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Le poids de la Fondation Bertelsmann en Allemagne

Par Karina Tatoyan,
le dimanche 20 mars 2016

A travers leurs think tanks, les fondations allemandes comptent parmi les plus influentes au monde. Le budget annuel de la Fondation Bertelsmann s’élève ainsi à 60 millions d’euros, alors que celui de l’IFRI, par exemple, peine à recueillir 7 millions d’euros par an. A l’instar des grands think tanks américains et anglais tels que le Council on Foreign Relations publiant le fameux bi-mensuel Foreign Affairs et Policy Exchange, le think tank de David Cameron, les think tanks allemands influencent d’une manière considérable le paysage politique.

Afin de mesurer le poids des think tanks allemands, on s’intéressera de plus près aux réformes du marché de travail et des assurances sociales qui ont été menées en Allemagne.

Aujourd’hui, l’Allemagne occupe une place remarquée sur le devant de la scène internationale. Angela Merkel figure à la une du TIME Magazine en tant que personnage politique de l’année 2015. Cette notoriété provient notamment du dynamisme de l’économie allemande, considérée comme un succès international. Or, ce succès est en grande partie dû aux réformes qui ont été menées sous le mandat de Gerhard Schröder.

Ce qu’on appelle les Spin Doctors aux États-Unis, c’est-à-dire les conseillers en marketing politique agissant pour le compte d’une personnalité politique, ont façonné l’agenda politique du chancelier Gerhard Schröder en 2003. En effet, le grand succès de ses réformes, énumérées dans l’Agenda 2010, se trouve dans un travail de lobbying de la Fondation Bertelsmann. Selon le magazine Capital, cet agenda 2010 « Le catalogue des recommandations politiques et économiques pour les 100 premiers jours à l’attention du gouvernement » écrit par la Fondation Bertelsmann, a été repris presque dans son intégralité.

L’Agenda 2010 s’est traduit par un ensemble de réformes menées en Allemagne par la coalition rouge-verte sous Gerhard Schröder entre 2003 et 2005. En outre, l’Agenda 2010 prend son inspiration dans « La stratégie de Lisbonne », l’axe majeur de politique économique et de développement de l’Union Européenne entre 2000 et 2010, décidé au Conseil européen de Lisbonne par les 15 Etats membres de l’UE d’alors. L’objectif de cette stratégie était de faire de l’UE « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».

Aujourd’hui, la partie de l’Agenda 2010 la plus connue porte sur les réformes du marché du travail, les réformes Hartz ; de la partie de l’Agenda 2010 portant le nom de Peter Hartz, ancien directeur du personnel de Volkswagen, où il négocia des accords sur la flexibilité des horaires. Ces réformes avaient pour but de renforcer la lutte contre le chômage et d’améliorer le retour à l’emploi des bénéficiaires d’allocations. Officiellement, ces réformes visaient à adapter le droit (du travail, fiscal) allemand à la nouvelle donne économique dans le secteur des services.

Qui est Bertelsmann ?

La Fondation Bertelsmann a été créée en 1977 avec comme objectif de promouvoir des formes alternatives de l’ordre social, politique et économique en Allemagne. Elle s’appuie pour cela sur les principes de l’entreprenariat et le leitmotiv d’inspiration libéral « Le moins d’Etat possible ». Selon le fondateur Reinhard Mohn, la compétition ainsi que l’engagement civique constituent les bases pour le progrès sociétal. Déjà dans les années 1980, Mohn s’est plaint de l’absence de raisonnement économique de la part de l’Etat et de l’administration. Par ailleurs, il juge les hommes politiques dans l’incapacité d’économiser et rationaliser.

A l’instar du think tank américain Council on Foreign Relations, basé à New York, les missions principales de la Fondation Bertelsmann sont l’organisation des conférences thématiques avec des hauts représentants de la sphère économique et politique mondiale. En 2004, elle a co-organisé avec le ministère des Affaires Etrangères allemand la conférence « Beyond Cold Peace » portant sur la reconstruction des endroits atteints par les crises avec la participation du ministre des Affaires étrangères Joshka Fischer et le conseiller spécial du Secrétaire Général de l’ONU, Lakhdar Brahimi.

Le succès et l’influence qu’exerce la Fondation Bertelsmann repose sur le fait qu’elle se finance via la multinationale Bertelsmann, le groupe de médias allemand dont l’origine remonte à la création en 1835 de l’imprimerie de Carl Bertelsmann. De par son chiffre d’affaires global, Bertelsmann est une des plus grosses entreprises de médias dans le monde. La multinationale Bertelsmann possède notamment la chaine de télévision RTL Group et la maison d’édition Penguin Random House.

Pour conclure, parmi les fondations privées allemandes, la Fondation Bertelsmann ressemble à un véritable think tank à l’américaine. Elle dispose de moyens financiers importants et comme on a pu le découvrir au cours de cet article, cette fondation a façonné l’agenda politique de Gerhard Schröder. Les réformes qui en ont résulté, ont fait le succès international de l’Allemagne.

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