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Le principal syndicat australien accusé de corruption

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 10 janvier 2016

Le principal syndicat australien, AWU (Australian Workers Union), est accusé par une commission royale, présidée par Dyson Heydon, l’un des sept juges de la haute cour de justice, de corruption généralisée et au moins une dizaine de personnalités devraient être traduites devant les tribunaux [1].

Après deux ans d’enquête, le rapport se conclut par une accusation de corruption « généralisée » et « profondément ancrée » menée par des « voyous, brigands, intimidateurs, voleurs, parjures, ceux qui utilisent la violence, des représentants dévoyés et des organisateurs de boycott » appartenant à l’organisation syndicale.

Il se trouve que celui qui a été président du syndicat des travailleurs australiens, Bill Shorten, pendant toute la période couverte par l’enquête, est aussi le leader de l’opposition travailliste à l’actuel gouvernement présidé par Malcolm Turnbull, ce qui donne au rapport de la commission Heydon un tour extrêmement politique. Il n’est pas accusé personnellement d’action répréhensible pénalement, mais d’avoir été le président du syndicat pendant la période où ces prévarications se sont produites, et donc de les avoir couvertes.

La majorité de droite envisage de suivre la recommandation de la commission et de créer un poste de régulateur, ayant le pouvoir de fermer des organisations légalement créées. Il envisage également de refaire voter un texte actuellement bloqué au Sénat. Il aurait toute chance d’être rejeté et permettrait des élections générales avancées dont les libéraux (la droite) sont à peu près assurés de sortir vainqueurs ; mais, en outre, ils permettraient de faire élire un nouveau Sénat, l’actuel bloquant la plupart des textes par suite d’un système électoral ayant favorisé la multiplication des petits partis, blocages qui rappellent fortement ceux dont la France souffrait sous la IVe République, et du fait qu’en Australie, à la différence de la France, le Sénat représente les états et peut bloquer le vote d’une disposition.

Il est possible que le Sénat refuse de voter le texte qui y est actuellement bloqué et que cela donne à Malcolm Turnbull l’opportunité d’élections générales et de se débarrasser d’un Sénat très obstructif.

Il est également question de renforcer les pénalités pour les infractions criminelles.

Par exemple, les pénalités pour un dirigeant d’un syndicat qui contreviendrait à ses obligations statutaires devraient être augmentées de 10.600 à 216.000 dollars et les syndicats ne pourraient utiliser les fonds du syndicat pour payer ces amendes. Ce niveau est déjà celui auquel peuvent être condamnés les dirigeants d’entreprises privées qui seraient accusés d‘inciter un syndicat à la corruption.

Autre mesure : les fonds syndicaux ne pourraient être utilisés pour la campagne personnelle d’un candidat.

Des commissions secrètes ou des pots-de-vin pourraient être punis de dix ans d’emprisonnement ;

Tous les salariés d’une entreprise pourraient avoir le choix du fonds où accumuler leur retraite.

L’un des problèmes du parti Labor est que, comme aux États-Unis, les syndicats sont l’un des principaux financiers de leurs campagnes électorales.

Le secteur privé des entreprises ne s’est pas sorti complètement indemne de cette enquête car trois sociétés, dont une grosse société de construction, sont accusées devant la justice d’avoir versé aux syndicats des pots-de-vin pouvant atteindre 300.000 dollars. De même, le directeur général d’une importante caisse de retraite est accusé d’avoir communiqué aux syndicats des informations confidentielles sur ses adhérents.

Le juge Dysin Heydon est bien entendu accusé par les syndicats d’un biais politique, d’être entre les mains du parti libéral, mais on entend déjà des membres des syndicats qui n’ont pas été touchés par ces accusations, se féliciter que la clarté soit faite sur les actions criminelles et leurs auteurs châtiés.

Marc Olson, le secrétaire fédéral du syndicat des infirmières de l’État de Western Australia, avec 28.000 membres, a même demandé à ce que les syndiqués puissent changer de syndicat : la concurrence serait un moyen efficace de tuer la corruption car « les officiels corrompus perdront leurs base d’électeurs rapidement si leurs membres ont le droit de quitter leur syndicat où les fonds sont détournés, et si donc les cotisations qui servent à faire monter ces officiels corrompus disparaissent ».

Une remarque valable pour tous les syndicats du monde faite par la commission : « le système donne aux syndicats une position privilégiée, et cependant il fait cela sans les mesures législatives appropriées pour sauvegarder les intérêts qui peuvent être affectés par ces privilèges et l’intérêt du public en général » [2]


[1La commission a recommandé 93 actions judiciaires contre des personnes ou organisations, dont 43 pour actions criminelles.

[2As the royal commission notes, the system grants unions a « privileged position », yet it does so without « proper legislative measures to safeguard the interests of those affected by those privileges and the general public interest ».

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