
    ça ne marche pas.

    Un peu de patience : je suis en train de finaliser le livre qui modélise mieux le fonctionnement de l'homme. Avec cette précision supplémentaire, le discours d'économistes éminents changerait et les FMI, OCDE, Banque Mondiale et autres reprendraient un discours pertinent.

    Un exemple simple : notre théorie économique (Milton Friedman) lie la consommation au revenu estimé permanent. Écrite en 1953 (par là) cette théorie modélise le fonctionnement apparent des gens de l'époque. La différence par rapport à aujourd'hui : le crédit. Faible à l'époque, omniprésent aujourd'hui.

    Or consommer à crédit exige un engagement (émotionnel) du consommateur.
    Consommer en sortant les billets de sa poche ne comporte pas cet engagement .

    Ces deux types de conso non différenciés aujourd'hui sont à la source d'une méga différence qui fait dérailler tout ce qui a été dit sur les techniques de relances de l'économie.
    .... si ce n'était que ça.
    Le "moment émotionnel" présent partout dans l'activité humaine, est ignoré.

    Donc les économistes, les consultants managers et psychologues n'ont aucune chance d'expliquer une organisation parce qu'il leur manque le fonctionnement du composant élémentaire.

    Bonne réflexion !
    RR

  • Oui comme vous dites, "frappant". Il y a quelques économistes qui sont proches de la réalité mais ils sont minoritaires, discrets et peu écoutés..
    Comme vous le savez ma thèse est que la relativité des valeurs permet en les gonflant par les échanges et les QE/ Abenomics de cacher les problèmes structurels puisque l'on détermine ainsi des croissance de PIB que les déflateurs (en l'absence d'inflation) ne corrigent pas mais aussi des images totalement fausses comme celle de la richesse.

    Ce commentaire est d'ailleurs celui applicable aux erreurs de Picketty. Les espaces écononiques sont plus grands et il est donc normal que pour satisfaire à l'objectif des économies d'échelle que le marché impose par la concurrence, les entreprises soient plus grandes et que donc ceux qui en possède des parts soient plus riches que leur prédécesseurs qui n'étaient que Nationaux ou coloniaux (par exemple 'américains ou Français...). Et alors ? Si le capital existe en soit, sa valeur est relative et donc inconnue. Ce qui compte ce sont les flux...Ainsi, l'image de la richesse influe ou non sur les flux. Quand la création monétaire est trop importante, il en résulte des bilans plus grands (des banques centrales) donc plus de risques en raison de la volatilité de la valeur, dès lors les flux effectifs générés par des être humains qui sont récalcitrants au risque financiers (l'économie réelle) dont vous parlez ralentissent ou s'arrêtent... Voir les détails dans "The Monetary System : Analysis and New Approaches to Regulation (Wiley & Co. 2014)

    Je suis stupéfait comme vous par la pauvreté de la pensée économique universitaire qui ne prend comme base que l'image financière et ne suit pas son écart d'avec le monde des échanges réels et des prix qui y sont pratiqués. C'est cela la cause de cette grave pauvreté..qui ne serait pas grave si elle ne conduisait pas à l'erreur..

    Bien à Vous cher Ami,

    JF.

  • Vos observations me paraissent très vraies. La création d'une entreprise est rarement le fait d'intellectuels très brillants au sens où on l'entend en France. Créer une entreprise ne nécessite pas d'avoir un esprit très brillant. Il faut un minimum de connaissance et une intelligence pratique, un sens de l'observation des choses, de la vie, de ce qui pourrait intéresser les gens et donc se vendre avec un bénéfice pour l'entrepreneur. Le désir d'innover est important mais pas essentiel On peut créer une entreprise qui réussira en produisant des produits traditionnels ou fournissant des services de toute nature mais en faisant mieux, moins cher, de meilleure qualité que la concurrence, en France et à l'étranger. Un esprit pragmatique, la persévérance, savoir se priver pendant le temps nécessaire avant de récolter les fruits de son entreprise sont indispensables.

    Quelle grande école enseigne ces choses ?

    En fait, le gène de l'entrepreneur est indispensable mais n'est pas donné à tout le monde. Beaucoup de gens très brillants n'ont tout simplement pas ce gène. Parmi ces derniers, beaucoup préfèrent approfondir et discourir à l'infini sur des sujets savants et percevoir très vite un dividende sous forme d'admiration parfois purement intellectuelle de la part de leurs auditeurs ou lecteurs. Ceci étant, il faut se garder d'offenser quiconque. Chaque être humain a un talent pour quelque chose mais certains sont plus entreprenant que d'autres. A l'Etat de faire en sorte non seulement de ne pas les décourager d'avance mais en établissant un cadre durable de confiance et de respect pour les initiatives.

  • Dans ce contexte les équations font sérieux, même si la planche à billets est une potion magique très classique, et qui a l'avantage d'éviter de faire des réformes :
    http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-142404-les-bloqueurs-de-croissance-xi-jinping-hollande-poutine-et-les-autres-1168986.php

  • La science économique n'intègre pas vraiment l'entreprise. C'est flagrant quand on considère la théorie schumpétérienne. Schumpeter se place dans le cadre de l'équilibre général. C'est une économie qui se reproduit à l'identique à chaque cycle. L'entrepreneur est l'élément extérieur au fonctionnement normal. Et ce n'est pas l'épargne qui finance l'entrepreneur, mais le crédit. Car, justement, il est hors système : il faut donc une création monétaire supplémentaire. La théorie de l'entrepreneur la plus communément admise considère donc l'entrepreneur comme un choc externe au fonctionnement normal.
    La théorie keynésienne fonctionne très bien sans entrepreneur. Les entreprises existantes augmentent leur production grâce à la stimulation monétaire. Il n'y a pas de problématique entrepreneuriale. Mais la théorie schumpétérienne s'intègre bien au keynésianisme, justement car elle considère l'entrepreneuriat comme un choc externe.
    La seule théorie qui intègre l'entrepreneur est ultra-minoritaire : c'est l'école autrichienne. Ludwig von Mises considère l'économie comme englobée dans la praxéologie, la science de l'action humaine. Nous mettons en œuvre des moyens pour atteindre des fins. Dans ce contexte, nous sommes chacun des entrepreneurs en quelque sorte.

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