Emploi 2017

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

Accueil > Les obstacles > Bercy - Ministère de l’économie et des finances

Le Trésor de Bercy au service de l’emploi

Par Dominique Mercier, Bernard Zimmern,
le dimanche 8 février 2015

La Direction du Trésor a été pendant longtemps considérée comme le temple de la bonne gestion financière de Bercy, notre ministère de l’Économie et des Finances. On peut se demander si elle n’a pas perdu de vue ses responsabilités en organisant des manifestations dont le seul résultat sera de contribuer à l’expansion du chômage.

Bruno Bézart a en effet succédé à Ramon Fernandez, gendre de Lesourne, major de l’X 1948 fin juin 2014. Lui-même également sorti de l’X (31ème) et profitant de la botte ouverte par Valéry Giscard d’Estaing, il rentre sans concours à l’ENA dont il sort major, et Inspecteur des finances comme Fernandez. Mais il n’était pas en odeur de sainteté avec Nicolas Sarkozy qui l’avait envoyé représenter la France aux fins fonds de l’Asie… Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir en 2012, il s’est cependant rattrapé puisque, nommé directeur du Trésor en juin 2014, il est enfin parvenu au sommet de la pyramide de Bercy en succédant à Fernandez. Comme tout le haut personnel de Bercy, Bézart n’a jamais travaillé dans une entreprise, ce qui n’est sûrement pas sans lien avec son égarement.

Le colloque qui s’est tenu à Bercy le 23 janvier dernier avait ainsi pour thème « Quelles politiques publiques pour quelles inégalités au XXIème ». L’économiste Thomas Piketty fut l’invité d’honneur de l’événement, introduit par Emmanuel Macron, conclu par Christian Eckert. Sont également intervenus des ministres ou anciens ministres étrangers de l’économie ou du budget. Pour le reste, les intervenants étaient des directeurs d’études au sein d’organisations internationales ou d’universités, et notamment de l’École pour les Hautes Études en Sciences Sociales, l’un des quartiers généraux des égalitaristes en France.

Si l’on résume les préconisations du colloque, on retrouve les rengaines des égalitaristes et notamment de Thomas Piketty : les inégalités tendent à se creuser plus rapidement que l’économie ne croît, il faut donc une intervention politique via la fiscalité pour corriger ce phénomène. Cette affirmation est très populiste : premièrement elle paraît simple à mettre en œuvre, deuxièmement elle est un bon prétexte pour remplir les caisses de l’État qui sont vides, et troisièmement elle encourage la tendance naturelle française à envier les plus riches.

Pourtant, à l’examen, elle produit les effets exactement inverses à ceux escomptés : au sein des grandes puissances occidentales, c’est la France, pays le plus égalitaire et le plus collectiviste, qui connaît le plus fort taux de chômage, à plus de 10%, quand le Royaume-Uni, l’Allemagne et les États-Unis sont autour de 5 ou 6%. Or, l’OCDE elle-même atteste que l’insertion sur le marché du travail est le plus pertinent moyen de lutte contre la pauvreté et donc contre les inégalités. Il est donc assez frappant, sur un total d’une vingtaine d’intervenants, qu’il n’y ait eu qu’un seul et unique « représentant » de l’entreprise en la personne de Laurence Parisot.
L’augmentation de la fiscalité préconisée par Piketty aura pour conséquence d’accroître les inégalités. Si un doute subsistait, il suffit de regarder l’évolution de la situation économique française depuis le début du quinquennat de François Hollande, où une logique anti-riche n’a cessé de préexister (taxation des plus-values de cession, taxe à 75%, hausse de la fiscalité des ménages aisés, etc.), entraînant de fait la défiance des acteurs économiques qui créent l’emploi. Alors que le chômage a baissé dans tous les pays voisins (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Irlande…) nous avons depuis 2012, 600.000 chômeurs supplémentaires, ceci sans compter les chômeurs découragés qui ne figurent pas dans les statistiques. D’après les prévisions, cette tendance à la hausse va même se poursuivre en 2015 au rythme d’environ 100.000 chômeurs supplémentaires. Le gouvernement a semble-t-il constaté lui-même l’inanité de sa politique.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le ministre de l’Économie Emmanuel Macron - que Bruno Bézart ne pouvait pas ne pas inviter - s’est inscrit dans une logique totalement différente, ce qui prouve que tout le monde n’a pas perdu le nord à Bercy. Emmanuel Macron n’a en effet pas manqué de dénoncer le paradoxe de la logique égalitariste, constatant qu’ « un système à deux vitesses s’est progressivement mis en place, en quelque sorte sécrété par les meilleures intentions du monde, car, en voulant surprotéger, nous avons créé des "insiders de la protection" et donc de nombreux "outsiders", exclus du marché de l’emploi ou du logement ». Dénonçant le toujours plus d’argent public, il a estimé que l’approche collective qui prévaut depuis l’après-guerre en France a été un frein à l’emploi.

Malheureusement, comme les Républiques et les peintures Soudée, les ministres passent et les administrations restent.

Messages

  • Pendant la guerre d'Algérie, alors que, aspirant, j'allais rejoindre mon unité, j'étais dans le même compartiment qu'un polytechnicien qui retour de permission rejoignait la sienne dans le bled, beaucoup plus loin que la mienne (à proximité d'Alger). J'ai pensé que cet officier faisait un service plus exigeant que le mien.
    Est-ce là l'expérience qui a permis à nos élites de l'époque de ne pas se couper de la réalité comme celles d'aujourd'hui ?
    Ces énarques et autres cranes d'œuf qui pérorent et nous assène leur idéologie auraient gagné à faire l'expérience de mon polytechnicien dans le bled.
    Ne rétablissons pas le service militaire pour l'ensemble de la population ; c'est impossible ! Mais rétablissons-le, entre autres tâches*, pour cette élite appelée à nous gouverner. Ils ont plus à apprendre de cette expérience que de l'enseignement politiquement calibré de Science Po et de l'Ena !

    * notamment économiques

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.