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Le grand débat : un soir au magasin d’antiquités

Par Hervé Gourio,
le dimanche 9 avril 2017

Vous avez vu un débat, vous ? Un échange contradictoire sur l’analyse, les objectifs et les démarches pour y parvenir ? Non, on était bien dans les antiquités françaises. Chacun son tour pour dire sa vérité. À prendre ou à laisser.

Edmond Rostand n’est pas mort ! Les tirades avaient la part belle, célébrant les gloires passées. De Gaulle bien sûr, qu’il faudra pourtant bien enterrer un jour. Mais aussi la République qui nous réunit, le Grand Capital qui tyrannise les Trotskistes, Madame Merkel la dominatrice. L’avantage pour le locuteur, c’est l’effet d’entraînement passionné qui dispense de citer des faits ou des chiffres.

L’autre registre très franchouillard était la référence comportementale au concours ou à l’examen universitaire : sous-entendu c’est moi le meilleur. Pour citer des articles de la Constitution ou des traités européens. Pour étaler sa "culture générale" à coup de proverbes chinois ou de citations respectueuses. Le grand oral de l’ENA semble l’alpha et l’oméga de la démonstration d’intelligence ! Ayant conduit les organisateurs à titrer des sous-débats au moyen de concepts si généraux que quasiment personne n’a cherché à parler des réalités qu’ils recouvrent : modèle social, sécurité tous azimuts, et, le comble (!), parler d’emploi sans prononcer le mot « entreprises » qui pourtant créent, elles, l’essentiel des emplois en France... On s’est évadé dans les nuées ou la démagogie pure.

Et puis au cœur de tout cela plane le fantôme de la « Grande Nation » - comme nous nomment parfois les Allemands quand ils parlent de la France. Nous, on n’a besoin de personne. Nos besoins seront forcément satisfaits par des étrangers qui se précipiteront pour nous faire plaisir. Renégociation des traités, financement de nos déficits, dette perpétuelle, pas de problème. Nous ne sommes pas capables d’équilibrer nos affaires, qu’à cela ne tienne, il faut sauver le modèle social français. On va refaire une nième constitution !

Enfin, alors que les organisateurs s’étaient targués de commencer toutes les questions par « comment », on était, en dehors des candidats ayant l’expérience du gouvernement dans des fonctions centrales (deux sur onze), dans l’esquisse de processus imaginaires dignes de la préadolescence. Pimentée des gamineries de Poutou. Ils jouaient à faire comme s’ils allaient un jour s’installer à l’Élysée. Dieu nous en garde !

Comment ne pas regretter les débats à l’étranger, où les spectateurs peuvent comprendre ce qu’un changement de gouvernement ou de politique va leur apporter à eux. What’s in it for me ? demande l’Américain avant de voter. Il est vrai qu’il appartient à une république qui a inscrit dans ses priorités le droit à la recherche du bonheur (pursuit of happiness).
Mais en France qui se projette dans l’avenir et permet de rêver à un avenir meilleur, autrement que comme bénéficiaire des largesses de l’État ou de sa moindre rapacité ? Là encore seuls deux candidats sur onze ont osé parler de liberté.

Marine Le Pen, Mélenchon, même combat. On va s’arranger entre Français, entre nous. Pauvres candidats ! Le monde bouge en dehors de France, en dehors de l’Europe. Personne ne leur en a parlé l’autre soir. Les Français sont bien capables de s’épanouir dans ce monde-là. Pourquoi resteraient-ils prisonniers du magasin d’antiquités ?

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