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Le plus gros poste de la dépense publique française

Par Dominique Mercier,
le lundi 19 janvier 2015

On sait que la France est l’un des pays dont les taux de dépenses publiques et de prélèvements obligatoires sont parmi les plus importants, et nettement supérieurs aux taux dans les principales autres économies mondiales. En 2011 la dépense publique atteint en France 56% du PIB contre 45% en Allemagne, 49% au Royaume-Uni et 42% aux États-Unis [1]. D’où vient un tel écart ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, une telle différence ne vient pas tant de notre généreux système d’allocations que de l’ensemble des décisions passées et présentes qui ont fait des retraites françaises le principal poste de dépense publique, loin devant celles que l’on connait chez nos principaux compétiteurs occidentaux.

On constate ainsi que la France dépensait en 2009 près de 14% de son PIB en dépense publique de retraite, contre 11% pour l’Allemagne, 7% pour les États-Unis et 6% pour le Royaume-Uni. On remarque par ailleurs la grande faiblesse des dépenses de retraites privées en France, puisqu’elles y représentent moins de 0,5% du PIB (vraisemblablement pour l’essentiel les retraites PREFON par capitalisation pour les fonctionnaires), contre environ 3% dans les deux pays anglo-saxons :

Dépenses de retraite publiques et privées en pourcentage du PIB
Dépenses publiquesDépenses privées
France 14% 0,4%
Allemagne 11% 0,3%
États-Unis 7% 3%
Royaume-Uni 6% 3%
Source : Panorama des statistiques de l’OCDE 2014, données 2009

Le montant total des dépenses de retraites d’un montant de 300 milliards annuels représentent donc environ le quart de la dépense publique française [2] ou encore 10 fois le montant des allocations chômage versées annuellement [3]. Il est en fait la raison principale du différentiel français en termes de dépenses sociales publiques.

Comparé aux pays anglo-saxons, ce sont donc 150 milliards de plus dépensés chaque année par la puissance publique pour payer les retraites. Comment expliquer un tel écart ? Outre le fait que les retraites privées sont plus importantes pour environ 50 milliards d’euros dans les pays anglo-saxons, il existe au moins un autre facteur d’explication.

Un des principaux facteurs d’explication de l’écart est la durée de la retraite. Comparé aux trois autres pays occidentaux, les Français passent en moyenne 3 à 4 ans de moins sur le marché du travail et 4 à 7 ans de plus à la retraite. Ceci est cohérent avec les durées de cotisations légales « normales », d’environ 41 ans à l’heure actuelle pour la France, et de 45 ans pour l’Allemagne et la Royaume-Uni (39 ans pour les femmes britanniques).

Durée de vie au travail et années estimées à la retraite
Nombre d’années dans la vie active [4]Années estimées à la retraite [5]
France 34 26
Allemagne 37 22
Royaume-Uni 38 21
États-Unis NC 19
Sources : Eurostat, données 2011 pour la colonne « nombre d’années dans la vie active », Estimations de l’OCDE calculée à partir des enquêtes nationales et Européennes de la population active, données 2007 pour la colonne « années estimées à la retraite ».

Le système étant par répartition, cette situation entraîne une double charge. En effet :
> les Français cotisent moins longtemps ;
> mais ils sont plus longtemps à la retraite et donc plus nombreux à devoir être financés.

Conclusion :

Notre fort retard en emplois privés est l’un des chiffres que nous rappelons souvent puisque nous avons seulement 19 millions d’emplois privés en France contre 24 et 26 millions à population égale pour nos voisins britanniques et allemands. Par comparaison, il est frappant de constater que notre population de retraités atteint pratiquement le même nombre de personnes, à 18 millions. Ajoutons à cela les 6 millions d’emplois publics, les 3 millions de chômeurs et les 2 millions d’allocataires du RSA, ce sont donc grosso modo 20 millions de personnes qui assurent la subsistance de 30 millions d’autres d’une manière qui a été décidée par la puissance publique (les 15 millions de Français restants étant constitués pour l’essentiel des enfants et des étudiants).

La disproportion d’un tel modèle est héritée d’une succession de décisions politiques passées, prises souvent dans une optique court-termiste et électoraliste. On en voit aujourd’hui les limites puisqu’il a été dévoilé récemment que la complémentaire retraites obligatoire des cadres AGIRC sera, sauf réforme, incapable de payer intégralement les retraites qu’elle doit en 2018 [6].

Ces répartitions demeurent une exception française, elles ne pourront malheureusement pas évoluer rapidement du fait de notre marché du travail atone, mais elles font réfléchir sur les justes proportions qu’il faudrait établir dans le futur – une fois la croissance et l’emploi devenus plus dynamiques - entre le « revenu gagné » et le « revenu donné » par les politiques ...


[1Données OCDE.

[213,7% du PIB de dépense de retraite publique en 2009 pour un taux de dépense publique de 56,0% cette année-là (donnée Eurostat).

[3272 milliards d’euros de pensions de retraite et 30 milliards d’allocations Unedic en 2011.

[4Définition Eurostat : « The duration of working life indicator (DWL) measures the number of years a person aged 15 is expected to be active in the labour market throughout his/her life ».

[5Ces estimations sont trouvées par sexe en soustrayant à l’espérance de vie moyenne l’âge moyen de départ du marché du travail. Les Français de sexe masculin vivent en moyenne un an de plus que dans les trois autres pays et les femmes entre 2 et 3 ans de plus. Le reste de l’écart est expliqué par un départ plus précoce du marché du travail : 59 ans en moyenne en France contre 61 à 65 ans selon le sexe et le pays dans les trois autres pays.

Messages

  • Cher Monsieur Zimmern
    Pour une fois je ne suis pas d'accord avec vous : vous comparez une dépense qui est publique en France avec des dépenses qui sont privées ailleurs, notamment aux USA. Il en serait de même pour les dépenses de santé, par exemple. Ce qui serait plus pertinent et intéressant serait de comparer l'efficacité de ces systèmes (coût total vs niveau des retraites - par exemple en GB ; sécurité/insécurité de la répartition vs placements privés - demandez par exemple ce qu'en pensent les anciens de Lehman B) et l'impacte essentiel de la capitalisation sur l'investissement à long terme, nul en France.
    Ce n'est pas le "modèle" qui pose problème en France, c'est le curseur des paramètres dudit modèle, que vous montrez très bien : durée de cotisation,age de départ. On voit là qu'une conséquence majeure du caractère public du système est d'en faire une cause politique et donc en décalage avec la réalité mais on pourrait très bien avoir un système par répartition qui soit équilibré, comme on l'a eu par le passé.
    Cordialement
    Olivier Meffre

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