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Le modèle de la toile cirée se retrouve dans les enquêtes américaines du SCF

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 30 septembre 2015

Les années 1980 à 2010 ont été le témoin d’une des plus grandes réussites sociales du début du XXIème siècle en permettant à la population américaine de croître de 86 millions dont près de la moitié d’immigrés pauvres tout en conservant le plein emploi grâce à la création de 50 millions d’emplois supplémentaires.

Les égalitaristes, emmenés par Thomas Piketty un disciple du marxisme, ont bien montré qu’aux USA le patrimoine du 1% de la population le plus riches était passé de 30 à 33% du patrimoine total et qu’au contraire les 50% les plus pauvres avaient vu leur part passer de 3,5% du PIB à 2,5%. Mais ils en ont déduit que les plus riches s’étaient enrichis sur le dos des pauvres alors que la réalité est aux antipodes.

Les riches se sont bien enrichis, mais parce que près des ¾ d’entre eux étaient des entrepreneurs qui ont innové en créant des entreprises, en prenant des risques et, pour beaucoup d’entre eux, en perdant de l’argent et parfois la vie dans la poursuite de leur rêve industriel. Mais ils ont contribué à créer 50 millions d’emplois et ont permis à 86 millions de personnes de plus de vivre aux USA.

Les pauvres ont paru en effet s’appauvrir mais les pauvres de 2010 n’étaient pas les mêmes que ceux de 1980 qui entre temps s’étaient enrichis ; et pour plus de 30 millions, ils étaient le fruit d’une immigration massive dont l’effet à lui seul a été d’accroître les inégalités d’au moins un tiers.

C’est ce que l’on découvre en examinant les statistiques développées par la Federal Reserve à travers le Survey of Consumer Finances, l’enquête sur les revenus et les patrimoines des ménages américains considérée comme la plus étendue et la plus solide du monde entier.

Cette enquête donne du corps à un modèle explicatif simple de la croissance des inégalités, le « modèle de la toile cirée ».

Si sur une table circulaire munie d’un trou au centre on dispose une toile et qu’on commence à la soulever en en soulevant le centre par un bâton, la toile prend la forme de la figure 1.

Si l’on continue de pousser, le centre monte plus vite que la moyenne de la toile ; et une partie de la toile qui pendait hors de la table est tirée sur le dessus pendant que la portion qui était à la périphérie a commencé à remonter vers le centre et se soulever au-dessus de la table (figure 2).

C’est exactement ce qu’a trouvé un chercheur de la Fed, Arthur B. Kennickell dont nous reproduisons les graphiques donnant les variations de patrimoine entre les années des diverses courbes et l’année 2004.

Changement de patrimoine d’une année à 2004 en fonction du percentile
Percentile de patrimoine 2004
En ordonnées, de 0, 10 K (10.000 $) puis 50K puis 100 K puis 500 K (échelle logarithmique) -> 10 millions $.

On voit que l’écart entre l’année 2004 et l’année 2001 ne touche qu’environ la moitié de la population mais est de plus en plus large quand on compare avec des années plus reculées, montrant ainsi que la richesse s’accumule avec le temps.
Mais, très remarquable, c’est bien le centre, le patrimoine de ceux situés au-delà du 97ème centile qui croit beaucoup plus vite.

Il y a une forte probabilité que ce soit parce qu’au-delà du 97ème centile, le pourcentage d’entrepreneurs dans la population dépasse 50% et atteint même 67% pour les derniers millièmes.

Les indications abondent que ce sont ces entrepreneurs et non pas comme l’affirme T. Piketty des salariés à très hauts salaires mais des investisseurs prenant des risques et s’enrichissant par les plus-values de leurs entreprises comme le montrent les données du SCF : part de la fortune constituée par les « business », part des investissements industriels dans l’augmentation de la richesse du 1% (plus de 80%), pertes énormes constatées en sens inverse entre 2007 et 2009 et aussi exagérées du côté des pertes qu’elles l’étaient du côté de gains.

Simultanément, on voit apparaître des chutes de patrimoine entre 1987 et 2004 dans la zone des centiles situés en dessous de 10%, et A. Kennickell montre sans conteste que ceci provient de l’arrivée de minorités, africaines et hispaniques.

L’arrivée de millions d’immigrants sans patrimoine ne modifie pas instantanément la richesse totale des ménages américains mais modifie numériquement le nombre de ménages couverts par les 1% le plus riches qui sont passés ainsi de 2,2 à 3,1 millions de 1980 à 2010 ; cette augmentation à elle seule suffirait à expliquer comment T.Piketty trouve que le 1% voit sa part dans le patrimoine total passer de 30 à 33%, sans que ceux qui figurent dans le 1% aient vu leurs fortunes augmenter.

La croissance des inégalités de 1980 à 2010 n’est pas le résultat de riches s’enrichissant aux dépens des pauvres mais de riches innovant par de nouvelles entreprises et créant massivement des emplois qui ont sorti de la misère des dizaines de millions d’immigrants.

La seule crainte que l’on puisse avoir est que cette montée du centre de la toile cirée ne se poursuive pas, soit que les égalitaristes aient fait peur aux entrepreneurs qui n’osent plus prendre de risque (car ce sont eux qui sont aussi les financiers de leurs entreprises), soit que l’explosion des entrepreneurs soit un phénomène cyclique, ayant vu quelques éruptions comme celle des « robber barons » de la fin du XIXème siècle, associée à la découverte des chemins de fer, de l’électricité et du moteur à combustion interne (voiture, avion) ou celle plus récente de l’internet qui remodèle notre univers économique.

La courbe de 2009-2007 est là pour nous rappeler que les fortunes ne durent pas !

Quantile-difference plot of wealth, 2009 minus 2007 values

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