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Le vide de la transition énergétique

Par Dominique Mercier,
le mercredi 19 novembre 2014

On a beaucoup parlé du tournant énergétique de l’Allemagne, dont le parti écologique est particulièrement puissant. Force est de constater que le lobbying des différents organismes « verts » est également particulièrement efficace en France. Les efforts que notre pays s’impose en matière de réduction de gaz à effet de serre sont en effet considérables, pour des résultats indubitablement ridicules au vu du coût économique et social qu’une telle politique va engendrer.

La France déjà performante en termes de gaz à effet de serre, et minuscule dans le total des émissions

Il est frappant de constater que la France prévoit de diviser ses émissions de gaz carbonique par deux d’ici 2030 et par quatre d’ici 2050, alors qu’ayant fait le choix du nucléaire pour sa production d’électricité, elle est déjà particulièrement performante dans ce domaine. La comparaison avec l’Allemagne est à ce titre éloquente. Pour sa production d’électricité, la France émet ainsi 61 grammes de CO2 par kilowattheure contre 480 grammes pour l’Allemagne. Au global – l’électricité ne représente qu’un quart de la consommation d’énergie – la France a ainsi émis deux fois moins de CO2 que l’Allemagne en 2013 : 358 millions de tonnes, soit 5,60 tonnes par Français, contre 760 millions, soit 9,10 tonnes par Allemand.

Outre cela, rappelons que la France ne représente que 2% des émissions de CO2 dans le monde et que les pays émergents, qui émettent une large part, ne partagent pas du tout le même choix écologique. La Chine, qui représente à ce jour 27% des émissions mondiales [1], a notamment déclaré au dernier G20 qu’elle prévoit de faire croître ses émissions de CO2 jusqu’en 2030 et de les stabiliser seulement à cette date... dans seize ans. D’ici là, au vu de la hausse tendancielle des émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays émergents et du peu d’effort des États-Unis, les émissions totales de GES dans le monde pourraient donc avoir doublé, ce qui est d’ailleurs confirmé par une étude récente [2]. Les efforts français n’auront donc aucun effet.

Un effet incertain sur la santé humaine et un coût économique

Cet impact homéopathique des efforts français s’ajoute au fait que, loin de ce que l’on pourrait croire sous une perspective hexagonale, il est loin d’exister au niveau mondial un consensus scientifique sur l’effet du gaz carbonique sur la santé humaine, voire sur le climat lui-même. Dans l’hypothèse par exemple du doublement du CO2 dans l’atmosphère, les dernières prévisions indiquent que la température augmenterait de 1°C. Or, beaucoup de scientifiques s’accordent à dire qu’une hausse de un degré comporterait des bénéfices nets pour le bien-être et la santé humaine [3].

Ces efforts ont par ailleurs un coût. On parle de « croissance verte » et d’ « emplois verts » en réalité tout semble indiquer que la transition énergétique sera une nouvelle atteinte à notre compétitivité. Une note du Trésor de 2010 [4] a par exemple cherché à évaluer l’impact macroéconomique des investissements mis en œuvre dans le cadre du Grenelle de l’environnement, dans les domaines des transports, du bâtiment et des énergies renouvelables et selon les objectifs fixés dans les lois dites Grenelle 1 et Grenelle 2. Il en ressort que si des emplois et de la croissance supplémentaires peuvent être créés dans les dix premières années, l’impact devient négatif à partir de 2020 et que ces effets négatifs perdureraient jusque après 2050. Ainsi « la hausse des prix et celle des prélèvements obligatoires nécessaires au financement des investissements annulent les gains économiques du Grenelle après 2020 […] »

Si l’on regarde toutes les dépenses qui depuis quelques années ont peu ou prou pour but de réduire les émissions de gaz à effet de serre, on constate que ce montant est loin d’être négligeable. Au total, on l’estime à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an, entre 22 et 50 milliards selon le champ plus ou moins large des estimations [5]. Sur ces montants, la plus grande part est le fait du secteur privé, mais est substantiellement subventionnée par l’État. Elle incite donc à des décisions d’investissements qui n’auraient en fait souvent pas été rentables autrement, et se répercuteront inévitablement sur les ménages et les entreprises, soit par des taxes supplémentaires, soit par une énergie plus chère.

Rappelons in fine que le vice-chancelier socialiste allemand a dénoncé le plan d’énergie renouvelable de l’Allemagne [6] comme un désastre économique, ayant coûté 500 milliards d’euros depuis sa création en 2000, et source d’une augmentation considérable de la production électrique par combustion de lignite.


[3The Social Cost of Carbon, Marlo Lewis, Green Watch, February 2014, Capital Research Center.

[4Impacts macroéconomiques du Grenelle de l’Environnement, Cahiers, Documents de travail de la DG Trésor, Numéro 2010/06 – Décembre 2010.

[6"Energiewende", le plan allemand visant à faire passer la part de la production "renouvelable" d’électricité à 80% en 2050

Messages

  • Merci pour cet article d’une saine cruauté.
    On ne peut pas tout dire en peu de mots, néanmoins je voudrais ajouter à votre tableau une touche de couleur supplémentaire : le vert des écologistes, pas le vert-jaunâtre des "Verts". En effet le choix éolien en particulier est en train de dénaturer nos espaces naturels, même les Parcs "Naturels" Régionaux ainsi que notre patrimoine paysager. Ce coût écologique a le tort d’être inchiffrable, il n’en est pas moins grâve pour "nos enfants et petits-enfants" si souvent mis en avant par les industriels du vent.

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